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Chronique de la France confinée (12). Un voyage à la vitesse du printemps

LILIAN CAZABET / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

Des champs fleuris à Cassagne, Haute Garonne, le 28 avril 2020.

Xavier Patier - Publié le 10/05/20

Aurons-nous la nostalgie du confinement paisible, vécu au rythme irrésistible de la montée du printemps ? L’heure vient des règlements de comptes. La France n’a pas démérité, mais le gouvernement aura fait l’expérience désastreuse des demi-vérités.

Peu oseront l’avouer, mais nombre de nos compatriotes éprouveront bientôt la nostalgie de cette période étrange où pendant deux mois, les humains menacés par un Vésuve appelé Coronavirus se sont figés comme les moulages de Pompéi. Le gouvernement nous avait forcés à rester au terrier, c’était violent. Voilà qu’il nous attrape par les deux oreilles pour nous obliger à sortir, c’est plus violent encore. Et s’il me plaît, à moi, d’être confiné ? 

Une autre vie était possible

Le silence, surtout, va leur manquer. Les deux mois enfermés que nous venons de vivre ont coïncidé avec une météorologie souvent radieuse : pendant que la fourmilière des hommes s’arrêtait, par la fenêtre la nature avançait à la vitesse irrésistible du printemps. Nous découvrions que des oiseaux chantaient dans nos villes, que les feuilles poussaient sur nos arbres sans avoir besoin d’une dérogation écrite, que nos rues étaient belles, délivrés de la cohue morne et puante des voitures, que nos ciels étaient vrais et nos campagnes immortelles. La France était redevenue ce pays immense qu’on ne traverse qu’en rêve. Nous désirions la mer. Nous nous attardions dans nos cuisines. Nous allions chercher du pain comme on entreprend un voyage.




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Et de surcroît, nous nous aimions un peu plus : le soir, sur les balcons, nous nous faisions des signes d’amitié, nous célébrions les combattants de la guerre invisible conduite par une armée de héros anonymes et un quarteron de généraux controversés appelés Raoult, Salomon ou Véran, qui parlaient de la chloroquine comme le général de Failly parlait du fusil Chassepot. Nous étions heureux sans le savoir, car le bonheur se conjugue toujours au passé. Nous avions vécu. Nous nous étions prouvés qu’une autre vie était possible.

En 1970, la grippe de Hong Kong a fait plus de morts que n’en fera le coronavirus en 2020, et tout le monde a oublié la grippe de Hong Kong

La grippe de Hong Kong

Le déconfinement sera un retour brutal à la réalité d’avant, car rien n’aura changé, hormis le désastre de notre économie réelle, mais celui-ci aussi s’estompera plus vite qu’on ne dit. Nous n’avons pas cessé d’entendre depuis trois mois que nous vivions une crise sanitaire « sans précédent ». Prétentieuse amnésie ! Pas besoin de parler de la grippe espagnole de 1919 ou du choléra de 1832 : en 1970, la grippe de Hong Kong a fait plus de morts que n’en fera le coronavirus en 2020, et tout le monde a oublié la grippe de Hong Kong : pensez donc, c’étaient les années Pompidou, autrement dit le paradis !

Nostalgie, oui, car l’heure sera bientôt au règlement de comptes. Le procès de l’État a déjà commencé. Le gouvernement de la France n’aura pourtant pas fait plus mal, ni d’ailleurs autrement que la plupart des autres. Les résultats non plus ne sont pas franchement différents. Un mort reste un mort, qu’il ait succombé dans le couloir d’un service d’urgence à Bologne ou dans un lit de réanimation à l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris. Cependant le gouvernement Macron aborde l’atterrissage en situation plus délicate que les autres.

En Grande-Bretagne, par exemple, pays qui a tergiversé au moment d’arrêter une stratégie et dont le système de santé a présenté de graves faiblesses, et dont les résultats sont notoirement mauvais, le Premier ministre Johnson n’a jamais été aussi populaire. En France, dont le système de santé n’aura pas démérité, le gouvernement sortira de la crise détesté. Pourquoi ? Non que la France soit un pays plus difficile à gouverner que les autres. Mais ici, le gouvernement aura fait l’expérience désastreuse des demi-vérités. Sa bonne volonté fut évidente, et cependant l’idée s’est installée, par l’accumulation de maladresses minuscules, mais innombrables, qu’il prenait les Français pour des enfants.

Le péril est dans les églises

Regardons ce qui s’est passé pour les cultes. En mai 2017, au second tour des élections présidentielles, les catholiques pratiquants, après avoir largement soutenu François Fillon au premier tour, ont voté plus massivement encore pour Emmanuel Macron. Plus de 71% (Ifop) : cinq points de plus que l’ensemble des Français. Les « tala » [ceux qui von-“t-à-la” messe, dans l’argot normalien, Ndlr] y croyaient. En tout cas ils s’y résignaient.

Christophe Castaner, Capture écran Le Grand Jury/RTL

Ancien élève des jésuites, le jeune Macron confessait admirer Georges Pompidou, l’homme du bonheur perdu des années soixante-dix. Le candidat citait volontiers ce normalien enraciné, lui qui n’était ni normalien ni enraciné mais qui avait tant désiré l’être. Comme lui, il était passé de la banque à la politique et il aimait l’industrie. Pourquoi pas ? Les catholiques pratiquants, dans leur majorité, suivirent. Pourtant quelque chose clochait : le nouveau secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement comparait la mantille de sa grand-mère catholique au Niqab des militants islamistes. Cet homme controversé, formé dans les salles de poker marseillaises, ne fut pas rappelé à l’ordre, bien au contraire : il fut promu bientôt ministre de l’Intérieur, c’est-à-dire ministre des cultes.




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Arrivée la crise sanitaire, cet atypique ministre répéta trop joyeusement que la pratique de la foi n’entrait pas dans les activités « essentielles », autorisées par décret. Il aurait pu exprimer l’idée avec davantage de tact, mais le tact n’était pas son fort. À l’approche du déconfinement, il expliqua qu’il était sans danger de regrouper les enfants dans des cantines scolaires, mais périlleux, même avec des précautions, de réunir quelques fidèles dans une église. Il est vrai que les enfants à la maison, ce sont des parents qui ne peuvent rejoindre la machine à créer des richesses marchandes. Déconfiner les églises, des synagogues ou des mosquées n’apporte pas un point de PIB. Le ministre de l’Intérieur (et des cultes), emporté par son élan, alla plus loin : il affirma, avec la tranquille certitude d’un pontife, que la prière n’exigeait pas d’être vécue en communauté. L’ancien demi-champion de poker se faisait théologien. Il osait décidément tout.

Le Président a déçu. Difficile à rattraper. Son ministre a déplu. Et ça, c’est impossible à rattraper. L’épisode du coronavirus aura-t-il été celui pendant lequel le macronisme a perdu son électorat catholique ?

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