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Jésus a-t-il existé ? Les preuves dont disposent les historiens

Portrait de Jésus par Rembrandt
Portrait de Jésus par Rembrandt, entre 1648 et 1655, Brigham Young University Museum of Art.
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« Il est possible de restituer les grands traits de la vie publique de Jésus et d’en donner des repères chronologiques », assure à Aleteia l’historien et écrivain Jean-Christian Petitfils, qui a récemment collaboré à l’ouvrage collectif dirigé par Jean Sévillia, « L’Église en procès ».

Que sait-on de Jésus ? S’il est impossible de prouver l’existence de Dieu, il n’en va pas de même pour celle de son Fils. « Indépendamment des sources chrétiennes, son existence se trouve attestée par plusieurs auteurs extérieurs au christianisme », affirme à Aleteia Jean-Christian Petitfils, historien et écrivain français. « Tacite, ancien gouverneur de la province d’Asie, Pline le Jeune, proconsul de Bithynie au début du IIe siècle, Suétone, chef du bureau des correspondances de l’empereur Hadrien un peu plus tard… ».

Aleteia : Quelles preuves a-t-on, sur le plan historique, de l’existence de Jésus ?
Jean-Christian Petitfils : L’existence historique au Ier siècle de notre ère d’un rabbi juif nommé Ieschoua (Jésus) — contraction de Yehoshoua (Josué), « Dieu sauve » —, qui attirait les foules par son charisme et son enseignement, et sa crucifixion à Jérusalem par ordre de Ponce Pilate, préfet de Judée de 26 à 36, à la demande des grands prêtres Hanne et de son gendre Joseph dit Caïphe, est un fait que tout historien sérieux, qu’il soit croyant ou non, juif, agnostique ou athée ne peut nier. Indépendamment des sources chrétiennes, son existence se trouve attestée par plusieurs auteurs extérieurs au christianisme : Tacite, ancien gouverneur de la province d’Asie, Pline le Jeune, proconsul de Bithynie au début du IIe siècle, Suétone, chef du bureau des correspondances de l’empereur Hadrien un peu plus tard…

Un texte très important est celui d’un écrivain juif romanisé du Ier siècle, Flavius Josèphe, qui avait connu à Jérusalem les premières communautés judéo-chrétiennes : il parle d’un « sage » nommé Jésus qui fit un grand nombre d’adeptes. « Pilate le condamna à être crucifié et à mourir. Mais ceux qui étaient devenus ses disciples continuèrent de l’être. Ils disaient qu’il leur était apparu trois jours après sa crucifixion et qu’il était vivant : ainsi, il était peut-être le Messie au sujet duquel les prophètes ont raconté des merveilles. » Le Traité Sanhédrin du Talmud de Babylone évoque également son nom : « La veille de la Pâque, on pendit (à la croix) Yeshû ha-notsri (Jésus le Nazaréen) parce qu’il a pratiqué la sorcellerie, a séduit et égaré Israël. » Même le philosophe platonicien Celse (IIe siècle), violent polémiste qui haïssait le Christ, ne contestait nullement son existence.

« Le christianisme, religion de l’Incarnation, se fonde bien sur l’existence d’un homme véritable et le témoignage de ses disciples. »

Quelques écrivains n’ont pourtant pas hésité à nier l’existence de Jésus…
À partir du XIXe siècle, il est vrai, quelques écrivains qu’on appelle « mythistes », Bruno Bauer, Prosper Alfaric, Arthur Drews, Paul-Louis Couchoud et aujourd’hui Michel Onfray ont nié l’existence de Jésus : celui-ci ne serait qu’une allégorie, un symbole, accomplissant fictivement les prophéties de l’Ancien Testament. Leur théorie ultra-minoritaire traduit en réalité une méconnaissance profonde de l’exégèse moderne, des dernières découvertes archéologiques et, de façon plus générale, de la méthode historique. Comment imaginer que de pauvres pêcheurs du lac de Tibériade, troupeau de fuyards apeurés à la mort de leur maître, aient soudainement lâché leurs filets, abandonné femmes et enfants et parcouru le monde pour un simple mythe, préparé par quelques individus dans l’arrière-salle d’une taverne de Judée ? Le christianisme, religion de l’Incarnation, se fonde bien sur l’existence d’un homme véritable et le témoignage de ses disciples.

Les Évangiles évoquent l’histoire de l’étoile de Bethléem, le massacre des Innocents, le tombeau vide… Ces éléments sont-ils vérifiables ?
L’étoile des mages n’est peut-être pas un pur symbole. Son existence se rattacherait à un phénomène astronomique survenu en l’an 7 avant notre ère. En effet, des tablettes cunéiformes, découvertes sur le site de l’antique Sippar en Mésopotamie (Iraq du Sud), attestent que, cette année-là, une conjonction très rare des planètes Jupiter (symbole de royauté) et Saturne (symbole d’Israël) s’était produite à trois reprises dans la constellation des Poissons (symbole d’Amarru, le pays des Amorrhéens, Syrie et Judée). Le calcul astronomique moderne est venu confirmer cet événement, établi dès le début du XVIIe siècle par l’astronome Kepler. Or, l’évangéliste Matthieu, à propos de l’étoile des mages, parle d’un astre qui apparaît, disparaît puis réapparaît… Cela semble coïncider. À noter aussi qu’au XVIe siècle, le rabbin portugais Isaac Abravanel qui, comme tout maître juif, attendait le Messie, annonçait sa venue lorsque se produirait dans le ciel une telle conjonction planétaire. Bref, dans cette hypothèse, Jésus serait né sept ans avant notre ère.

« Le Massacre des Innocents », huile sur bois (Hauteur. 142 cm ; largeur. 182 cm) d’après Pierre Paul Rubens vers 1610-1612, appartenant aux musées royaux des beaux-arts de Belgique de Bruxelles. - Inv. 3639, photographiée lors de l’exposition temporaire « Rubens et son Temps » au musée du Louvre-Lens.

L’histoire du massacre des Innocents rapportée pareillement par Matthieu n’est pas étayée par un témoignage extérieur, mais elle n’a rien d’impossible si l’on sait qu’Hérode le Grand fut un tyran cruel, rêvant de se faire reconnaître par le peuple juif comme le Messie. La mort d’une dizaine ou douzaine d’enfants de Bethléem et de ses environs a fort bien pu échapper aux observateurs du temps, vu la psychopathie paranoïaque du personnage à la fin de son règne : ne fit-il pas décapiter l’une de ses femmes, Mariamne, son frère Jonathan, sa belle-mère Alexandra, deux de ses propres fils, Alexandre et Aristobule, et nombre d’officiers de sa cour ?
Quant au tombeau vide, il est attesté par les Évangiles comme une expérience forte, réelle, vécue par les apôtres, les disciples et les saintes femmes. La disposition des linges dans le tombeau, restés à plat, selon Jean, comme si le corps du Maître avait disparu de l’intérieur, introduit au mystère même de la Résurrection. La vénération du tombeau au Saint-Sépulcre, redécouvert au temps de l’impératrice Hélène (vers 326-328), montrent l’importance capitale que les chrétiens ont toujours attaché à ce lieu.

Plus largement, comment lire ces Évangiles ? Constituent-ils des reportages ou sont-ils plutôt à considérer comme des textes romancés ?
Non, les évangiles canoniques ne sont pas des reportages. Ce ne sont pas pour autant des ouvrages romancés, comme les évangiles dits apocryphes (littéralement secrets, cachés), textes tardifs, imprégnés de gnose ou de traditions discutables cherchant à combler les lacunes des évangiles canoniques. Certains relatent des faits manifestement légendaires, des miracles gratuits et superflus. Même la comparaison avec les biographies de l’Antiquité, évoquant la figure d’un maître qui n’est plus et que vénèrent ses disciples, n’est pas adéquate. Les évangiles canoniques sont des témoignages écrits pour susciter ou confirmer la foi des croyants, des catéchèses destinées à montrer que ce Jésus exécuté comme un misérable au moment de la Pâque juive est bien ressuscité le troisième jour et toujours vivant, présent au milieu des siens. Par lui la mort a été définitivement vaincue, et ses disciples sont appelés à le rejoindre dans le royaume de Dieu.

CHRIST WITH DISCIPLES
A. N. Mironov | CC BY SA 4.0
Jésus et ses disciples.

Vous écrivez que Jésus a grandi à Nazareth au milieu de ses « frères » et de ses « sœurs »… Jésus a-t-il donc eu des frères et sœurs ?
C’est aujourd’hui une mode chez les exégètes protestants et même chez certains de leurs confrères catholiques de l’affirmer. Marie, après la naissance de son « fils premier-né », engendré par l’Esprit saint, aurait eu avec Joseph son époux une vie de couple normal, dont seraient issus d’autres enfants, des garçons — Jacques, Joseph, Simon (ou Siméon) et Jude — et des filles, en nombre inconnu. Ne reste plus alors qu’à se débarrasser de la notion de « virginité réelle et perpétuelle », encore affirmée par le Catéchisme de l’Église catholique de 1992…

Une critique serrée du père Pierre Grelot, bibliste réputé, parue en 2003 dans la Revue thomiste, a fait litière de cette prétendue « découverte ». En hébreu et en araméen, ‘ah (ou ) signifiait indifféremment frère de sang, demi-frère, neveu ou cousin, membre du clan. À Nazareth, comme dans les villages africains aujourd’hui, tous les enfants se disaient frères et sœurs. En réalité, ceux qu’on appelle dans les évangiles les « frères de Jésus » étaient, au moins pour deux d’entre eux, Jacques le Petit et Joseph (ou Joset), des cousins germains, fils d’une certaine Marie (femme) de Clopas, qui, à en croire Hégésippe, avait épousé le frère de Joseph, père adoptif de Jésus. Pour les autres, Siméon et Jude, il s’agirait de cousins plus éloignés et beaucoup plus jeunes (Siméon mourra au début du IIe siècle). En tout cas, à aucun moment dans les évangiles Marie n’est présentée comme une femme ayant eu plusieurs enfants. Notons enfin que, sur la croix, Jésus confia celle-ci à Jean l’évangéliste, le disciple bien-aimé qui la prit chez lui, dans sa maison de Jérusalem, ce qui eût été inimaginable dans le contexte culturel du judaïsme de ce temps si elle avait eu d’autres enfants : « Femme, dit-il, voici ton fils » et au disciple : « Voici ta mère » (Jean, 19, 26-27).

Quelles certitudes historiques peut-on avoir concernant Marie et Joseph, les parents de Jésus ?
Joseph et Marie appartenaient à un petit clan juif, les Nazôréens ou Nazaréniens, revenus d’exil au second siècle avant notre ère, qui prétendaient descendre du roi David. Ces gens attendaient la naissance en leur sein d’un messie royal, comme l’avait prophétisé Isaïe (« Un rejeton sortira de la souche de Jessé… ») et avaient fondé sur un éperon rocheux de Basse-Galilée un village appelé Nazara (Nazareth), de netzer le « surgeon » (autrement dit le « rejeton » de Jessé, père de David), ainsi qu’un autre, au nord-est du Golan, Kokhaba, c’est-à-dire « l’étoile », celle — messianique — annoncée au livre des Nombres : « Une étoile sortira de Jacob et un sceptre se lèvera en Israël. » Comme l’observe le père Étienne Nodet, de l’École biblique de Jérusalem, ces deux villages portaient l’un et l’autre « un nom usuel tiré de l’espérance de (leurs) habitants ». De Joseph, le père putatif de Jésus, on sait peu de choses, sinon qu’il était un tektôn, un artisan-ouvrier du bois, ce qui en fait plus qu’un charpentier prolétaire, comme on le dit souvent. Jésus a appris le métier avec lui, et tous deux, probablement, ont travaillé au grand chantier de la région, la reconstruction de la ville de Sépphoris détruite par les Romains en l’an 6 de notre ère.

« L’historien, naturellement, ne saurait se prononcer sur ce qu’on appelle la naissance virginale de Jésus. »

L’historien, naturellement, ne saurait se prononcer sur ce qu’on appelle la naissance virginale de Jésus (sa conception par la puissance de l’Esprit saint), affirmation de foi que l’on trouve dans le Nouveau Testament, le Symbole des apôtres, le Credo de Nicée-Constantinople, admise même par les réformateurs Luther et Calvin. Le fait est que cette donnée, plus gênante que valorisante, a embarrassé les premiers disciples comme pouvant laisser croire à une naissance illégitime de leur maître. Durant sa vie, les adversaires de Jésus ne se privèrent pas de l’accuser d’être « né de la fornication ».
S’ils l’ont maintenue, au risque d’entraver l’annonce de la Bonne Nouvelle, c’est qu’ils l’ont considérée comme particulièrement sûre et importante. Il apparaît clairement dans l’Évangile selon Luc que Marie était à l’origine de ces révélations : « Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur », note-t-il à deux reprises. Longtemps on a pensé que dans la tradition juive la virginité d’une femme était perçue de façon négative (« Soyez féconds et multipliez-vous… », dit la Genèse, 1, 28) jusqu’à la découverte à Jérusalem en 1967 par l’archéologue israélien Yigael Yadin d’un texte juridique provenant des manuscrits de la mer Morte (le « Rouleau du Temple », datant du milieu du premier siècle avant notre ère), dans lequel il est question de vierges consacrées et de vœu de virginité perpétuelle au cours même du mariage : « Si une femme mariée prononce un tel vœu sans que son mari le sache, celui-ci peut le déclarer nul. Si toutefois il est d’accord avec une telle mesure, les deux sont dans l’obligation de le garder. » Était-ce la situation à laquelle fut confronté Joseph, l’époux de Marie, qui, nous dit Matthieu, avait résolu de la répudier en secret ?

MARY AND JOSEPH
Martin Ellis | Flickr CC by NC ND 2.0
Joseph et Marie.

Vous soulignez également qu’il y a une certitude historique : Jésus n’est pas né le 25 décembre de l’an 1. Pourquoi donc fête-t-on Noël à cette date ?
Il est sûr que Jésus n’est pas né le 25 décembre de l’an I. Ce ne fut qu’au IVe siècle que l’Église instaura la solennité de la Nativité, afin de christianiser la fête du solstice d’hiver. À en croire les Évangiles de Matthieu et de Luc, il vit le jour sous le règne d’Hérode le Grand, roi de Judée. Or, celui-ci mourut dans son palais d’hiver de Jéricho le 1er avril de l’an 4 avant notre ère. C’est par suite de l’erreur de calcul d’un moine du VIe siècle, Dionysius Exiguus (Denys le Petit), que la date de l’an I a été arrêtée.

Toujours sur le plan historique, en quoi la personnalité de Jésus (son autorité, l’enthousiasme qu’il a soulevé…) a-t-elle constitué une rupture?
L’autorité inégalée avec laquelle il parle et s’impose — lui, modeste artisan de Nazareth — est stupéfiante : « Moïse vous a dit de faire ceci…, Moi, je vous dis de faire cela… » Non, ce n’est pas un juif ordinaire ! « Il y a ici plus grand que le Temple ! », lance-t-il à ses apôtres (Matthieu 12, 6). Alors que la prière juive est emplie d’une respectueuse déférence à l’égard de Dieu (même si elle reconnaît la paternité divine sur son peuple), il n’hésite pas à appeler son Père « Abba », mot affectueux qui signifie en araméen « Papa chéri » ! Devant ses disciples, il dit « mon Père », jamais « notre Père », sinon pour leur enseigner la prière qu’ils devront réciter. Et le plus inouï est qu’il pardonne les péchés, ce que Dieu seul peut faire ! Le message de Jésus – le royaume de Dieu, l’amour infini du Père, la miséricorde — est intimement lié au messager, car il est lui-même le « royaume » qu’il annonce : « Je suis la Résurrection et la Vie ; celui qui croit en moi, quand même il serait mort, vivra » (Jean, 11, 25). S’affranchissant de la loi juive, il s’affirme comme l’unique médiateur entre Dieu et les hommes : « Je suis la Lumière du monde (Jean, 8, 12) », ou encore « Personne ne va vers le Père sans passer par moi » (Jean 14, 6).
À l’appui de son identité, il accomplit des signes, des miracles, comme celui dont le grand prophète Isaïe, sept siècles plus tôt, a annoncé la venue : « Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent… » (Matthieu 11, 5). D’où l’affluence des foules autour de lui. L’historien ne peut se prononcer sur ces prodiges. Il notera seulement que ces faits ont soulevé l’enthousiasme en leur temps et ont été considérés par les premières communautés chrétiennes comme des signes authentifiant le message et la messianité de Jésus. Sa personne est un mystère, sur lequel bute l’historien.

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Tallandier

L’Église en procès, ouvrage collectif dirigé par Jean Sévillia, Tallandier, août 2019, 21,90 euros.

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