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Notre-Dame, un futur « Disneyland »? Ce que l’on sait vraiment du réaménagement de la cathédrale

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notre dame de paris

BERTRAND GUAY / AFP

Caroline Becker - publié le 08/12/21

Ce 9 décembre, le projet de réaménagement de l’intérieur de Notre-Dame de Paris, imaginé par "L’Atelier Notre-Dame", doit être présenté par Mgr Aumonier à la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture (CNPA) chargée de donner un avis. Si rien n’est encore fixé, beaucoup craignent une dénaturation de l’intérieur de Notre-Dame. Aleteia fait le point sur ce que l’on sait.

Des phrases lumineuses projetées contre les murs, des œuvres contemporaines « dialoguant » avec des tableaux anciens ? Les quelques idées dévoilées ces derniers mois sur le réaménagement intérieur de Notre-Dame de Paris n’ont pas manqué de cristalliser les tensions chez les défenseurs du Patrimoine mais aussi les catholiques qui craignent que Notre-Dame devienne un musée à touristes. Mais que sait-on vraiment de ce nouveau réaménagement ?

1Pourquoi un nouveau réaménagement ?

Depuis l’incendie de Notre-Dame de Paris en avril 2019, réaménager l’intérieur de Notre-Dame de Paris pour lui permettre de célébrer à nouveau la messe est l’une des priorités du diocèse. Car outre la flèche de Viollet-le-Duc et la toiture, l’intérieur a, lui aussi, souffert comme en témoignent l’ambon détruit mais aussi l’autel du sculpteur Jean Touret partiellement abîmé par les chutes de pierre. Étant des éléments indispensables à la célébration de la messe, le diocèse, maître dans la commande du mobilier liturgique, se penche donc sur la question de leur remplacement.

En parallèle de l’aménagement liturgique, le diocèse de Paris réfléchit également à l’accueil des 12 millions de touristes qui franchissent, chaque année, le seuil de la cathédrale. Comment faciliter un parcours de visite qui ait du sens pour les touristes sans entraver les célébrations liturgiques et le recueillement des fidèles. C’est là aussi tout l’enjeu de ce réaménagement.

2 Qui mène les réflexions de ce réaménagement ?

C’est L’Atelier Notre-Dame, lancé par l’ancien archevêque de Paris, Mgr Aupetit, au lendemain de l’incendie qui réfléchit à ces questions, entouré par des experts du Patrimoine. Ce groupe de travail est supervisé par le père Gilles Drouin, membre du Comité scientifique de l’Établissement public chargé de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris. « Toutes ses réflexions, menées en étroite collaboration avec les acteurs du Patrimoine, les prêtres du diocèse et les équipes pastorales, ont pour objectif de rendre plus lisible ce qui fait notre foi », confiait Gilles Drouin auprès d’Aleteia en avril dernier.

3Pourquoi ce projet fait-il polémique ?

À quelques jours de la présentation du projet à la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture (CNPA), ce jeudi 9 décembre, chargée de donner son avis, les pistes d’aménagements dévoilées dans la presse n’ont pas manqué de susciter certaines crispations. Des crispations alimentées par les moqueries de la presse étrangère qui n’a pas hésité à qualifier le projet de « Disneyland politiquement correct ». Et depuis quelques jours, les défenseurs du Patrimoine se mobilisent sur la toile. Récemment le hashtag #saccagenotredame a été lancé « pour alerter contre les aménagements hasardeux et modernistes de l’intérieur de Notre Dame de Paris », selon les créateurs d’un compte Twitter éponyme. Mercredi 8 décembre, une tribune collective, publiée dans le Figaro Vox et signée par plus de cent personnalités dont Stéphane Bern, accuse même le diocèse de vouloir « détruire » la cathédrale. Défendant l’idée de conserver « la conception patiemment élaborée par Viollet-le-Duc », les opposants au projet soulignent « l’idéal artistique et spirituel » que l’architecte avait mis en place au cœur de la cathédrale. « Respectons l’œuvre de Viollet-le-Duc, respectons le travail des artistes et des artisans qui ont œuvré pour nous offrir ce joyau, respectons tout simplement les principes patrimoniaux d’un monument historique. »

4Que sait-on vraiment sur l’aménagement liturgique ?

À l’heure actuelle, si les grandes lignes ont été dévoilées, les détails ne sont pas encore connus et rien n’a été validé pour le moment. Concrètement, le diocèse de Paris veut repenser l’entrée dans la cathédrale et offrir un parcours plus aéré autour de l’axe central qui sera totalement revu. Parmi les idées proposées, l’accès des fidèles et des visiteurs se ferait désormais par la grande porte centrale et non plus par les portes latérales. Un baptistère fixe pourrait être aménagé dans la nef dans l’axe de l’autel et un nouveau tabernacle placé sous la croix de gloire. « On souhaite souligner l’axialité de la liturgie pour qu’elle manifeste la vie chrétienne centrée sur l’Eucharistie mais qui prend sa source dans le baptême », détaillait Gilles Drouin à Aleteia en avril dernier. Un nouvel autel et un nouvel ambon seront également réalisés, mais pour le moment, aucun artiste n’a été dévoilé.

5Pourquoi le parcours de visite ne convainc pas ?

Le sujet qui fâche davantage les acteurs du Patrimoine concerne l’aménagement des chapelles de la nef et du déambulatoire qui sont actuellement entièrement nettoyées par des restaurateurs du Patrimoine. En effet, le clergé, sensible à la question de l’accueil des touristes, souhaite repenser leur aménagement pour offrir un chemin de prière cohérent aux catholiques mais qui soit aussi compréhensible par les touristes étrangers éloignés de la culture chrétienne. Concrètement, le diocèse aimerait proposer un long chemin qui mène de l’ombre à la lumière, de la Genèse à la Résurrection. Alors que l’allée Nord serait consacrée à L’allée des promesses où l’on découvrirait les grands épisodes de l’Ancien Testament, l’allée Sud serait consacrée à L’allée des saints où l’on découvrirait l’histoire des saints de Paris et les missions de l’Église avec, comme point final, une chapelle consacrée à la Création, un thème cher au pape François. Entre les deux nefs, le visiteur traverserait le déambulatoire pour découvrir ce qui fait le cœur de la foi dont le point culminant serait la couronne d’épines du Christ.

6Notre-Dame va-t-elle vraiment se transformer en « Disneyland » ?

Pour rendre ces chapelles « plus vivantes », selon les mots du père Gilles Drouin, et plus compréhensives, l’Atelier Notre-Dame, aidé par l’architecture Jean-Marie Duthilleul, spécialiste des aménagements liturgiques, a évoqué l’idée de réorganiser la présentation des tableaux avec la possibilité d’accueillir des œuvres contemporaines aux côtés de tableaux centenaires des frères Le Nain, de Charles Le Brun et de Rubens. Quelques noms d’artistes ont ainsi été évoqués comme Anselm Kiefer, Louise Bourgeois ou encore Ernest Pignon-Ernest mais sans que rien ne soit acté pour le moment. Quelques confessionnaux de Viollet-le-Duc pourraient être aussi déplacés pour réorganiser l’espace. Un bouleversement qui ne fait pas l’unanimité auprès des défenseurs du Patrimoine qui craignent un saccage des chapelles de Viollet-le-Duc. « Ce qu’imagine aujourd’hui le diocèse réduit à néant la conception patiemment élaborée par Viollet-le-Duc. Le projet prévoit l’installation de bancs amovibles, d’un éclairage changeant en fonction des saisons, de projections vidéo sur les murs, etc., autrement dit les mêmes “dispositifs de médiation” à la mode (et donc déjà terriblement démodés) que l’on trouve dans tous les projets culturels “immersifs” où bien souvent la niaiserie le dispute au kitsch », n’hésitent-ils pas à marteler dans leur tribune.

En effet, parmi les idées dévoilées, la projection de phrases bibliques ou de tradition spirituelle chrétienne sur les murs en plusieurs langues pour faciliter la compréhension d’un édifice chrétien auprès des touristes étrangers a fait naître quelques tensions. « Un Chinois par exemple ne comprend pas forcément la Nativité de la Vierge. Or, depuis qu’il y a des caractères chinois inscrits sur des bannières dans la chapelle de Saint-Paul Cheng (martyr chinois) dans la cathédrale, les visiteurs de l’Empire du Milieu s’arrêtent et allument des bougies », s’est défendu Gilles Drouin.

L’éclairage et les chaises devraient, eux aussi, être remis au goût du jour. Terminé les gros spots de lumière. Le diocèse opterait pour des lumières douces, à hauteur d’homme, afin de permettre aux fidèles de se recueillir plus facilement lors des célébrations religieuses. Des bancs à roulettes, dotés de lumignons, pourraient également remplacer les anciennes chaises qui seront stockées dans la crypte afin de faciliter la circulation en cas d’affluence. Un nouveau cycle de tapisserie pourrait aussi être créé afin de rappeler que Notre-Dame de Paris a toujours été ouverte à la création comme en témoigne la grande croix dorée de Marc Couturier installée en 1994 à la demande du cardinal Lustiger.

7Qui va prendre les décisions ?

Soumis à la CNPA ce jeudi 9 décembre, ce projet de réaménagement, dont on ne connaît finalement pas les détails, sera examiné à la loupe. Consultée pour émettre un avis sur des projets de création en lien avec le patrimoine culturel, la CNPA veillera au bon respect des règles patrimoniales même si la décision finale dépendra du Ministère de la Culture dont elle dépend. Se voulant rassurant, le président de la commission, le sénateur (LR) Albéric de Montgolfier, a déclaré vouloir « veiller au respect des lois du patrimoine, à la réversibilité (de certains choix) et au respect du monument historique ». En avril dernier, la CNPA avait ainsi validé le plan de restauration présenté par l’architecte Philippe de Villeneuve qui proposait, entre autre, une restauration à l’identique de la charpente médiévale.

Pas totalement opposé au projet présenté par le diocèse, le sénateur a déclaré que le nouveau réaménagement propose une vision « plus épurée » qui correspond finalement davantage à ce qu’était la cathédrale à l’origine. Quant au choix des œuvres d’art contemporaines, « c’est très subjectif », selon lui, et le ministère de la Culture n’hésitera pas à trancher. Roselyne Bachelot n’hésitait d’ailleurs pas à rappeler, l’année dernière, que « l’État est compétent sur tous les décors intérieurs » après la violente polémique sur la possibilité que des vitraux contemporains viennent remplacer ceux de Viollet-le-Duc. Elle avait tenu a rappelé que l’affectataire, l’église catholique, était habilité à « amener du mobilier liturgique » mais que les vitraux n’en étaient pas. « La France a signé la convention de Venise de 1964 qui rend absolument impossible toute dépose des dits vitraux et leur remplacement par des œuvres modernes. La chose est pour moi irrecevable et contraire aux conventions que nous avons signées », avait-t-elle martelé. Depuis, le projet a été abandonné.

En attendant d’en savoir plus sur ce projet d’aménagement, le père Gilles Drouin se veut rassurant et dément toute tentative de transformation radicale. L’objectif est de « mieux accueillir » dans le « respect du culte ».

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