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Immaculée conception : comment le mystère de l’Église éclaire le mystère de Marie

Immaculée Conception

© Shutterstock - Renata Sedmakova

L'Immaculée conception dans l'église de Saint-Placide (Italie) par Michele Rapisardi (1857).

Jean-Thomas de Beauregard, op - publié le 07/12/21

Le dominicain Jean-Thomas de Beauregard commente les lectures de la solennité de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie. Il souligne que c’est dans la révélation du mystère de l’Église que saint Paul a discerné le rôle de Marie. « Ce qui est vrai de toute l’Église et de tous les baptisés l’est, d’une manière spéciale, de Marie. »

On dit parfois que saint Paul ne s’intéresse pas beaucoup à la Vierge Marie. Apparemment, il ne l’évoque jamais, ou alors presque par inadvertance. Il est vrai qu’à la différence du Christ ressuscité, qui était apparu à Paul sur le chemin de Damas, la Vierge Marie n’est pas apparue à Paul. Pour ses apparitions, Marie préfère les bergers, les petits, les sans-grades, plutôt que les géants de la foi… 

Pourtant, Marie n’est pas totalement absente de la pensée de Paul. Car justement, en rencontrant le Christ ressuscité, Paul a saisi en un seul instant tout le dessein de Dieu, qui trouve son achèvement dans l’Église. Or c’est dans la révélation du mystère de l’Église que Paul a peut-être, en creux, discerné le rôle de Marie.

Être saints et immaculés

C’est ce que suggère la deuxième lecture que l’Église nous invite à méditer pour la solennité de l’Immaculée Conception. Paul y affirme en effet, au sujet de toute l’Église, que Dieu le Père « nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence dans l’amour […]. C’est dans le Christ que nous avons été mis à part, désignés d’avance, selon le plan préétabli de Celui qui mène toutes choses au gré de sa volonté » (Eph 1, 4-11). Ce que Paul affirme de tous les baptisés à titre individuel, et de toute l’Église à titre collectif, ne s’applique-t-il pas d’une manière toute spéciale à Marie ? 

Le mystère de l’Église éclaire le mystère de Marie. Ce qui est vrai de toute l’Église et de tous les baptisés l’est, d’une manière spéciale, de Marie.

Pour s’en convaincre, il suffit, dans les versets que nous venons de rappeler, de substituer, au « nous » qui désigne les baptisés, le nom de « Marie ». Le résultat est saisissant, puisqu’on obtient alors : « Dieu a élu Marie en lui, dès avant la fondation du monde, pour être sainte et immaculée en sa présence dans l’amour […] C’est dans le Christ que Marie a été mise à part, désignée d’avance, selon le plan préétabli de Celui qui mène toutes choses au gré de sa volonté. »

À travers ce simple jeu de substitution, nous comprenons une vérité fondamentale : le mystère de l’Église éclaire le mystère de Marie. Ce qui est vrai de toute l’Église et de tous les baptisés l’est, d’une manière spéciale, de Marie. Il faut d’ailleurs être attentif au sens dans lequel s’opère le mouvement : la focale est d’abord sur l’Église, avant de se reporter sur Marie.

Marie est la première

L’opération ainsi pratiquée sur le texte de saint Paul n’est pas illégitime. Elle est même typique. Historiquement, c’est ainsi que les théologiens et les spirituels ont procédé. C’est en méditant sur l’Église qu’ils ont découvert et approfondi le rôle de Marie, et non pas l’inverse, au moins pendant tout le premier millénaire de l’histoire de l’Église. Ce rappel historique ne vise en rien à diminuer la Vierge. Mais l’observation du phénomène illustre une vérité profonde : tout ce qui, en Marie, est exceptionnel et relève d’un privilège personnel, n’a de sens qu’en relation à l’Église. C’est en cela que la Vierge Marie, selon les mots du fameux cantique, est bien la « première en chemin ». Cette primauté de Marie relève à la fois de la temporalité et de l’excellence.

Marie est la « première » chronologiquement, car elle est la première à avoir accueilli le Christ, la première à avoir participé à sa manière à la Passion du Christ, la première à être entrée corps et âme dans l’éternité bienheureuse auprès de Dieu. Par notre baptême, nous accueillons nous aussi le Christ, nous participons à sa mort et à sa résurrection, nous parviendrons à la béatitude. Mais nous arrivons « après ». Marie est aussi la « première » qualitativement, car nul n’a jamais mieux accueilli le Christ, nul n’a participé avec plus d’intensité et d’intimité à la Passion du Christ, nul n’est entré aussi resplendissant dans la béatitude — d’ailleurs nul pour l’instant n’y est entré comme elle en son âme et en son corps. Tout cela, nous le vivons ou le vivrons, mais jamais au degré atteint par la Vierge Marie.

Tout baptisé est prédestiné

La prédestination de Marie, son élection, sa mise à part, sont admirables. Mais la vérité révélée par saint Paul est que tout baptisé est prédestiné, élu, mis à part. Dieu a un projet d’amour absolument unique pour chacun de ses enfants. S’il y a, par rapport à nous, primauté chronologique et primauté d’excellence dans le cas de Marie, c’est à l’intérieur d’une même vocation : répondre à l’amour par l’amour. La grâce de Marie n’est particulière que parce qu’elle réalise parfaitement ce qui n’est réalisé que partiellement dans les autres membres de l’Église. Marie a été miraculeusement préservée du péché en prévision des mérites du Christ ? Nous sommes guéris du péché par la grâce du Christ dans le baptême, l’eucharistie et la confession, et nous le serons définitivement dans la gloire du Ciel. Les trajectoires sont identiques, même si la temporalité et l’intensité sont différentes.

Si Marie n’avait pas joui d’une sainteté tout à fait exceptionnelle, si elle avait été si peu que ce soit affectée par le péché, elle n’aurait pas pu aimer son enfant pour ce qu’il était vraiment.

Toutefois, il reste à savoir pourquoi Marie a bénéficié, dans cette trajectoire commune, de conditions aussi exceptionnelles. Bien sûr, c’est l’unicité de sa relation au Christ qui fonde son statut exceptionnel. Mais à vrai dire, c’est pour une raison très naturelle et très ordinaire que Marie a bénéficié de cette grâce surnaturelle extraordinaire. Marie est une humble fille d’Israël, et elle est la mère de Jésus. Or toute mère aspire à pouvoir tenir son enfant dans son cœur comme dans ses bras. Il lui faut aimer son enfant autant qu’il est aimable. Or cet enfant, pour Marie, c’est Dieu. Si Marie n’avait pas joui d’une sainteté tout à fait exceptionnelle, si elle avait été si peu que ce soit affectée par le péché, elle n’aurait pas pu aimer son enfant pour ce qu’il était vraiment. Elle ne l’aurait aimé que comme un petit d’homme, ce qu’il était, mais il était tellement plus ! Son amour aurait été à côté ou en-deçà de ce qu’était réellement son fils. Elle aurait été une mère manquée.

Par amour et pour l’amour

Si Dieu le Père a dès le premier instant façonné Marie comme la toute belle, l’immaculée, c’est donc par amour, et pour l’amour, afin qu’elle puisse être vraiment mère de son Fils, dans tout ce qu’il était. Et si Dieu le Père nous façonne progressivement comme saints et immaculés, c’est donc par amour et pour l’amour, afin que nous puissions vraiment être ses enfants et les frères de son Fils. Dès lors, nous pouvons sans crainte ni jalousie invoquer Marie, l’Immaculée Conception.

Pas de crainte, car en invoquant Marie nous n’ôtons rien à la majesté du Père, du Fils et de l’Esprit. Ainsi que l’écrivait saint Louis-Marie Grignion de Monfort, la Vierge Marie est comme un « écho de Dieu, qui ne dit et ne répète que Dieu ». En l’invoquant, c’est toujours Dieu que nous invoquons, et elle l’invoque avec nous de tout son amour maternel et immaculé. Pas de jalousie, car en invoquant Marie nous contemplons en miroir les perfections qui nous promises par le Dieu d’amour. Ce qu’elle vit déjà en perfection, c’est le destin de toute l’Église, c’est notre avenir. Elle nous précède sans nous écraser, elle nous attire sans nous violenter, elle nous élève sans nous humilier. Elle nous tend la main. Saisissons-la.

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