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Que dire à son enfant sans saper sa confiance dans l’Église ?

TEENAGE BOY,

J K Daylight | Shutterstock

Mathilde de Robien - published on 05/10/21

La Commission chargée de faire la lumière sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) a publié, ce mardi 5 octobre, son rapport, estimant à 216.000 le nombre de mineurs victimes d’abus sexuels par un clerc ou un religieux entre 1950 et 2020. Faut-il en parler ou non à ses enfants ? Que dire sans saper leur confiance à l’égard des prêtres et des religieux ?

Certains enfants ont réagi dès dimanche, à la lecture de la prière universelle : « Nous te confions toutes les personnes qui ont subi des violences et agressions sexuelles dans l’Église », proposée par la CEF en prévision du rapport de la Ciase rendu public ce mardi 5 octobre. Un document inédit détaillant un tableau glaçant des abus sexuels commis au sein de l’Église en France par des prêtres et des religieux depuis 1950. Il analyse également la manière dont l’Église les a traités ou non et, enfin, formule une série de recommandations. Les travaux de la Ciase, menés pendant près de trois ans, déplorent 216.000 victimes mineures abusées par environ 3.000 prêtres en 70 ans. Des chiffres effarants qui interrogent bon nombre de parents : que dire à son enfant ? Quelle image des prêtres cela va-t-il lui donner ?

Certains préfèreront ne rien dire du tout. Pourquoi montrer à son enfant cet affreux visage de l’Église ? Pourquoi leur faire peur et les inciter à la méfiance alors que les abus au sein de l’Eglise, s’ils sont trop nombreux, demeurent statistiquement marginaux ? Les agressions sexuelles sur mineurs dans l’Église représentent 4% du total des agressions en France. Si effectivement la description précise des faits ne semble pas adaptée à de jeunes enfants, pour lesquels cependant un discours préventif est important, les plus âgés sont en mesure de comprendre, avec un vocabulaire ajusté, la triste vérité pour laquelle ont œuvré la Ciase et la CEF durant trois ans.

Ni minimiser, ni exagérer

La remise de ce rapport est l’occasion d’évoquer le sujet parfois tabou des abus sexuels. Tout l’enjeu consiste à adopter un ton juste, sans minimiser ni exagérer les faits. Sans minimiser, c’est accepter les chiffres tels qu’ils nous sont donnés. C’est parfois faire redescendre le prêtre du piédestal sur lequel on peut avoir tendance à le placer. Avec 216.000 victimes mineures abusées par environ 3.000 prêtres, l’Église est le milieu où la prévalence des agressions est la plus forte après le cercle familial et amical, devant les écoles, les accueils collectifs de mineurs… Une réalité dont on peut difficilement cacher les traits, au risque qu’elle ressurgisse dans la cour de récréation. Autant informer son enfant de manière juste et nuancée, afin que ce dernier sache à quoi s’en tenir et surtout distinguer le vrai du faux.

Demeurer juste, c’est également souligner que malheureusement des abus sont aussi commis ailleurs que dans l’Église. Cinq millions et demi de personnes en France auraient été victimes d’abus sexuels avant leur majorité. Les violences sexuelles commises dans l’Église représenteraient ainsi 4% du total des violences de ce type.

L’écueil serait d’instaurer une méfiance généralisée à l’égard de l’Église et des prêtres. Informer son enfant, c’est aussi souligner que tous les prêtres ne sont pas des prédateurs. Le rapport estime que les 3.000 prêtres mis en cause sur cette période de 70 ans représenteraient 2,5% des prêtres alors en exercice.

Autre élément qui peut éviter de saper sa confiance dans l’institution : l’Église ne reste pas passive face à ces crimes. Depuis le pontificat de Jean Paul II, les papes prennent des mesures pour faire de l’Église une maison plus sûre. Comme l’a souligné Jean-Marc Sauvé à l’agence I-Media, le pape François a entrepris « des choses importantes dans la lutte contre les abus sexuels dans l’Église », faisant allusion notamment à la Lettre au peuple de Dieu d’août 2018, à la réunion qu’il a organisée en février 2019 avec les présidents des conférences épiscopales du monde entier, et à la réforme du droit canonique qui entre en vigueur le 8 décembre prochain.

Malgré cela, la foi encore naissante d’un jeune pourrait être ébranlée par ces révélations. Il peut être utile de rappeler que la foi et la confiance se placent en Dieu, et non exclusivement dans les prêtres qui demeurent des hommes pêcheurs. Au contraire, Dieu ne le décevra jamais.

Pour les plus jeunes, de la prévention

Pour les plus jeunes, il sera bon de leur apprendre, avant tout, à respecter leur corps et à oser dire « non ». Inès de Franclieu, fondatrice de l’association Com’ je t’aime, spécialisée dans l’éducation affective et sexuelle, évoque combien il est important de parler à son enfant de la beauté de son corps. « Le chrétien doit aimer son corps comme une image vivante de celui du Sauveur incarné », écrivait saint François de Sales. Sans parler d’abus sexuels, vous pouvez évoquer les gestes qui le gênent, le mettent mal à l’aise et auxquels il a droit de dire non. « Tu n’as pas un corps, tu es un corps », est-il important de leur rappeler tout en insistant sur cette unité entre l’esprit, l’âme et le corps, pour l’aider à se faire respecter, corps et âme. « Tu es un corps, personne n’a le droit d’y toucher ».

Maëlle Challan Belval, présidente de Comitys, organisme de formation en éducation affective et sexuelle, apprend aux enfants à faire la distinction entre les gestes qui font du bien, les touchers-bonheur, et les gestes qui font mal, les touchers-malheur. Elle engage ainsi l’enfant à écouter son « système d’alarme intérieur » pour préserver l’intégrité de son corps. Un bon outil pour repérer les gestes permis et les gestes défendus.

Prier

Au début ou au terme de cette discussion avec son enfant, il peut être bon de prier ensemble, pour les victimes d’abus sexuels mais aussi pour les prêtres, ceux que se sont rendus coupables par leur crime ou par leur silence, et ceux qui luttent pour demeurer fidèles à leur parole.

Tags:
abus sexuelsCiaseÉducationEnfants
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