Pour l’essayiste Jean Duchesne, les élections de 2022 ruinent sans doute l’alternative gauche-droite. Qui la regrettera ?
Les commentateurs n’ont pas manqué de relever, avant le second tour de l’élection présidentielle en France, que les candidates des deux grands partis qui, depuis des décennies, polarisaient la vie politique dans le pays avaient recueilli si peu de voix (moins de 5% chacune) que leurs frais de campagne ne seraient pas remboursés, puisque représentant des opinions marginales, quasiment privées et finalement sans impact assez net pour être reconnues et protégées dans les débats démocratiques. Comment en est-on arrivé là ?
Une réponse à cette question est que "la gauche", pour exister, a inventé la "droite", et que celle-ci a dépéri dès qu’elle a cru être une réalité autonome. Expliquons-nous. Pendant longtemps, il n’y a pas une mais des "gauches". Au début du XIXe siècle, les orléanistes étaient à gauche des légitimistes, de même que plus tard les libéraux par rapport aux conservateurs et traditionalistes. Les gauches forment un "bloc" en 1899, un "cartel" en 1924… La coalition victorieuse en 1936 s’appelle "Front populaire", et pas "de gauche". Les partis qui la composent vont des communistes révolutionnaires aux radicaux devenus pragmatiques et modérés, ce qui révèle un flou idéologique, si ce n’est intellectuel.












