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« Comme Vincent Lambert, Bernard ne guérira pas. Alors à quoi bon ? »

DOCTOR PATIENT
By Tyler Olson | Shutterstock
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Alors que l'arrêt des soins de Vincent Lambert a commencé au CHU de Reims, ce lundi 20 mai, une jeune ergothérapeute de 25 ans, Élisabeth de Courrèges, diplômée d'un master en éthique médicale, partage avec les lecteurs d'Aleteia son témoignage.

Demain je vais essayer de soigner Bernard. Comme Vincent Lambert, Bernard ne marche plus, n’a plus aucun geste volontaire, ne nous répond plus, ne nous regarde plus, ne peut sans doute plus résoudre : « Combien font 2+2 ». Comme Vincent Lambert, Bernard ne guérira probablement jamais. Alors à quoi bon ? Et pourtant, demain, pendant que l’on retirera à Vincent Lambert le plus essentiel de ses moyens d’existence, je vais essayer de soigner Bernard.

La foi pour gravir des montagnes

Je continuerai de toquer doucement à sa porte avant de lui lancer mon plus tonitruant : « Bonjour Monsieur ! ». Je lui ferai remarquer que cette pluie est assez désolante après quinze jours de beau temps, moi qui reviens de montagne et espérais conserver mon petit teint hâlé. Sans espoir de réponse. Je regarderai l’état de ses mains recroquevillées avant de les étirer, mettrai de la crème sur ses talons rouges, passerai un bâtonnet d’eau citronnée le long de ses lèvres sèches. Je veillerai au bon déroulé de sa perfusion, au bon fonctionnement de son lit et de son matelas à air, au bon positionnement au mur des photos de ses trois fistons, à l’état des branches de muguets à l’entrée de sa chambre.

Je tâcherai d’y mettre toute mon intelligence, toutes mes compétences, toute ma bonne volonté, et même mes maladresses. Je ne lui dirai peut-être pas, mais j’y mettrai toute ma foi, qui ne déplace pas encore des montagnes, mais qui me permet déjà de les gravir, pour Bernard et pour tous ceux qui ne le peuvent plus.

« Jusqu’à sa mort naturelle »

Car comme Vincent Lambert, Bernard ne marche plus et ne commande plus ses gestes, mais il n’est pas prouvé qu’il n’effectue plus de voyage intérieur. Bernard ne nous répond plus, mais il n’est pas prouvé qu’il ne nous entend plus. Bernard ne nous répond plus, mais il n’est pas prouvé qu’il ne nous voit plus. Bernard ne peut plus résoudre : « Combien font 2+2 », mais il n’est pas prouvé qu’il n’aime plus. Comme Vincent Lambert, Bernard ne guérira plus, mais, lui, vivra jusqu’à sa mort naturelle.

Car, bien que confrontés à l’incertitude médicale, confrontés au doute existentiel quant à la réelle présence de Bernard, confrontés au flou de son pronostic (aussi lourd que son silence), confrontés à la peur d’en devenir fous, confrontés au mystère d’un corps inanimé que l’âme n’a pas quitté, nous avons tout de même fait le choix, soignants et famille de Bernard, de lui permettre de vivre sa vie.

La dignité de la personne humaine

Bien évidemment, ni lui, ni sa famille, ni aucun de nous n’aurions désiré vivre cette vie, qui porte en elle et autour d’elle tant de douleurs à atténuer, de souffrances à apaiser, de crises à traverser, de colères à évacuer, de chagrins à consoler, de limites infranchissables auxquelles consentir.

Pourtant, cette vie, qui est là, porte aussi en elle une valeur infiniment respectable, intrinsèque à son humanité, incomparable, inquantifiable, inaliénable, inaltérable : la dignité de la personne humaine. Cette dignité qu’aucun handicap, qu’aucune blessure, qu’aucune souillure, qu’aucune dépendance, qu’aucun qualificatif réducteur ne peut faire perdre à Bernard.

Alors demain, pendant que l’on plongera Vincent Lambert dans le mystère d’une agonie provoquée et anticipée, j’essaierai de soigner Bernard. Malgré leurs limites et leur maladresse, puissent mon regard, mes gestes, mes attentions et mes mots témoigner de mon profond attachement pour la vie de Bernard, et manifester au monde la grandeur de la dignité de toute personne humaine. En particulier des plus fragiles.

« Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c’est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui pour un non.
N’oubliez pas que cela fut,
Non, ne l’oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-les à vos enfants. »

Primo Levi, Si c’est un Homme

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