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Les conseils de lecture du pape François par temps de pandémie

Le temps de confinement est l'occasion de relire les classiques.
Le temps de confinement est l'occasion de relire les classiques.
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Ancien professeur de littérature, le pape François a une solide culture littéraire. Lors d’un entretien accordé à l’hebdomadaire catholique anglais The Tablet, il a donné de nombreuses réferences qui peuvent ainsi constituer une bonne liste de lecture pendant cette période de confinement.

Dans un long entretien publié le 6 avril par The Tablet, l’hebdomadaire catholique anglais, le pape François multiplie les références littéraires. Plus qu’une illustration, ces ouvrages parcourus par le Pape nourrissent sa réflexion. Pour celui qui jadis fut professeur de littérature, certains livres peuvent être des boussoles dans la « tempête » de la crise sanitaire actuelle. Découvrez les conseils lectures du pape François.

Les Fiancés d’Alessandro Manzoni (1827)

 

L’écrivain italien Alessandro Manzoni est un des auteurs préférés du pape François, et Les Fiancés, son chef d’œuvre, fait même partie, dit-on, de ses livres de chevet. L’actualité toute particulière de ce livre est déconcertante : le roman se passe à Milan en 1630, en pleine épidémie de peste. Alors qu’un couple de jeunes personnes tente de vivre leur amour, de nombreux personnages apparaissent et se trouvent comme révélés par l’épreuve de la pandémie, pour le meilleur et pour le pire. Au sein de l’Église, Manzoni décrit les méfaits du couard Don Abbondio, un curé insipide et veule, mais aussi le courage du saint archevêque de la cité lombarde, le cardinal Borromeo, ou encore celui des frères capucins qui se mettent au service des malades dans un lazaret, lieu où on séparait les malades des autres, et où la mort frappait les hommes dans des conditions épouvantables.

Pour François, le cardinal Federigo Borromeo (qui a existé) est « vraiment un héros de la peste de Milan ». Cependant, rappelle-t-il, dans un chapitre, il se rend dans un village mais avec la fenêtre de sa voiture fermée pour se protéger. « Cela ne passe pas auprès du peuple », reconnaît le pape, car le « peuple de Dieu a besoin que son pasteur soit près de lui, pas à se surprotéger ». Un prêtre, face à une telle situation doit se sacrifier « comme les Capucins, qui restent proches ».

L’Enéide, Virgile (c. -29/-19)

En cette période, déclare le pape François, « la créativité des chrétiens doit se manifester en ouvrant de nouveaux horizons, en ouvrant des fenêtres, en ouvrant la transcendance vers Dieu et vers les gens ». Pour cela, explique le pontife, certains vers de L’Enéide, grand poème épique du poète latin Virgile, peuvent apporter du réconfort. Cette œuvre raconte comment Enée, prince troyen, doit quitter sa Troie tombée aux mains des Grecs, événement raconté par Homère dans L’Iliade. Dans sa fuite, ses compagnons et lui se retrouvent assaillis par de nombreux ennemis. Pour les rassurer, leur chef déclare alors : « Reprenez du courage et chassez la crainte qui vous accable : un jour peut-être ce souvenir vous sera doux ! »De fait, la légende d’Enée raconte comment le prince troyen arriva finalement dans la campagne tranquille du Latium et fit « renaître le royaume de Troie » dans ce qui allait devenir Rome.

Pour le pape François, le conseil donné par Enée est de « ne pas abandonner mais de se sauver en vue de temps meilleurs, car en ces temps-là, le souvenir de ce qui s’est passé nous aidera ». Virgile prépare donc à ce qui adviendra après l’épidémie de coronavirus selon le Souverain pontife : « Nous devons retrouver notre mémoire, car la mémoire nous viendra en aide. Ce n’est pas le premier fléau que connaît l’humanité ; les autres sont devenus de simples anecdotes. Nous devons nous souvenir de nos racines, de notre tradition ». L’Enéide, explique le chef de l’Église catholique, ce chant antique vieux écrit il y a 2.000 ans rappelait déjà qu’une « conversion par le souvenir » est possible.

Les Carnets de la Maison morte, Fiodor Dostoïevski (1860-1862)

L’épidémie de coronavirus ne doit pas détourner les chrétiens des plus fragiles, notamment des pauvres, explique le pape François : « les pauvres sont cachés, parce que la pauvreté est timide », mais aujourd’hui, avec les mesures de confinement, rien ne la cache. Il faut se mettre en position pour la voir, insiste le pontife : « C’est le moment d’entrer dans la clandestinité », faisant référence au roman de Fiodor Dostoïevski, Les Carnets de la Maison morte. Dans ce roman, basé sur l’expérience personnelle de l’auteur, une personne est envoyée en prison pour avoir assassiné sa femme et se retrouve confrontée à l’enfer carcéral. Dans une scène, les employés de l’hôpital pénitentiaire du camp parlent des prisonniers « comme des choses ». Cependant, l’un d’entre eux, relève l’évêque de Rome, « voyant la façon dont ils traitaient celui qui venait de mourir, celui qui était sur le lit à côté leur dit : Assez ! Lui aussi avait une mère ! »

Aujourd’hui, face à la pauvreté qui s’expose à tous dans la rue, « nous devons nous dire souvent ceci : cette pauvre personne a eu une mère qui l’a élevée avec amour. Plus tard dans la vie, nous ne savons pas ce qui lui est arrivé », mais il a été aimé, affirme le 266e pape.