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Il y a soixante ans s’ouvrait Vatican II…

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FOTOTECA ACI/CPP/CIRIC

11 octobre 1962 : procession sur la place Saint Pierre lors de la messe d'ouverture du Concile Vatican II.

Jean Duchesne - publié le 10/10/22

Le dernier concile n’a rien révolutionné mais a procédé à un ressourcement. L’essayiste Jean Duchesne, cofondateur de la revue internationale "Communio" pense qu’il a fait reprendre conscience du "pouvoir d’assimilation" de la Tradition.

Le concile Vatican II s’est ouvert le 11 octobre 1962. Cela fait exactement soixante ans. C’est aussi le jour choisi pour fêter saint Jean XXIII, le Pape qui a été canonisé en 2014, notamment pour avoir voulu cette assemblée délibérative de tous les évêques du monde. Celle-ci a duré plus de trois ans (jusqu’au 8 décembre 1965) en quatre sessions à l’automne, fait couler pendant ce temps-là et depuis pas mal d’encre et de salive, et demeure une pomme de discorde. Il est amusant de voir que ceux qui, au sein de l’Église, préfèrent minimiser l’événement en le soupçonnant d’avoir essayé de vider la foi d’une bonne partie de sa substance campent sur la même position que ceux qui, du dehors, constatent que ces efforts de recentrage et de mise à jour du catholicisme n’y ont pas changé grand-chose et ne l’ont en tout cas pas rendu tellement plus attractif.

Mais voient-ils plus juste, ceux qui, au contraire, estiment qu’il s’est agi là d’un sursaut salutaire, inspiré par l’Esprit saint, et qu’il requiert toujours plus de créativité et d’audace en se débarrassant de toutes les vieilleries qui s’avèrent désormais incompréhensibles ou injustifiables ? C’est difficile à croire, du moins de l’intérieur de l’Église, pour la simple raison que cela suppose que l’Esprit saint aurait été négligent ou aurait pris jusqu’en 1962 des vacances prolongées. L’idée que ce concile a été et reste révolutionnaire ne vient pas de la lecture des textes qu’il a produits, mais des commentaires médiatiques qui ont accompagné leur publication.

Un événement médiatisé

Les journalistes n’ont fait que leur métier. Les seize documents conciliaires (quatre constitutions, neuf décrets et trois déclarations) ne se dévorent pas comme des romans de gare. La presse s’est employée, pour se vendre elle-même, à rendre affriolante l’élaboration complexe de tout cela, en simplifiant, en grossissant certains traits et en laissant tomber ce qui n’avait pas l’air nouveau. Si Vatican II a été un concile différent de tous les autres, c’est peut-être simplement parce que c’était le premier dont le monde entier pouvait suivre le déroulement au jour le jour et sans recul, grâce à des professionnels de l’information chargés de le dramatiser, avec des « gentils » (pour l’ouverture et le changement) et des « méchants » (contre). Et le bon public, y compris catholique, a cru que rien n’était plus comme avant.

Ce qui a suivi — les réformes liturgiques, l’abandon des soutanes pour les prêtres qui ne défroquaient pas et des cornettes pour les religieuses, etc., tout cela amplifié par la contestation généralisée de mai 68 — a paru la confirmation spectaculaire de ce qu’on enterrait décidément le passé. Pour se détromper, il suffisait de lire patiemment ce que les pères conciliaires avaient approuvé. Il était (et il est toujours) difficile d’y trouver de l’inédit sensationnel. Les notes en bas de page renvoient abondamment aux actes antérieurs du Magistère. Il y a là un petit mystère, qui peut cependant assez aisément s’éclaircir.

Le problème était qu’encore au début des années 1960, on supposait communément que le catholicisme s’était doté vers 1900 de fortifications philosophico-théologico-disciplinaires propres à résister à toute évolution ou avancée intellectuelle et culturelle.

Il n’y avait en effet pas lieu d’être désorienté si l’on avait déjà prêté quelque attention aux renouvellements de la pensée catholique au XXe siècle. Le problème était qu’encore au début des années 1960, on supposait communément que le catholicisme s’était doté vers 1900 de fortifications philosophico-théologico-disciplinaires propres à résister à toute évolution ou avancée intellectuelle et culturelle. C’était un refuge en un temps de mutations sociales déstabilisatrices, où la sécularisation libérale depuis la fin du XVIIIe siècle (si ce n’est depuis la Réforme) était de surcroît elle-même menacée par le prophétisme scientiste du marxisme.

Gothique intellectuel et pas seulement esthétique

On rêvait en fait de restauration de la chrétienté médiévale. La crise moderniste du début du XXe siècle avait convaincu du danger des « sciences humaines » pour l’intégrité de la foi et laissé croire qu’il fallait s’accrocher à un style gothique (ou romano-byzantin) dogmatisé et présumé éternel, sur les plans aussi bien intellectuel (en attribuant alors à saint Thomas d’Aquin le système définitif ainsi échafaudé) qu’architectural et esthétique (ce qui a donné l’art dit « sulpicien »). Or c’était oublier que le christianisme est une histoire qui s’ouvre avec la Révélation et se poursuit dans les méandres du cheminement de l’Église au fil des âges. 

Après la Première Guerre mondiale, certains, percevant que la Tradition n’est pas un simple conservatisme, se sont intéressés aux Écritures, à leur origine, leur transmission et leur interprétation par les Pères de l’Église puis les théologiens du Moyen Âge (qui ne s’en tenaient pas à des disputes scolastiques). On a aussi étudié les sources et l’évolution des liturgies, à commencer par la messe, ainsi que les défis que les conciles, les papes et les clergés locaux avaient dû relever. On a encore reconnu la dette du christianisme envers le judaïsme et les utilisations critiques par l’Église du platonisme puis de l’aristotélisme, ce qui légitime le parti pouvant être tiré de percées ultérieures dans la culture et la pensée profanes. 

Ressourcement et ouverture antérieurs à Vatican II

Il s’est agi là non pas de nouveautés, mais d’un côté de ressourcements et de l’autre de ce que saint John Newman appelait « le pouvoir d’assimilation de la Vérité ». Nonce à Paris de 1944 à 1953, le futur saint Jean XXIII a bien senti que la religion médiévale systématisée ne répondait pas aux besoins en un temps où la prospérité croissante favorisait la montée de l’individualisme aux dépens des conformismes. Il y a sans doute été encouragé par le fait que nombre des théologiens rénovateurs étaient français (Chenu, de Lubac, Congar, Daniélou, Bouyer…), en convergence avec des Alémaniques (Guardini, Rahner, Balthasar, Ratzinger… après Möhler puis Scheeben au XIXe siècle) et même des Américains (Raymond Brown, John Courtney Murray), et encore un Chilien (Jorge Medina), un Croate (Tomislav Sagi Bunic)… 

Vatican II est indubitablement redevable à ces théologiens, bien qu’auparavant plusieurs aient été censurés pour avoir exhumé des pans désormais ignorés de la Tradition pourtant la plus catholique. Parmi les quatre « grandes » constitutions de ce concile, VerbumDeireprend leur intuition de la Parole de Dieu vivante et agissante au sein des réalités humaines comme source de la pensée et de la vie chrétiennes. Ceci est développé dans Sacrosanctum concilium pour la liturgie, dans Lumen gentium en ce qui concerne la structure de l’Église comme Peuple de Dieu, rassemblé par les successeurs des apôtres et donc toujours hiérarchique, et enfin dans Gaudium et spes pour ce qui est de l’interaction entre l’Église et « le monde ».

Bien comprendre « hors de l’Église, point de salut »

Ces contributions majeures n’ont guère été contestées. Ce sont surtout leurs applications à la liturgie qui l’ont été, là où l’attachement à des formes extérieures pas si anciennes mais réputées invariables était lié à un certain immobilisme intellectuel. Les rares objections de fond ont porté sur les décrets concernant l’œcuménisme et les déclarations promouvant la coopération interreligieuse et la liberté de conscience et de culte. L’enjeu est ici de bien comprendre la fameuse expression : « Hors de l’Église, point de salut. » Il faudra certes au dernier jour appartenir au Corps du Christ. En attendant, il revient seulement aux chrétiens de s’y prêter eux-mêmes et d’y aider, sans juger à la place de Dieu. Et sans oublier que les martyrs sont morts non pour que leur foi soit imposée, mais pour que croire soit libre. Sans oublier non plus qu’il a toujours fallu plusieurs siècles pour qu’un concile porte ses fruits.

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Concile Vatican II
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