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Le meurtrier Jean-Claude Romand a-t-il rencontré Dieu en prison ?

PHILIPPE DESMAZES / AFP

Jean-Claude Romand, assis dans le box des accusés pour l'ouverture de son procès, le 25 juin 1996 devant la Cour d'assises de l'Ain au palais de justice de Bourg-en-Bresse.

Marzena Devoud - Publié le 25/04/19

Condamné à perpétuité, Jean-Claude Romand qui avait assassiné sa famille en 1993 après plus de 18 ans ans d’imposture va sortir de prison. Sa demande de libération conditionnelle vient d'être acceptée ce 25 avril par la cour d'appel de Bourges. Selon plusieurs témoignages, celui qu'on surnomme "le faux médecin", aurait vécu en prison une conversion spirituelle. Aleteia a rencontré trois visiteurs de prison qui l'accompagnent depuis le début de son incarcération et qui racontent son cheminement de foi.

Condamné en 1996 à la réclusion criminelle à perpétuité et incarcéré à la Maison centrale de Saint-Maur (Indre) depuis plus d’un quart de siècle, on pourrait croire avoir atteint ici la fin de l’histoire de Jean-Claude Romand, surnommé « le faux médecin », qui a vécu dans le mensonge près de vingt ans avant d’ assassiner sa femme, ses deux enfants et ses parents au moment où la vérité allait éclater. Sa nouvelle demande de libération conditionnelle vient d’être acceptée ce 25 avril. Ceux qui l’accompagnent régulièrement depuis de longues années affirment qu’il a vécu, en prison, une profonde conversion spirituelle. Aleteia est allé à la rencontre de Marie-Françoise Payen, Jean Delaunay et Marie d’Amonville, ses « visiteurs de prison », afin de mieux comprendre cette « conversion ».


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« Il ne me reste que la prière »

« Êtes-vous croyante ? Car, dans les circonstances actuelles, c’est d’une accompagnatrice chrétienne dont j’ai besoin… ». C’est ce qu’a dit Jean-Claude Romand en février 1993 à Marie-France Payen, catholique et visiteuse depuis plus de trente ans, lors de leur première rencontre. À l’époque, dès le début de son incarcération à Lyon, elle le rencontre deux à trois fois par semaine. Un jour, Jean-Claude Romand lui confie, « il ne me reste que la prière ». Phrase qu’il répétera souvent selon elle. Lors des visites, les conversations entre Marie-France Payen et le prisonnier tournent généralement autour de la question de Dieu. « Nous parlions beaucoup du Christ. Je lui apportais des livres. Il était particulièrement touché par la figure du frère Éloi Leclerc, moine franciscain, écrivain et homme d’une grande profondeur spirituelle. » En 1998, Marie-France Payen lui apporte la reproduction d’un tableau de Georges Rouault, La Sainte Face. Une nuit, alors qu’il regarde de nouveau le tableau accroché sur un mur de sa cellule, il confiera, à celle qui le visite, avoir reçu ce message du Christ : « Et moi je t’aime ».


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Intercesseur des Équipes Notre-Dame

Très vite, Jean-Claude Romand devient le fidèle le plus assidu de l’aumônerie de la prison. Contacté par Aleteia, Jean-Pierre Devaux, aumônier catholique de la Maison centrale de Saint-Maur, a regretté ne pouvoir en dire plus en raison de la discrétion nécessaire dans le contexte de la décision du tribunal du 25 avril. Mais de cette conversion, Jean Delaunay peut également témoigner. Cet ancien chef d’État major de l’Armée de Terre, et membre des Équipes Notre-Dame (mouvement catholique accompagnant les couples dans leur cheminement spirituel, ndlr) depuis 1955, décrit avec précision la transformation qu’il a connue chez ce détenu et qu’il visite régulièrement depuis plus de quinze ans. « Je suis un chrétien qui n’est plus un enfant de chœur. Officier de carrière, j’ai découvert le milieu carcéral en 1953. Des durs à cuire, j’en ai vu de toutes les couleurs… ». Mais, ajoute t-il, « la prison m’a fait découvrir une autre face de la réalité humaine. » Aujourd’hui, Jean Delaunay ne peut plus se déplacer autant qu’avant à Saint-Maur. Mais il appelle Jean-Claude Romand chaque vendredi, à 14h. Un rendez-vous que cet ancien officier ne manque jamais. « Nous prions ensemble », confie-t-il. « Jean-Claude prie beaucoup, il ne manque jamais la messe. »




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Le prisonnier a également trouvé du soutien auprès de son oncle prêtre, mort aujourd’hui. Mais sa conversion spirituelle a commencé avec le témoignage d’un autre visiteur de prison : Bernard Poncet, comme le soulignent Marie-France Payen, Jean Delaunay et Marie d’Amonville qui visite, elle aussi, Jean-Claude Romand depuis longtemps. Détenu à Buchenwald pendant la Seconde Guerre mondiale, Bernard Poncet a été l’un des premiers à rencontrer Jean-Claude Romand lors son incarcération en 1993. C’est le témoignage de cet ancien résistant qui l’aurait atteint. Il lui aurait raconté sa conversion spirituelle, lorsqu’il était lui-même prisonnier, grâce à la lecture du livre de sainte Thérèse de Lisieux, trouvé sous le paillasson de sa cellule. « Quoi que tu aies fait, Dieu t’aime et peut te pardonner si tu le lui demandes ». Une phrase qui l’a profondément touché, affirme Jean Delaunay.


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Dès 1994, Bernard Poncet et Marie d’Amonville ont proposé à Jean-Claude Romand de devenir intercesseur. Pour mémoire, un intercesseur est un volontaire qui s’engage à se lever la nuit, au moins une fois par mois, afin de prier pour les intentions que portent les Équipes Notre-Dame. « De sa prison, Jean-Claude avait ainsi le sentiment d’appartenir à l’Église », raconte Jean Delaunay. Selon Marie d’Amonville, celui-ci est fidèle à l’engagement qu’il a pris pour les Équipes : « Depuis tout ce temps, il prie une heure toutes les nuits. C’est d’ailleurs le seul moment calme pour pouvoir prier en prison », précise à Aleteia celle qui l’a visité encore au début de ce mois d’avril 2019. « Tout cela l’a transformé », commente Jean Delaunay, qui décrit un prisonnier modèle prêt à soutenir spirituellement les autres détenus.

Contacté par Aleteia, son avocat, Maître Jean-Louis Abad, n’avait pas souhaité commenter cette conversion. « Un choix délibéré » tant que le tribunal ne s’était pas prononcé sur la demande de remise en liberté conditionelle. 

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