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La sainteté de couple n’est pas réservée à une élite !

JGI | Jamie Grill | Getty Images

Père Paul Habsburg - Publié le 30/08/20

Pour la grande majorité des gens, le mot "sainteté" semble incompatible avec la vie normale d’un couple aujourd'hui. Et si on parlait plutôt de la "plénitude du couple" ?

Quand je pense au couple que forme Jérôme et Astrid, je loue Dieu pour leur chemin à la fois si simple et si lumineux. Pour moi, ils vivent dans ce que je voudrais appeler la plénitude du couple. Et ici, je préfère ce mot de plénitude à celui de sainteté. Pourquoi ? Parce que pour la grande majorité des gens, le mot sainteté fait penser à un style de vie qui semble irréconciliable avec la vie normale d’un couple d’aujourd’hui. Il ne s’agit probablement que d’un problème de vocabulaire.

Jérôme et Astrid ne se prennent sûrement pas pour des saints. Pourtant, leur chemin me fait penser à ce qu’est la plénitude de la charité. Ils sont ce que j’appellerai presque un couple professionnel. Aussi, en supposant que leur exemple se rapproche de ce que l’Église appelle la sainteté, alors on peut dire que cette sainteté, ou cette plénitude, ne sont pas des idéaux réservés à une petite élite de couples. Non, nous y sommes tous appelés, chrétiens et non-chrétiens, parce qu’il s’agit ici et simplement de vouloir la plénitude dans l’amour. Alors que promettre d’aimer une personne pour toujours et ne pas vouloir l’aimer en plénitude, semble être presque une contradiction dans notre monde contemporain.

Ce qui peut paraître incroyable, c’est qu’il a fallu attendre 2001 pour voir le premier couple de l’histoire béatifié ensemble grâce à sa vie de couple vécue en plénitude : ils s’agissait des époux Luigi et Maria Beltrame Quattrocchi.

Mais alors, c’est quoi exactement la plénitude ou la sainteté dans la vie d’un couple ? Pendant les siècles, l’Église a su nous proposer les vies exemplaires des saints : non pas des gens parfaits, mais des hommes, des femmes et des enfants qui ont vécu la charité, notre vocation commune en plénitude. Ce qui peut paraître incroyable, c’est qu’il a fallu attendre 2001 pour voir le premier couple de l’histoire béatifié ensemble grâce à sa vie de couple vécue en plénitude : ils s’agissait des époux Luigi et Maria Beltrame Quattrocchi. Quant au premier couple canonisé, c’était en 2015 avec Louis et Zélie Martin. Ce qu’il faut signaler ici, c’est que l’Église ne les a pas canonisés parce qu’ils étaient les parents de Thérèse de Lisieux, mais parce qu’ils avaient vécu leur vie conjugale en plénitude.


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Jusque là, l’Église n’avait jamais considéré la sainteté d’un couple ensemble. La sainteté était presque réservée aux religieux, souvent aux fondateurs de communautés religieuses. On trouve quand-même des époux ou des épouses canonisés, mais sans leurs conjoints. Et on mettait surtout en lumière leur vie exemplaire après la mort de leur conjoint, ou parce qu’ils avaient consacré leur vie à Dieu. Pourquoi la plénitude de leur vie conjugale n’a-t-elle pas été prise en compte ? La plupart du temps, c’est parce que les conjoints étaient considérés individuellement…

Cette réalité illustre typiquement le fait que les lourdes structures du Vatican ont mis du temps à comprendre des réalités pourtant évidentes depuis longtemps. Oui, l’Église est parfois un peu lente, mais elle est prudente. Il a donc fallu attendre un pape amoureux de la vocation du couple, un homme convaincu qu’un couple se sanctifie mutuellement, pour que l’Église s’ouvre à l’idée qu’il fallait considérer le chemin de sainteté d’un couple ensemble. En effet, le concile Vatican II précise que les époux, « en accomplissant leur mission conjugale et familiale avec la force de ce sacrement, pénétrés de l’Esprit du Christ qui imprègne toute leur vie de foi, d’espérance et de charité, parviennent de plus en plus à leur perfection personnelle et à leur sanctification mutuelle ; c’est ainsi qu’ensemble, ils contribuent à la glorification de Dieu » (Gaudium et spes, n.48).

Dans cette lumière, comment peut-on comprendre la sainteté d’un couple ? Dans son homélie à l’occasion de la béatification de Luigi et Maria Beltrame Quattrocchi, le pape Jean Paul II a dit la chose suivante :

« En puisant à la Parole de Dieu et au témoignage des saints, les bienheureux époux ont vécu une vie ordinaire d’une façon extraordinaire » (Pape Jean Paul II, homélie du 21.10.2001, n°2).

Si c’est ça la sainteté, alors effectivement elle est un idéal pour tous. Vivre les choses ordinaires d’une façon extraordinaire, c’est à la portée de tous et, oui, cela donne envie. Et le Pape continue :

« Parmi les joies et les soucis d’une famille normale, ils ont su réaliser une existence extraordinairement riche de spiritualité. Au centre, l’Eucharistie quotidienne, à laquelle s’ajoutait la dévotion filiale à la Vierge Marie, invoquée avec le Rosaire récité chaque soir, et la référence à de sages conseillers spirituels. Ils ont ainsi su accompagner leurs enfants dans le discernement de leur vocation, en les entraînant à évaluer chaque chose « du toit vers le haut », comme ils aimaient souvent à le souligner de façon amicale ».

Bon, c’est un peu plus exigeant, mais nous connaissons probablement tous des couples un peu comme ça dans notre entourage. Mais attention, cela ne désigne pas exclusivement les couples en plénitude depuis le début. Notre vie sur cette terre ne consiste pas à faire de nous des êtres parfaits, ni à nous donner en exemple des modèles de perfection.

Non, la sainteté ou la plénitude ne signifient pas l’absence de problèmes ou de disputes, elles n’excluent pas les moments de découragement ni la lassitude (…) La sainteté n’est pas dans la réussite permanente. Elle veut dire apprendre à vivre, apprendre à aimer, à servir et à accueillir.

Non, la sainteté ou la plénitude ne signifient pas l’absence de problèmes ou de disputes, elles n’excluent pas les moments de découragement ni la lassitude d’aller à l’église ou de prier. La sainteté n’est pas dans la réussite permanente. Elle veut dire apprendre à vivre, apprendre à aimer, à servir et à accueillir. Avec la grâce de Dieu, avec les moyens de sanctification que l’Église nous propose, et avec l’aide de nos amis, en communauté. La sainteté n’est pas d’être libre des tentations : on peut tomber mille fois, ce qui compte c’est d’être déterminé à se relever mille et une fois.


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Le Pape François décrit la vie de couple et le chemin de plénitude conjugale « comme un chemin de maturation, où chacun des conjoints est un instrument de Dieu pour faire grandir l’autre. Le changement, la croissance, le développement des bonnes potentialités que chacun porte en lui, sont possibles. Chaque mariage est une ‘‘histoire de salut’’, et cela suppose qu’on part d’une fragilité qui, grâce au don de Dieu et à une réponse créative et généreuse, fait progressivement place à une réalité toujours plus solide et plus belle. Peut-être que la plus grande mission d’un homme et d’une femme dans l’amour est-elle celle de se rendre l’un l’autre plus homme ou plus femme » (Amoris Laetitia 221).


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Quand Jérôme a rencontré Astrid il y a plus de 40 ans, il n’était pas pratiquant. Il était plutôt ouvert, tout en étant en même temps animé par une très belle générosité et une bienveillance extraordinaire. Il ne parlait jamais en mal des autres. De son coté, Astrid avait baigné dans la foi depuis son enfance, elle avait toujours une attitude positive envers la vie. Aujourd’hui, j’ai l’impression que chacun d’entre eux a été un instrument pour aider l’autre à devenir une meilleure personne. Ils n’ont certainement pas tout bien fait dans la vie, mais la charité et la paix règnent dans leur foyer.

La sainteté en couple plus importante que la sainteté individuelle ?

Doucement, ils ont commencé à donner une vraie place à Dieu dans leur couple et ainsi, ils ont su, au long des étapes de leur vie de couple, accueillir de mieux en mieux l’autre. Avec beaucoup de patience et d’humilité, Astrid a su respecter les temps de Dieu comme Jérôme pouvait les vivre. Aujourd’hui, ils vont à la messe presque tous les jours, et ils prient aussi le chapelet tous les jours. Les deux n’ont pas une grande formation académique au-delà du bac, mais leur gaieté et leur enthousiasme (dans le plus précis sens du mot pleins de Dieu) donnent envie à tout leurs amis de passer du temps avec eux, et même de se confier à eux. Probablement, ces amis ne diraient pas d’Astrid et de Jérôme qu’ils sont des saints, mais qu’ils donnent l’envie de mieux aimer et de s’approcher de Dieu. D’ailleurs, leurs enfants sont tous sur le chemin de la foi, chacun d’entre eux a consciemment choisi de suivre Dieu dans sa vie.

La sainteté en couple implique l’apprentissage de savoir faire converger les désirs et les préférences des époux, pour qu’ils deviennent un dans leurs cœurs.

Personnellement, je considère que la sainteté en couple est encore plus importante que la sainteté individuelle. Pourquoi ? Parce que l’homme n’est pas créé pour être seul ou pour arriver seul à la plénitude. Dieu nous a créés homme et femme. Ensemble et de la meilleure façon, nous sommes capables en tant qu’homme et femme d’être dans le monde un signe visible de l’amour invisible de Dieu. Ensemble, nous sommes capables de rendre présent sur la terre l’amour du ciel : ensemble ! Et ensemble, ça ne veut pas dire prier ensemble tout le temps.

La plénitude de couple implique quand-même un vrai combat pour atteindre une vraie unité dans la sexualité et dans la tendresse, comme dans une communion avec Dieu grâce à une fidèle vie de prière.

Pour être vraiment ensemble, la vie nous invite a être un aussi dans nos choix, mais aussi dans nos gestes. À mon avis, la sainteté en couple implique l’apprentissage de savoir faire converger les désirs et les préférences des époux, pour qu’ils deviennent un dans leurs cœurs. En revanche, la plénitude de couple implique quand-même un vrai combat pour atteindre une vraie unité dans la sexualité et dans la tendresse, comme dans une communion avec Dieu grâce à une fidèle vie de prière. La plénitude du couple, ce sont deux histoires qui deviennent une histoire sacrée. Deux volontés, deux âmes et deux corps qui deviennent un seul lieu où Dieu habite, où l’amour de Dieu trouve une porte ouverte, où l’alliance de l’homme avec Dieu, dans l’amour fidèle du couple, est renouvelée régulièrement.

C’est sans doute pour cela que le diable, dans le récit de la Genèse, ne s’adresse pas à Adam et Ève quand ils sont ensemble. C’est Ève qu’il tente quand elle est seule. C’est malin, mais c’est idiot aussi, car il nous dévoile ainsi l’élément le plus important du chemin de plénitude et de sainteté d’un couple : aimer ensemble, agir ensemble, discerner ensemble, prier ensemble.




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Quand ils sont réunis ensemble, ce qu’on appelle les transcendantaux, les quatre signes de la présence de Dieu, révèlent Sa présence : la beauté, la bonté, la vérité et l’unité. C’est pourquoi les conséquences de la chute originelle sont la séparation, la méfiance, la division et l’accusation mutuelle entre l’homme et la femme. Dans ce sens, on peut croire que l’une des plus grandes missions des couples, elle est celle de vivre la communion, la confiance, l’union et le pardon ensemble, en couple.  Car chaque fois qu’ils agissent ensemble, grâce à leur sacrement, grâce au pacte avec le Créateur scellé le jour de leur mariage, les époux rendent présent sur la terre un bout de Dieu et de son amour. J’oserai alors dire que même si le chemin individuel de chaque conjoint a toute son importance, c’est encore plus important, pour le bien de l’Église et du couple, qu’ils y arrivent ensemble, même si cela doit être prendre un peu plus de temps.

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Coupletheologie du corps
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