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Elisabeth II et le peuple britannique, la grandeur de la compassion

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KIRSTY WIGGLESWORTH / POOL / AFP

La foule rassemblée pour rendre hommage à la reine Elisabeth II, palais de Westminster (Londres), 16 septembre 2022.

Michel Cool - publié le 17/09/22

Ne pas voir la grandeur de l’émotion du peuple britannique autour du cercueil de la reine Elisabeth est le signe de l’insensibilité de notre époque. Avoir un cœur compatissant ouvre au sens profond de l’événement, comme l'observe le journaliste Michel Cool.

Durant son voyage au Kazakhstan, passablement éclipsé par une actualité surabondante, le pape François a lancé cette consigne à un auditoire composé d’évêques, de prêtres, de religieuses et de religieux et d’acteurs pastoraux locaux : soyez « des icônes vivantes du cœur compatissant du Christ ! ». Le Pape est familier de ces formules vigoureuses visant à dégeler les cœurs endurcis. Le formalisme, la rigidité, la froideur sont à ses yeux des symptômes pathologiques du cléricalisme qui entrave l’Église, non seulement au regard des gens à l’intérieur ou à l’extérieur de celle-ci, mais plus grave encore, au regard de l’Évangile.

Notre époque insensible

Cette nouvelle admonestation du pape pourrait aussi viser le climat d’indifférence, d’impertinence et d’agressivité gratuite qui gagne sans cesse du terrain dans nos sociétés. Personne ne peut nier la difficulté, la dureté même, de la période que nous traversons. Personne ne peut être sourd ni aveugle aux anxiétés et aux exaspérations qu’entraîne l’enchaînement des crises. Personne n’est épargné par la tentation de « tirer son épingle du jeu », surtout quand les règles et même la table de jeu semblent vaciller. Personne, au fond, n’est indemne face au sentiment d’insensibilité qui nous happe, dans cette sorte de sauve-qui-peut un peu honteux et égoïste caractéristique de l’esprit de notre époque tragique. 

Au nom de la liberté d’esprit ou de l’esprit critique sans entraves, tout est matière à polémique et ironie.

Les expressions familières, triviales parfois, de cette insensibilité contemporaine s’appellent la dérision, le dédain. Au nom de la liberté d’esprit ou de l’esprit critique sans entraves, tout est matière à polémique et ironie. La mort de la reine Élisabeth d’Angleterre n’échappe pas à ce syndrome. On a vu des politiciens français afficher un mépris glacé et souverain pour sa disparition, et même refuser de s’associer au deuil national des Britanniques en ne mettant pas en berne les drapeaux de leur mairie. Outre l’inélégance et la goujaterie même de leurs réactions, ces élus incarnent une vision passablement « cléricale » de la politique, arrogante et inhumaine. Par leur mauvais exemple, ils contribuent à banaliser ces fléaux actuels que sont l’indifférence et le mépris. 

La chair de l’événement

Dans beaucoup de médias, il est de bon ton de bavasser à longueur d’ondes ou d’antennes sur les aspects les plus superficiels et les plus superflus de l’actualité. Combien de carats ont les diamants de la couronne impériale posée sur le cercueil de la reine ? C’est une question de bijouterie intéressante mais, quand elle tourne en boucle, c’est au détriment de quelque chose qui s’appelle le sens profond de l’événement. Où est-il ? On le trouve en regardant à la télévision anglaise l’interminable défilé des Britanniques, de toutes conditions, âges et religions qui viennent s’incliner en silence, 23 heures sur 24, devant la dépouille de leur souveraine. Ce spectacle impressionnant ne suscite pas que de la sensiblerie. Il éveille aussi notre sensibilité en déclenchant notre sismographe intérieur ; en nous faisant vibrer à l’émotion de cette foule de visages anonymes ; en nous faisant compatir avec chacun d’eux. 

Ce sublime pèlerinage populaire, qui se déroule en ce moment même au cœur de Londres, constitue la chair de cet événement, qui s’achèvera lundi 19 septembre par les funérailles d’Élisabeth II. Un pèlerinage non dénué de sens historique, ni peut-être même de dimensions métaphysique et liturgique. Un pèlerinage qui nous fait également nous interroger sur le sens que nous donnons à notre façon de vivre ensemble de ce côté-ci de la Manche. Mais pour vivre vraiment l’événement dans sa chair, et pas seulement à sa surface, aussi scintillante soit-elle, le pape François nous rappelle le chemin à suivre : s’exercer à devenir « des icônes vivantes du cœur compatissant du Christ ! »

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