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Sainte Hildegarde, la tisane de galanga et l’enfant à qui on avait prédit la mort

HILDEGARD VON BINGEN
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Sainte Hildegarde de Bingen, abbesse bénédictine allemande du XIIe siècle et docteur de l’Église, n’est pas seulement connue pour ses expériences mystiques, mais également pour ses découvertes de nombreux remèdes naturels.

Abbaye de Rupertsberg, novembre 1149. Le soleil s’est couché depuis longtemps lorsque Hildegarde émerge enfin des cuisines pour se rendre dans sa cellule, satisfaite de sa dernière trouvaille. Depuis qu’elle boit sa tisane de galanga, ses poumons fragiles semblent moins peinés et elle ne se réveille plus la nuit en ayant l’impression de suffoquer. La digestion du soir semble plus facile également. Oui, voilà quelques choses à ajouter immédiatement à son manuscrit Physica.

Mais alors qu’elle s’apprête a rentrer dans sa cellule, des voix résonnent depuis le bout du couloir. L’une d’elle est celle d’un homme et la deuxième, celle de sœur Richardis, sa disciple. Intriguée, la mère supérieure se hâte vers l’entrée du couvent.

– Je vous en prie, implore la voix de l’homme, laissez-moi voir votre abbesse.

– Je vous le répète, mère Hildegarde dort à cette heure-ci. Revenez demain matin.

Sœur Richardis est en conversation avec un homme de grande taille. Des perles de sueurs coulent sur son visage pâle comme un linge. Il est à bout de souffle et une expression de terreur marque sa figure. Saisie de pitié, Hildegarde les rejoint.

– Que se passe-t-il ? demande-t-elle.

– Mère Hildegarde ! s’exclame l’homme se jetant à ses pieds. On m’a rapporté vos prodiges. Je vous en supplie, sauvez mon fils.

– Calmez-vous, dit-elle en posant une main ferme sur son épaule, et amenez-moi votre fils.

Tandis que sœur Richardis s’occupe de la monture de l’homme, le père, nommé Riffer, suit la mère supérieur jusqu’à l’infirmerie de l’abbaye en tenant dans ses bras un petit garçon fiévreux de 6 ou 7 ans qui gémit de douleur en se tenant le ventre. Riffer raconte que les médecins ont prédit la mort au petit Mathÿs. Selon eux, il ne passera pas l’hiver. Après avoir entendu parler d’elle et de ses remèdes, ils avaient chevauché depuis l’aube pour venir la voir.

– Décrivez-moi ses douleurs, demande l’abbesse une fois l’enfant allongé.

Elle écoute attentivement tout en passant un tissu humide sur le front de Mathÿs. Depuis son plus jeune âge, celui-ci présente les mêmes symptômes après chaque repas : brûlure d’estomac, douleur abdominal, diarrhée, insomnie, haut-le-cœur fréquents… Et tous ont sévi avec le temps. Mais apprenant qu’ils n’étaient survenus qu’après l’arrêt de l’allaitement de l’enfant, Hildegarde se tourne vers Riffer.

– Que mangez-vous d’ordinaire ?

– Beaucoup de pain, de racines et de haricots, répond Riffer. Des baies et des noix de temps en temps.

– Votre fils manque d’aliment de joie. Dorénavant, nourrissez-le de racines de persil, de céleri, de courges et de châtaignes. Il faudra aussi le laisser jeûner quelques fois par mois. Vous ne lui donnerez plus que du pain à la farine d’épeautre.

– Mais il n’y a pas de champ d’épeautre chez nous…

– Alors je vous en donnerai. Lorsque vous l’aurez fini, demandez à votre curé de m’écrire. Je vous en renverrai.

Riffer écoute attentivement ses paroles sans toutefois être rassuré. Hildegarde lui suggère de rester dormir ici cette nuit et de repartir le lendemain. Epuisé par le trajet et l’inquiétude, il accepte volontiers. Après une tisane de galanga et de miel pour apaiser son estomac, Mathÿs s’endort aux côtés de son père et l’abbesse quitte l’infirmerie. Mais au lieu de se diriger dans sa cellule, elle se rend à la chapelle et s’agenouille devant le crucifix pour confier son nouveau malade à Dieu.

– Seigneur miséricordieux, si tu le veux bien, ne laisse pas cet enfant succomber à son mal. Que ta volonté soit faite.

Avril 1150. Alors qu’elle se rend au parloir, Hildegarde lève la tête pour regarder par la fenêtre. La neige a presque entièrement fondue, et elle à hâte de voir pousser les fleurs du jardin. Mais elle ne s’attarde pas. À son arrivée au parloir, Riffer se lève de sa chaise, les yeux humides mais le sourire jusqu’aux oreilles.

– Ah, ma mère ! Quel miracle vous avez fait. Mon fils ne se plaint plus. Il rit et chante comme les autres enfants.

– Merci de me partager cette joie, répond-elle, les larmes aux yeux.

– Tout le village a suivi vos conseils et n’a jamais été aussi joyeux. Et nous avons décidé de planter de l’épeautre dans les champs. Comment vous remerciez ?

– N’oubliez pas la part de Dieu, car c’est lui et personne d’autre qui guérit.

Sainte Hildegarde meurt le 17 septembre 1179, laissant derrière elle des ouvrages précieux sur la médecine naturelle, la théologie et la philosophie. Elle est canonisée le 10 mai 2012 par Benoît XVI et déclarée docteur de l’Église le 7 octobre de la même année. Elle est considérée aujourd’hui comme la première naturaliste allemande et précurseur de la “tendance healthy”.