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Le scandale du Dieu jaloux

jésus chasse du temple

domaine public

La purification du Temple par Bernardino Mei.

Fr. Jean-Thomas de Beauregard, op - Publié le 06/03/21

Au scandale de la haine et de la corruption, Jésus oppose le scandale de la foi dans un Dieu jaloux dont l’amour exclusif veut nous préserver des malheurs de l’idolâtrie.

Si l’Église, prise de folie, voulait justifier toutes les critiques adressées à la foi chrétienne, il lui suffirait de juxtaposer la première lecture (Ex 20, 1-17) et l’Évangile de ce troisième dimanche de carême (Jn 2, 13-25). Tout y est scandaleux, tout y est incompréhensible ! Dans la première lecture, Dieu se présente comme un Dieu « jaloux », fournit un catalogue d’obligations comme contrepartie à son amour, et ajoute qu’il punit les fils pour les fautes de leurs pères jusqu’à la quatrième génération. Dans l’Évangile, Jésus laisse éclater sa colère contre les marchands du Temple qu’il chasse violemment à coups de fouets. Paul fait bien de nous avertir dans la deuxième lecture (1 Co 1, 22-25) que notre foi chrétienne est folle et scandaleuse…

Pour accéder au bonheur

En plein milieu du carême, il serait irresponsable d’évacuer les problèmes et de ne pas affronter frontalement ces difficultés très réelles. S’il est possible de vaincre ces difficultés, alors ce qui se présente comme une tentation aboutira à un affermissement de notre foi. La première objection est faible, qui proteste contre un Dieu-gendarme exigeant l’obéissance scrupuleuse à des préceptes arbitraires. L’examinateur impartial du contenu des Dix Commandements s’aperçoit facilement qu’ils relèvent tous du simple bon sens, ou de la loi naturelle. On les retrouve d’ailleurs sous une forme ou une autre dans toutes les civilisations et religions qui ont fleuri dans l’histoire. Sans l’observance de ces commandements, il n’y a pas de bonheur possible, ni même de vie en société. Par ailleurs, Dieu ne conditionne pas son amour à notre observance des commandements. Au contraire, c’est parce qu’il nous aime d’un amour inconditionnel qu’il nous les indique pour accéder au bonheur et qu’il nous donne la grâce nécessaire pour en vivre.

Un Dieu « jaloux » ?

La deuxième objection est beaucoup plus sérieuse, qui se scandalise de ce verset : « Car moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux : chez ceux qui me haïssent, je punis la faute des pères sur les fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération » (Ex 20, 5). Qui ne serait pas interloqué par ces paroles ? L’hérétique Marcion, au IIe siècle, en prenait prétexte pour opposer le Dieu de l’Ancien Testament, réputé jaloux et injuste, au Dieu du Nouveau Testament, aimant et juste. Les philosophes grecs ennemis du christianisme naissant y voyaient la preuve de l’infériorité de la Révélation chrétienne qui tolère un Dieu terriblement humain et injuste (ce qui prouve qu’ils révéraient davantage le démiurge du Timée de Platon ou le Premier Moteur immobile d’Aristote que les dieux sanguinaires et libidineux de leur Panthéon auprès desquels le Dieu jaloux au bras puissant de l’Exode fait figure de gentil animateur de Club Med).

En réalité, la jalousie de Dieu est une manifestation de sa justice efficace et de son amour exclusif, qui ne s’opposent pas à sa bonté.

Cela mérite de s’y arrêter. L’attribut « jaloux » est attribué cinq fois à Dieu dans l’Ancien Testament. C’est évidemment un anthropomorphisme, comme la « main de Dieu » ou son « bras puissant ». Il s’agit, pour Dieu, de nous faire comprendre quelque chose de son mystère en partant de notre expérience humaine. En réalité, la jalousie de Dieu est une manifestation de sa justice efficace et de son amour exclusif, qui ne s’opposent pas à sa bonté. Saint Augustin remarque : « Sans jalousie, pas d’amour », même si « la jalousie de Dieu n’est pas ce tourment du cœur dont le mari est torturé pour sa femme et la femme pour son mari, mais une justice parfaitement paisible et pure ». Dieu est un Dieu jaloux, qui veut nous préserver de l’idolâtrie, c’est-à-dire qu’il veille à ce que nous n’égarions pas notre cœur en nous attachant à des biens inférieurs qui prendraient la place de Dieu et nous rendraient malheureux. 

Petit châtiment, immense miséricorde

Dieu est donc jaloux, et c’est bien ainsi. C’est la preuve qu’il nous aime vraiment. Mais pourquoi faut-il qu’il punisse les fils pour les fautes des pères, jusqu’à la quatrième génération ? C’est à la fois totalement injuste et contradictoire avec l’enseignement des prophètes Ézéchiel et Jérémie, qui affirment sans ambiguïté que personne n’est châtié par Dieu sans que sa responsabilité personnelle soit engagée. Que dire alors ? D’abord, que le père du péché, c’est le Diable. En ce sens, il est vrai que nous expérimentons comme un châtiment divin les conséquences de son péché, transmis d’Adam jusqu’à nous. Ensuite, il faut dire que Dieu ne châtie jamais des fils innocents, mais seulement des fils qui suivent et imitent leurs parents dans le péché. L’influence des parents sur les enfants peut favoriser leur péché, mais chacun est responsable pour lui-même. Encore le châtiment est-il surtout une pédagogie divine, qui corrige en vue d’un progrès, comme un père le fait avec ses enfants. Enfin et surtout, il faut remarquer le contraste énorme entre les deux chiffres donnés par deux versets consécutifs : Dieu châtie les fils sur quatre générations (Ex 20, 5), certes, mais il promet sa miséricorde à ceux qui l’aiment jusqu’à la millième génération (Ex 20, 6). Entre quatre et mille, entre le châtiment qui est possible et la miséricorde qui est certaine, il n’y a aucune mesure ! La miséricorde de Dieu est infiniment plus grande !

Le scandale du Temple corrompu

On en arrive enfin à l’expulsion violente des marchands du Temple par Jésus qui exerce sur eux sa colère. Il faut d’abord remarquer qu’en imposant son autorité dans ce qu’il appelle la maison de son Père, Jésus affirme implicitement sa divinité. Cela ressort aussi de son attitude vis-à-vis des marchands, puisqu’il se manifeste précisément comme un Dieu jaloux, dans la continuité de l’Ancien Testament. Il faut dire ensuite que la colère de Jésus contre les marchands est parfaitement légitime. Face à l’injustice, la colère est bonne et mobilise l’énergie pour lutter contre cette injustice. Le comportement des marchands est scandaleux, il faut s’y opposer énergiquement. La colère de Jésus est d’autant plus forte que, par leurs trafics, les marchands corrompent précisément ce qu’il y a de meilleur, de plus saint en l’homme, c’est-à-dire son désir de rendre un culte à Dieu.


Jésus chasse les vendeurs du temple

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Dans le sillage de la Tradition, on peut lire le récit de manière symbolique : la doctrine des Apôtres (les bœufs), le sang des martyrs (les brebis) et les dons du Saint-Esprit (les colombes) sont salis et détournés par le commerce qu’en font les marchands du Temple. Comment ne pas penser aux scandales qui éclaboussent l’Église, où des prêtres et des fidèles insultent la foi chrétienne, le sang des martyrs et les dons du Saint-Esprit en abritant des crimes abominables sous le couvert d’un service rendu à l’Église ? Contre de tels abus, la colère est non seulement légitime mais absolument nécessaire. C’est la réaction naturelle de la dignité blessée. À l’instar de celle de Jésus, la colère maîtrisée évite la vengeance mais donne l’énergie pour combattre au service du bien de Dieu et des fidèles qui composent le corps du Christ. Oui, les péchés salissent et contribuent à détruire le corps du Christ qui est l’Église, ce Temple nouveau. Mais Jésus l’affirme : il a le pouvoir de relever ce Temple en trois jours. L’Église est toujours emmenée par Jésus dans sa propre résurrection.

En ce milieu de carême, demandons au Père de nous aimer toujours d’un amour jaloux. Demandons à l’Esprit saint de nous inspirer une sainte colère contre le péché, en n’oubliant pas le nôtre. C’est ainsi que nous aurons la force d’expulser le péché et de vivre de la vie du Christ. Amen.


Jésus et les marchands du temple

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