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Etre un médecin « catholique », une vocation bientôt impossible ?

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Isabella H. de Carvalho - publié le 17/10/22

Tandis que les débats sur l'avortement ou l'euthanasie enflamment l'opinion publique dans plusieurs pays du monde, les étudiants catholiques peuvent légitimement hésiter avant de se lancer dans une carrière médicale.

Le Dr Thomas McGovern, médecin spécialisé dans le domaine de la reconstitution faciale à Fort Wayne (Indiana), et le Dr Katherine Kondratuk, dermatologue à Danville (Pennsylvanie), dirigent un groupe appelé Novus Medicus, une branche de l’Association médicale catholique américaine, qui encourage les jeunes catholiques à poursuivre leur carrière dans la santé en les accompagnant pendant leur parcours. Ils étaient tous les deux à Rome fin septembre au XXVIe Congrès mondial organisé par la Fédération Internationale des Associations des Médecins Catholiques (FIAMC). Aleteia les a interrogés sur l’expérience des étudiants en médecine aux États-Unis et sur la manière dont ils aident ces futurs médecins à concilier leur foi avec leur profession.

Aleteia : Quels sont les défis auxquels les étudiants en médecine, catholiques, peuvent être confrontés aujourd’hui ? 
Thomas McGovern : Lorsque j’ai présenté ma candidature pour entrer en faculté de médecine il y a 38 ans, mes interlocuteurs ont compris que j’étais catholique en raison des activités que j’avais mentionnées sur mon CV. L’un d’eux, lors d’un entretien, était choqué par le fait que je mentionne ces activités sur mon CV — nous étions en 1984. Il a cherché, par des exemples, à estimer mon degré de tolérance face à des situations précises. J’ai eu des problèmes de ce genre à l’époque, et c’est encore pire aujourd’hui. Les étudiants catholiques en médecine sont exclus à cause de ce qu’ils ne feront pas en raison de leur foi. Ils sont considérés comme non coopératifs ou susceptibles de ne pas faire ce qu’il y a de mieux pour le patient, alors que c’est précisément ce que nous cherchons à faire. 
Katherine Kondratuk : Je pense qu’il y a une idéologie tellement enracinée chez ceux qui s’occupent des entretiens dans le domaine médical, qu’ils repèrent tout de suite ce qui est « catholique » dans une candidature. Ils pensent, et probablement à juste titre, que nous ne sommes pas prêts à accepter certaines choses. Par exemple, à l’école de médecine, nous devons apprendre à conseiller nos patients en matière de contraceptifs, mais lorsque nous commençons à exercer, nous nous interdisons d’en prescrire. Pour beaucoup d’institutions, cela pose un problème. On s’imagine que les catholiques sont intolérants et certains réagissent durement face à l’idée même qu’ils puissent exercer. Le simple fait que nous affirmions avoir voix au chapitre suscite une réaction virulente. 

Pourquoi pensez-vous qu’il est important de s’adresser aux étudiants en médecine aujourd’hui ? 
TM : L’Association Médicale Catholique (AMC) a été créée il y a 90 ans, en 1932. Elle n’a commencé à s’adresser aux étudiants qu’en 2010. Nous avons pris conscience que de nombreuses écoles de médecine enseignaient une forme de philosophie morbide, contraire à ce que les médecins ont défendu tout au long de l’Histoire. L’AMC a décidé de lancer en 2013 un programme annuel de formation spirituelle et philosophique d’une semaine, afin d’aider les étudiants à répondre aux problématiques qu’ils peuvent rencontrer en école de médecine. Par exemple, quand on leur dit qu’ils doivent prescrire des contraceptifs, favorables à l’avortement ou à l’euthanasie. Cette initiative a ensuite pris de l’ampleur et, en 2019, nous avons commencé à nous adresser aux plus jeunes, c’est-à-dire aux 18-22 ans qui ne se sont pas encore inscrits à la faculté de médecine. Beaucoup, en effet, s’entendent dire que l’on ne peut pas être un bon catholique et un bon médecin, ce qui est faux. Nous aidons à établir des ponts entre les étudiants qui s’apprêtent à entrer en médecine et ceux qui y sont déjà, mais aussi avec ceux qui exercent, afin de montrer que cela est possible. De cette façon, les jeunes étudiants peuvent voir quelqu’un qui a « relevé le défi » et a réussi.

Les États-Unis sont récemment revenus sur la décision constitutionnelle de 1973 de Roe v. Wade, qui avait légalisé l’avortement au niveau fédéral. Comment ces changements récents ont-ils affecté les étudiants en médecine catholiques ? 
TM : Aux États-Unis, il existe 50 États différents. Donc cela dépend : si vous êtes un étudiant catholique en médecine dans des États comme New York ou la Californie, qui sont très libéraux, cela peut être plus difficile. En revanche, dans les États qui ont interdit l’avortement, les écoles de médecine ne seront plus autorisées à l’enseigner. Il sera donc intéressant de voir ce que deviendra la perception de l’avortement dans ces États à l’échelle de 5 ou 10 ans par rapport aux États plus libéraux.
KK : Dans les États qui sont plus pro-choix, la pression pourrait être de plus en plus forte afin de faire en sorte que les étudiants en médecine reçoivent une formation sur l’avortement. Je pense que la lutte va s’intensifier, puisqu’elle se fait désormais au niveau local.

Comment faites-vous, concrètement, pour atteindre les étudiants catholiques ? 
KK : Nous avons plusieurs initiatives qui ciblent différents niveaux : les étudiants qui se préparent à la médecine, les étudiants en médecine, les jeunes médecins en formation et les jeunes médecins qui exercent. Nous avons une formation intensive, que nous avons déjà mentionnée, qui s’adresse plus particulièrement aux étudiants en médecine de dernière année. Au niveau du premier cycle, nous sommes très présents à SEEK, qui est une grande conférence parrainée par la Fellowship of Catholic University Students (FOCUS). Nous envisageons de nous étendre à d’autres niveaux. Nous organisons également un cours de formation en bioéthique d’un week-end (MEDCON). Nous avons également un partenariat avec FOCUS, qui est présent dans plus de 165 universités aux États-Unis, où nous permettons aux étudiants d’entreprendre une formation biblique de préparation à la médecine qui peut les diriger vers des rôles d’encadrement tout au long de leur formation médicale.
TM : L’AMC a également des groupes d’étudiants dans 38 écoles de médecine.

Je dois apporter tout mon être dans la chambre du patient parce que c’est exactement en apportant ma foi catholique dans cette rencontre que je peux reconnaître le Christ dans cette personne et l’aimer comme tel.

Comment conciliez-vous votre foi et votre profession au quotidien ?  
TM : Lorsque je suis avec un patient, il n’y a pas de barrière, car j’essaie de l’aider à atteindre son plus grand bien dans un domaine où je suis expert.
KK : Lorsque j’étais en école de médecine, dans l’un de mes premiers cours de bioéthique, le professeur nous avait dit que lorsque vous êtes un médecin et que vous entrez dans la chambre d’un patient, vous laissez vos propres valeurs morales à la porte et traiter votre patient comme il veut être traité. D’un point de vue catholique, j’avais une vision très différente. Heureusement, avant d’entrer à l’école de médecine, j’avais participé à la formation intensive d’une semaine de l’AMC et je savais donc que ce qu’il enseignait n’était pas vrai et que je ne pourrais jamais faire cela. Je dois apporter tout mon être dans la chambre du patient parce que c’est exactement en apportant ma foi catholique dans cette rencontre que je peux reconnaître le Christ dans cette personne et l’aimer comme tel. J’ai eu plusieurs rencontres avec des patients transgenres lorsque j’ai travaillé dans une clinique dermatologique. En tant que catholiques, moralement, nous ne pouvons pas fournir certains services et je l’expliquais à ces patients. Cependant, je trouvais que c’était une occasion extraordinaire de rencontrer ce patient, d’écouter son histoire et d’être là pour lui. Plusieurs patients transgenres m’ont remercié et m’ont dit que j’étais différente des autres médecins qu’ils avaient vus auparavant. Il y a quelque chose de beau dans le fait de mettre tout ce que l’on est dans une rencontre de ce type. 

Quel serait votre plus grand conseil aux étudiants catholiques ? 
TM : Trouvez quelqu’un que vous puissiez admirer, qui a entrepris ce que vous voulez devenir et développez une relation de travail avec lui. Quelqu’un qui peut vous écouter et vous encourager, mais aussi avec qui vous pouvez échanger des idées. De plus, faites-vous des amis de votre âge qui traversent la même chose. 
KK : Je dirais aux étudiants et à ceux qui envisagent des études en médecine : « Vous avez raison de vous dire que ce ne sera pas facile, que ce sera un défi. Mais c’est un défi auquel vous avez été appelés et pour lequel vous êtes faits. »
TM : Connaissez-vous le prix à payer pour vraiment soigner nos patients avec bienveillance ? Le prix à payer pour aimer nos patients est, en tant que catholiques, notre propre souffrance. Mais cette souffrance en vaut la peine.

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