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Décryptage

Euthanasie : les dérives concernant les personnes atteintes de maladies psychiatriques

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Mathilde de Robien - Publié le 26/07/18

Suite à la dépénalisation de l’euthanasie depuis plus de seize ans en Belgique et aux Pays-Bas, de multiples dérives et des cas limites concernant son application pour les personnes atteintes de troubles mentaux sont constatés. En effet, comment donner suite à la demande d’euthanasie d’un patient lorsque ses facultés mentales sont altérées ? Comment réagissent psychiatres et psychanalystes ?

En 2001 et 2002, les Pays-Bas puis la Belgique ont dépénalisé l’euthanasie. Depuis seize ans, le nombre d’euthanasies dans ces pays ne cesse d’augmenter. Aux Pays-Bas, les décès ont triplé en 15 ans pour atteindre 6 585 décès en 2017, selon le rapport annuel des comités régionaux de l’examen de l’euthanasie. En Belgique, ce chiffre a plus que doublé en 7 ans : 2 309 déclarations d’euthanasies ont été remises à la Commission fédérale de contrôle en 2017, contre 953 en 2010.

Par ailleurs, les propositions de loi se sont multipliées pour faciliter et pour élargir les conditions de la pratique de l’euthanasie. Les faits mettent en lumière de multiples dérives dans l’interprétation et dans l’application de la loi : persistance de nombreuses euthanasies clandestines, interprétation de plus en plus large des critères à respecter, notamment sur la notion de « souffrance physique ou psychique constante, insupportable et inapaisable », ouvrant la porte à l’euthanasie de personnes présentant des troubles psychiatriques. Ainsi, en Belgique, de plus en plus de personnes (77 au cours des années 2016 et 2018) sont euthanasiées pour des troubles mentaux et de comportement tels que la dépression, la maladie d’Alzheimer ou la démence. Aux Pays-Bas, en 2017, 252 euthanasies ont été déclarées pour des pathologies psychiatriques (83 cas) et des démences (169 cas). Cette tendance inquiétante pose de vraies questions d’ordre éthique.


PAPE FRANÇOIS

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Vers une banalisation de l’euthanasie

Bien que la loi prévoie le recours à l’euthanasie uniquement dans le but de soulager les souffrances somatiques des malades en phase terminale, la réalité n’est pas si simple. Il arrive que la frontière soit floue entre souffrance physique et souffrance psychique.

Le docteur Willem Lemmens, professeur de philosophie et d’éthique à l’université d’Anvers en Belgique, a dénoncé une dangereuse banalisation de l’euthanasie lors d’un symposium abordant les questions d’éthique autour de la fin de vie, organisé à Oxford début juillet. « En l’espace de quelques années, les demandes d’euthanasie en psychiatrie sont devenues de plus en plus acceptables et habituelles », a déploré le philosophe. Il a notamment réclamé « une prise en charge attentive de la souffrance psychique, en renonçant à faire de l’euthanasie une option thérapeutique, car celle-ci signifie en fait la fin de toute thérapie ».

Cette législation étant peu encadrée, de fortes tensions apparaissent au sein du corps médical entre les psychiatres qui s’opposent à une application trop large de la loi, et ceux, passant pour des pionniers, qui s’empressent de médiatiser des euthanasies au nom d’un droit fondamental à disposer de sa vie. « Les psychiatres qui s’opposent à l’application trop large et indulgente de la loi sont méprisés, accusés d’être inhumains, de manquer d’empathie vis à vis des souffrances insupportables », explique le docteur Willem Lemmens. La mort est présentée comme une solution thérapeutique. De cette façon, « l’euthanasie est, pour ainsi dire, sacralisée et toute critique est rejetée comme étant inhumaine et dès alors immorale », souligne-t-il.

Problème éthique

Comment donner suite à la demande d’euthanasie d’un patient lorsque ses facultés mentales sont altérées ? Cette question pose également un vrai problème d’éthique. En effet, le texte de loi précise explicitement que la demande du patient doit être volontaire et mûrement réfléchie. De ce fait, accorder l’euthanasie à des patients qui souffrent de troubles psychiatriques ou de démence pose problème. Pour une décision aussi irréversible que l’euthanasie, la question de la liberté de choix se pose pour toute personne, et ce jusqu’au dernier moment. Dans le cas présent, la volonté du patient est difficile à établir. La référence à une directive anticipée (document écrit préalablement demandant l’euthanasie dans les cas où la personne serait amenée par la suite à ne plus pouvoir donner son consentement) est fréquente pour justifier l’euthanasie des personnes démentes. Cependant, comment prendre en considération une déclaration anticipée pour un tel acte ?


DOCTOR SYRINGE

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Le 16 février 2017, une pétition signée par 350 médecins néerlandais dénonçait les euthanasies de personnes démentes et la multiplication des cas limites. « Donner une injection mortelle à un patient atteint de démence avancée, sur la simple base d’une déclaration anticipée ? À quelqu’un qui n’est pas en mesure de confirmer qu’il veut mourir ? Nous nous y refusons. Notre réticence morale à mettre fin à la vie d’un être humain sans défense est trop grande. »

« Nous prévenons le suicide, nous ne le fournissons pas »

Un autre conférencier présent au symposium d’Oxford, le docteur Mark Komrad, psychiatre et professeur à l’Université du Maryland, a déclaré que le recours à l’euthanasie en raison de troubles mentaux était une inversion des valeurs cliniques et éthiques fondamentales de la psychiatrie. « La souffrance humaine est notre objectif principal, et nous avons des compétences pour accompagner un patient dans sa souffrance, peu importe le diagnostic », écrit-il dans Psychiatric Times. « Notre approche est de traiter cette souffrance de diverses manières, mais pas en étouffant la vie de la victime. Nous prévenons le suicide, nous ne le fournissons pas. »




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Quelles leçons tirer des expériences belge et néerlandaise ?

Pour le docteur Lemmens, il est essentiel d’écouter et de diffuser les témoignages et les voix critiques qui s’élèvent en Belgique et aux Pays-Bas. Si une société fait place à l’euthanasie, il doit rester des médecins qui témoignent et montrent qu’une autre culture médicale est possible : celle d’une prise en charge de la souffrance mentale où l’euthanasie n’est pas une option thérapeutique, puisqu’elle signifie la fin de toute thérapie.

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