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Lecture et confinement : cinq grands maîtres de la spiritualité

KOBIETA CZYTA KSIĄŻKĘ
Shutterstock
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Que lire en temps de confinement ? Les chroniqueurs d’Aleteia vous proposent leurs conseils de lecture, puisés parmi leurs auteurs de référence. Littérature, spiritualité, histoire, idées politiques, théologie… mettez à profit votre retraite forcée pour découvrir ou redécouvrir les grands classiques ! Rédacteur en chef de la revue « Carmel », le Frère Baptiste de l’Assomption vous suggère d’apprivoiser cinq grands maîtres de la spiritualité.

Ce temps de confinement nous donne l’occasion de nous replonger dans les grands classiques de la spiritualité chrétienne. Choisissons-en cinq particulièrement adaptés au temps que nous vivons.

Saint Athanase
Vie d'Antoine

Saint-Léger éditions

Écrite une année seulement après sa mort,Vie d’Antoine fait partie des grands classiques de l’histoire de la spiritualité. À la fin du IVe siècle, l’œuvre avait déjà fait le tour de la Méditerranée. Son auteur, saint Athanase, était l’un des plus grands théologiens de son temps et le champion de la lutte contre l’arianisme. Si Antoine n’est pas le premier à avoir mené une vie solitaire (il a été formé par d’autres solitaires), il est cependant le premier à l’avoir vécu dans les déserts profonds de l’Égypte où beaucoup l’on suivi par la suite. En ce sens, saint Antoine est considéré comme le père des moines et des solitaires.

Bien que Vie d’Antoine n’ait pas la prétention de décrire les chemins par lesquels tous les chrétiens parviennent à la sainteté, elle montre cependant, à travers l’exemple d’Antoine, comment ceux-ci peuvent y tendre. Tous, en effet, ne vivront pas les mêmes tentations qu’Antoine, ni la même solitude, ni la même austérité. Tous, pourtant, pourront profiter de son expérience et de son enseignement (condensé dans les chap. VII-XIII). La grande leçon que Dieu nous donne par saint Antoine, c’est que le Christ est vainqueur du démon. Saint Antoine voudrait que nous ayons « moins peur de ces esprits de ténèbres » (chap. XIII) si impuissants, en réalité, face au pouvoir souverain de la Croix. Parce qu’il connaissait les artifices du démon (comme le montrent les chapitre III-VI), il nous apprend à les déjouer.

Ce temps de confinement peut être un temps de tentation. La lecture de Vie d’Antoine, nous apprend à les traverser avec le Christ. Elle nous montre comment imiter Saint Antoine en ce qu’il a d’imitable : sa foi, sa confiance, son zèle, sa charité, son humilité, et d’une manière plus concrète, la récitation fervente et quotidienne des Psaumes ainsi que la lecture profonde et attentive de la Sainte Écriture.

Sulpice Sévère
Vie de saint Martin

Saint-Léger productions

C’est un autre grand nom de la littérature chrétienne, Sulpice Sévère, qui a écrit la Vie de saint Martin. Elle aussi connut un grand succès, dans le monde latin notamment, et en France particulièrement (il suffit de compter le nombre d’églises ou de villes dont saint Martin est le patron). Si nous connaissons essentiellement Martin par le geste de charité qui l’a rendu célèbre, en partageant son manteau de soldat avec un pauvre transi de froid, l’ensemble de sa vie n’est pas moins riche d’enseignements.

Comment faire de la solitude une préparation à l’évangélisation

Une première partie de la Vie de saint Martin nous le montre comme descendant toujours plus bas aux yeux du monde. Il refuse les honneurs de l’armée romaine, il refuse l’honneur d’être ordonné prêtre par saint Hilaire pour n’être que son exorciste (qui, à l’époque n’était pas nécessairement lié au ministère sacerdotale). Il choisit une vie solitaire et dépouillée aux environs de Ligugé. C’est parce qu’il est descendu très bas dans l’humilité que Martin a pu découvrir sa vocation d’être non seulement l’évêque de Tours mais aussi l’évangélisateur de la Gaule. Cette vocation, il ne se l’est pas donnée. Il l’a reçue de Dieu parlant par l’entremise de la vox populi. La deuxième partie de la Vie de saint Martin nous montre comment il évangélise les campagnes, guérit les infirmes et, finalement, remporte une victoire éclatante sur le diable. Toute la fécondité de son apostolat s’enracine dans la vie solitaire qu’il a menée. S’il est capable de vaincre le paganisme, c’est parce qu’il l’a vaincu d’abord en lui-même dans la solitude. S’il est capable d’exercer la charité en faisant des miracles, c’est parce qu’il l’a d’abord exercé d’une manière humble et cachée en partageant son manteau. S’il remporte la victoire sur les tentations les plus pernicieuses du diable, se faisant passer pour le Christ ou essayant de brouiller la distinction du temporel et du spirituel dans la cour de l’empereur, c’est parce qu’il l’a d’abord vaincu, par le Christ, dans des combats plus petits.

Ce temps de confinement est un temps de préparation à la nouvelle évangélisation. La lecture de la Vie de saint Martin, nous apprend comment les petites victoires remportées dans la solitude ont un impact sur la vie de toute l’Église.

Sainte Thérèse d'Avila
Le Livre de ma Vie

Saint-Léger productions

Le livre de ma vie de sainte Thérèse d’Avila, écrite par elle-même vers 1562, est un des plus grands chefs d’œuvre de la spiritualité chrétienne. Traduit en de nombreuses langues dès le XVIIe siècle, à la source du renouveau spirituel de la France durant le Grand Siècle, l’œuvre a continué, au long des âges, à nourrir la vie des chrétiens et à susciter des conversions. Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, Édith Stein, l’a lue en une nuit, alors qu’elle n’était pas encore chrétienne ; elle s’exclama à la fin de sa lecture : « Voici la vérité. »

Comment relire sa vie à la lumière du Christ

L’expérience que Thérèse décrit dans ce livre, la sienne, est un « miroir grossissant » de notre histoire. La lecture de cette Vie montre en grand le chemin que nous avons tous à suivre pour devenir des saints. Depuis les premières ferveurs, les chutes, les séductions du monde, les luttes pour rester fidèles au Christ jusqu’à la description des différents degrés de l’oraison, cette histoire nous entraîne irrésistiblement sur la voie de la perfection. Il n’est pas même jusqu’aux expériences les plus extraordinaires de Thérèse qui ne nous soient extrêmement utiles. Sa vision de l’enfer nous montre la place que les démons nous y ont préparée et dont le Christ nous a libérés. Ses visions surnaturelles nous donnent des images pour nous représenter ce que nous vivons, dans l’obscurité, à chaque acte de foi que nous posons. La révélation des âmes qui se convertissent à sa prière ou sortent du purgatoire, nous montre l’efficacité surnaturelle du temps que nous accordons à l’oraison afin d’intercéder pour nos frères.

De la vanité de la mondanité jusqu’à la vérité de la vie avec Jésus, le Livre de la Vie de sainte Thérèse nous apprend, en ce temps de confinement, à relire notre vie à la lumière du Christ. Il tourne résolument nos regards vers le ciel afin que nous y entraînions nos frères.

Saint Jean de la Croix
le Cantique spirituel

Seuil

Le Cantique spirituel, avant d’être un traité de spiritualité, est une longue poésie, de quarante strophes, dont la première partie (les trente-et-une premières strophes) a été écrite par saint Jean de la Croix dans sa prison de Tolède (en 1578). En reprenant les mots du Cantique des Cantiques, cette poésie décrit le parcours d’une âme blessée d’amour pour son Bien-Aimé depuis ses premiers pas jusqu’au jardin où celui-ci l’attend afin de l’épouser. Du plus profond de la solitude de Jean est sortie un chant qui a nourri l’Église depuis cinq siècles et continuera à la nourrir probablement jusqu’à la fin des temps. C’est à la demande des carmélites que saint Jean de la Croix a commenté son chant. Ce commentaire connaît deux versions appelées A et B.

Laisser Jésus épouser nos âmes dans la solitude

Cette longue poésie pourrait se diviser en trois grandes parties. La première (strophe I-XII) nous montre la course d’une âme blessée d’amour pour son Aimé qui n’aspire qu’à une chose : le voir afin de pouvoir l’aimer parfaitement. La seconde (XIII-XXVII) nous montre comment l’Aimé, en se découvrant à la vue de sa foi, a enrichi l’âme de ses dons la rendant ainsi belle à ses yeux et la préparant au mariage qu’il désire contracter avec elle. La troisième (XXVIII-XL) montre comment l’âme, désormais unie pour toujours à son Aimé, vit avec lui, respire avec lui du même amour que lui, se contemple en lui et lui en elle, chante avec lui un même chant de louange et, avec lui et en lui, devient inaccessible au démon.

Dans la première partie de son Cantique, Jean montre comment l’amour ardent prépare une âme à recevoir la visite de son Bien-Aimé. La grande transition de la première à la deuxième partie se réalise lorsque l’âme consent non plus à vouloir voir son Ami qu’à se laisser regarder par lui dans la foi et l’amour parfaitement exercés (sans aucun retour sur soi). C’est alors qu’il peut la visiter et l’enrichir de ses dons (fiançailles spirituelles). Ce temps de visites et d’embellissement de l’âme la prépare au mariage spirituel qui, dans la troisième partie du Cantique, est décrit de la manière la plus haute et la plus pure qui soit. L’âme ne désire alors plus qu’une chose : s’enfoncer dans les mystères du Christ, de sa Croix, et dans la profondeur de la vie trinitaire.

La lecture du Cantique spirituel nous fait découvrir le prix immense de la solitude. Elle est un temps de retraite qui nous fait anticiper les joies du ciel et qui permet à Dieu de réaliser en nous son projet d’amour : épouser nos âmes et les unir à lui pour toujours.

Saint Thérèse de l'Enfant-Jésus
le Manuscrit B

Points

Terminons par un texte exceptionnel, peut-être le plus grand de tous. Le Manuscrit B, au centre des Manuscrits autobiographiques de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face. Ce texte court, écrit par la petite Thérèse durant le mois de septembre 1896, est d’une profondeur abyssale. Il faudrait presque le connaître par cœur tellement il est propre à sanctifier ceux qui le lisent.

Entrer dans le Cœur de l’Église

Après avoir, dans les premières lignes, donné un résumé du mouvement de l’abandon, elle raconte à sœur Marie du Sacré-Cœur, à qui ce texte est destiné, un rêve qu’elle a fait et dans lequel elle a découvert combien elle était aimée par les membres de l’Église du ciel. C’est la profondeur de cet amour particulier, qu’elle ne soupçonnait pas, qui réveille la profondeur de son cœur et lui en découvre les désirs infinis. Puisqu’elle voudrait aimer Jésus de toutes les manières qui soient, par le martyre, le sacerdoce, et même en devenant « zouave pontifical » ! elle s’abaisse elle aussi jusqu’aux profondeurs de son néant (comme nous voyions saint Martin le faire) afin de découvrir sa vocation qui est d’être l’Amour dans le Cœur de l’Église. C’est en devenant cet amour qu’elle peut participer au grand mouvement de l’amour qui anime la vie de toute l’Église et cela en « jetant des fleurs » c’est-à-dire à en faisant du moindre geste, du moindre regard, un acte d’amour dont les effets se répandent sur toute l’Église de la terre et du purgatoire, après être passés par les mains de l’Église du ciel.

Cet amour de Thérèse qui devient aussi fou que celui de Jésus ne se fonde pas sur ses propres forces. Elle se compare d’ailleurs à un petit oiseau qui, pour attirer le Soleil d’amour qu’elle contemple, compte davantage sur ses faiblesses, qui attirent sa Miséricorde, que sur ses vertus. C’est parce que Thérèse est petite qu’elle peut espérer, sans aucune crainte des démons, attirer celui dont le regard lui donne la vie à chaque instant. Elle conclue, enfin, en priant Jésus pour chacun de nous afin que nous devenions une « légion de petites âmes » qui découvrent comme elles les secrets du Cœur de Jésus.

En nous faisant lire le Manuscrit B (car c’est toujours elle qui nous attire lorsque nous la lisons), en ce temps de confinement, Thérèse nous apprend à entrer avec elle dans le Cœur de l’Église afin que, depuis ce Cœur vivant et brûlant, nous posions des actes de charité qui allume dans le monde le feu de l’amour de Jésus. Depuis la solitude de nos demeures, nous pouvons accomplir ces actes d’amour extrêmement utiles à la vie du monde, plus utiles même que nos œuvres, car, comme le dit Thérèse à la suite de Saint Jean de la Croix, « un petit peu de ce pur amour fait plus de bien à l’Église que toutes les œuvres réunies ».

 

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