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Méditation de Carême : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu »

PADRE RANIERO CANTALAMESSA
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Père Raniero Cantalamessa.
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Prédicateur de la Maison pontificale, le père capucin Raniero Cantalamessa a prononcé ce vendredi 15 mars la première méditation du temps de Carême.

Poursuivant la réflexion commencée au cours de l’Avent dernier sur le verset du psaume : « Mon âme a soif du Dieu vivant » (Ps 42, 2), dans cette première prédication du Carême, je voudrais méditer avec vous sur la condition essentielle requise pour « voir » Dieu. Pour Jésus, c’est la pureté de cœur. « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mt 5, 8), dit-il dans l’une de ses Béatitudes.

Nous savons que pur et pureté ont dans la Bible, comme du reste dans le langage commun, un sens très étendu. L’Évangile insiste particulièrement sur deux domaines, la rectitude des intentions et la pureté des mœurs. À la pureté des intentions s’oppose l’hypocrisie, à la pureté des mœurs s’oppose l’abus de la sexualité.

Dans le domaine moral, le mot « pureté » fait généralement référence à un certain comportement dans la sphère de la sexualité, marqué par l’exigence de respecter la volonté du Créateur et la finalité intrinsèque de la sexualité elle-même. Nous ne pouvons entrer en contact avec Dieu, qui est esprit, autrement que par notre esprit. Mais le désordre ou, pire, les aberrations dans ce domaine ont pour effet — comme chacun sait — d’obscurcir l’intelligence. C’est comme lorsque quelqu’un remue les pieds dans un étang : il soulève la boue qui est au fond et elle trouble toute l’eau. Dieu est lumière et cette personne « déteste la lumière ».

Le péché d’impureté empêche de voir le visage de Dieu, ou, s’il le laisse voir, il le fait voir tout déformé. Il fait de Dieu, non pas l’ami, l’allié et le père, mais l’adversaire, l’ennemi. L’homme charnel est rempli de concupiscence, il désire le choses des autres et la femme des autres. Dieu lui apparaît comme celui qui barre la route à ses mauvais désirs par ses péremptoires « Tu dois ! », « Tu ne dois pas ! » Le péché suscite dans le cœur de l’homme une rancœur sourde contre Dieu, au point que — si cela dépendait de lui — il choisirait que Dieu n’existât pas du tout.

Aujourd’hui, cependant, plutôt que sur la pureté des mœurs, je voudrais insister sur l’autre sens de l’expression « cœurs purs », c’est-à-dire sur la pureté ou la droiture des intentions, en pratique sur la vertu contraire à l’hypocrisie. En ce sens, le temps liturgique que nous vivons peut nous orienter. Nous avons commencé le Carême, le mercredi des Cendres, en réentendant les avertissements de Jésus (Mt 6, 1-18) :

Quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi, comme les hypocrites […] quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites […] Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites.

Il est surprenant de constater à quel point le péché d’hypocrisie – celui que Jésus dénonce le plus dans les évangiles – entre peu dans nos examens de conscience ordinaires. N’ayant de mon côté trouvé dans aucun d’entre eux la question : « Ai-je été hypocrite ? », j’ai dû me la poser moi-même et j’ai rarement pu passer à la question suivante indemne. Le plus grand acte d’hypocrisie serait de cacher sa propre hypocrisie. Se la cacher à soi-même et aux autres, parce qu’à Dieu, c’est impossible. L’hypocrisie est en grande partie vaincue dès qu’on la reconnaît. Et c’est ce que nous nous proposons de faire dans cette méditation, de reconnaître la part d’hypocrisie, plus ou moins consciente, qu’il y a dans nos actions.

L’homme — a écrit Pascal — a deux vies : l’une est la vie réelle, l’autre est la vie imaginaire qu’il pense vivre dans l’opinion des gens. Nous travaillons sans cesse à embellir et à préserver notre être imaginaire et nous négligeons notre être véritable. Si nous possédons une vertu ou un mérite quelconque, nous prenons bien soin de le faire savoir, d’une manière ou d’une autre, pour enrichir notre être imaginaire de telle vertu ou de tel mérite, jusqu’au point d’être des lâches, pourvu de paraître vaillants et même de donner la vie, pourvu que les gens en parlent.

Essayons de découvrir l’origine et la signification du terme hypocrisie. Le mot vient du langage théâtral. À l’origine, il signifiait simplement réciter, représenter sur la scène. L’élément intrinsèque de mensonge qu’il y a dans toute représentation théâtrale, malgré la haute valeur morale et artistique qu’on peut lui reconnaître, n’échappait pas aux anciens. D’où le jugement négatif qu’on portait sur le métier d’acteur, réservé, à certaines époques, aux esclaves et même interdit par les apologistes chrétiens. La douleur et la joie qui y sont représentées ne sont ni la vraie douleur ni la vraie joie, mais l’apparence, l’affectation. Les mots et les attitudes extérieures ne correspondent pas à la réalité intime des sentiments. Ce qui est sur le visage n’est pas ce qui est dans le cœur.

Nous employons le mot fiction dans un sens neutre ou même positif (c’est un genre littéraire et de spectacle très à la mode de nos jours !) ; les anciens lui donnaient le sens qu’il a réellement, celui de fiction. Ce qui était négatif dans la fiction scénique est passé dans le mot hypocrisie. Ce mot, initialement neutre, est devenu un mot exclusivement négatif, un des rares mots ayant des sens tout à fait et uniquement négatifs. Il y a ceux qui se vantent d’être orgueilleux ou libertin, mais personne ne se vantera jamais d’être hypocrite.

L’origine du terme nous met sur la piste pour découvrir la nature de l’hypocrisie, qui est de faire de la vie un théâtre dans lequel on récite pour un public ; d’endosser un masque, de cesser d’être une personne pour devenir un personnage. Le personnage n’est rien d’autre que la corruption de la personne. La personne est un visage, le personnage un masque. La personne est nudité radicale, le personnage est tout vêtement. La personne aime l’authenticité et ce qui est essentiel, le personnage vit de fiction et d’artifices. La personne obéit à ses propres convictions, le personnage obéit à un script. La personne est humble et légère, le personnage est lourd et encombrant.

Cette tendance innée de l’homme est fortement accrue par la culture actuelle dominée par l’image. Cinéma, télévision, internet, tout repose désormais principalement sur l’image. Descartes déclarait : « Cogito ergo sum », je pense donc je suis ; mais aujourd’hui, on a tendance à remplacer cette expression par « j’apparais, donc je suis ». Un moraliste célèbre a défini l’hypocrisie comme étant « un hommage que le vice rend à la vertu ». Cela mine principalement les personnes pieuses et religieuses. Un rabbin du temps du Christ disait que 90% de l’hypocrisie du monde se trouvait à Jérusalem. La raison en est simple : là où on estime le plus les valeurs de l’esprit, de la piété et de la vertu, là aussi la tentation de faire semblant d’en être pourvu pour ne pas en paraître privé sera plus forte.

Un danger provient également de la multitude de rites que les personnes pieuses ont l’habitude d’accomplir et des prescriptions qu’elles se sont engagées à observer. S’ils ne sont pas accompagnés d’un effort continu pour y insérer une âme, par amour pour Dieu et pour le prochain, ces rites deviennent des coquilles vides. « Ces choses — dit saint Paul en parlant de certains rites et ordonnances externes — ont des airs de sagesse, de religion personnelle, d’humilité et de rigueur pour le corps, mais ne sont d’aucune valeur pour maîtriser la chair. » (Col 2, 23) Dans ce cas, les gens conservent, dit l’Apôtre, « l’apparence de la piété, tout en renonçant à leur force intérieure » (2 Tim 3, 5).

Lorsque l’hypocrisie devient chronique, elle crée, autant dans le mariage que dans la vie consacrée, comme une « double vie » : l’une publique, claire, l’autre cachée ; et souvent une vie diurne, l’autre nocturne. C’est l’état spirituel le plus dangereux pour l’âme, d’où il devient très difficile de sortir, à moins que quelque chose n’intervienne de l’extérieur pour briser le mur à l’intérieur duquel on s’est enfermé. C’est ce que Jésus décrit avec l’image des sépulcres blanchis (Mt 23, 27-28) :

Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis à la chaux : à l’extérieur ils ont une belle apparence, mais l’intérieur est rempli d’ossements et de toutes sortes de choses impures. C’est ainsi que vous, à l’extérieur, pour les gens, vous avez l’apparence d’hommes justes, mais à l’intérieur vous êtes pleins d’hypocrisie et de mal.

Si nous nous demandons pourquoi l’hypocrisie est tellement en abomination devant Dieu, la réponse est claire. L’hypocrisie est mensonge. Elle cache la vérité. De plus, dans l’hypocrisie, l’homme décline Dieu, le met à la deuxième place, plaçant les créatures, le public en premier. C’est comme si en présence du roi, on lui tournait le dos pour ne prêter son attention qu’aux domestiques. « Les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur » (1 Sam 16, 7) ; donc cultiver l’apparence plus que le cœur signifie automatiquement donner plus d’importance à l’homme qu’à Dieu.

L’hypocrisie est donc essentiellement un manque de foi, une forme d’idolâtrie en ce sens qu’elle met les créatures à la place du Créateur. Jésus en conclut que c’est à cause d’elle que ses ennemis refusent de croire en lui : « Comment pourriez-vous croire, vous qui recevez votre gloire les uns des autres, et qui ne cherchez pas la gloire qui vient du Dieu unique ? » (Jn 5, 44) L’hypocrisie manque aussi de charité envers les autres, car elle a tendance à n’en faire que de simples admirateurs. Elle ne leur reconnaît pas leur dignité, mais ne les considère qu’en fonction de sa propre image. Nombre de spectateurs et rien de plus.

Une forme dérivée de l’hypocrisie est la duplicité ou la fausseté. Avec l’hypocrisie, on essaie de mentir à Dieu ; avec la duplicité en pensées et en paroles, nous essayons de mentir aux hommes. La duplicité, c’est de dire une chose en en pensant une autre ; c’est de dire du bien d’une personne en sa présence et d’en dire du mal dès qu’elle a le dos tourné.

Le jugement du Christ sur l’hypocrisie est comme une épée flamboyante : « Receperunt mercedem suam » : « ils ont reçu leur récompense ». Ils ont signé un reçu, ils ne peuvent rien attendre d’autre. Une récompense, en outre, illusoire et contre-productive même au niveau humain, tant est vrai le dicton : « La gloire fuit ceux qui la cherchent et elle poursuit ceux qui la fuient ».

Il est clair que notre victoire sur l’hypocrisie ne sera jamais une victoire du premier coup. À moins d’avoir atteint un très haut niveau de perfection, nous ne pouvons éviter d’avoir instinctivement le désir de paraître sous un bon éclairage, de faire bonne impression, de plaire aux autres. Notre arme est la rectification de l’intention. On atteint la droiture d’intention par la rectification constante et quotidienne de notre intention. L’intention de la volonté – pas le sentiment naturel – est ce qui fait la différence aux yeux de Dieu.

Si l’hypocrisie consiste à montrer aussi le bien qu’on ne fait pas, un remède efficace pour contrer cette tendance est de cacher aussi le bien qu’on fait. Privilégier ces gestes cachés qu’aucun regard terrestre ne gâchera et qui conserveront tout leur parfum pour Dieu. « Dieu se complaît bien plus », dit saint Jean de la Croix, « à de petites œuvres, faites dans le secret et la solitude, sans désir d’être vu, qu’à une multitude de grandes œuvres, faites avec le désir du regard des hommes. » Et encore : « Une œuvre faite purement et tout entière pour Dieu par un cœur pur, rend parfait dans une âme le règne de Dieu ».

Jésus recommande vivement cet exercice : « Prie en secret… jeûne en secret, fais l’aumône en secret et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra » (cf. Mt 6, 4-18). Voilà des délicatesses envers Dieu qui tonifient l’âme. Il ne s’agit pas d’en faire une règle fixe. Jésus dit aussi : « Que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux » (Mt 5, 16). Il s’agit de distinguer quand il est bon que les autres voient et quand il vaut mieux qu’ils ne voient pas.

À la fin d’une description de l’hypocrisie, la pire des choses est de s’en servir pour juger les autres, pour dénoncer l’hypocrisie qui nous entoure. C’est précisément à ceux-là que Jésus applique le titre d’hypocrites : « Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère. » (Mt 7, 5) Ici, c’est vraiment le cas de dire : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » (Jn 8, 7) Qui peut se vanter d’être exempt de toute forme d’hypocrisie ? de ne pas être un peu un sépulcre blanchi, différent à l’intérieur de ce qu’il apparaît à l’extérieur ? Peut-être seuls Jésus et la Vierge ont été exemptés, de manière stable et absolue, de toute forme d’hypocrisie. Ce qui est réconfortant, c’est que dès que l’on dit : « j’ai été hypocrite », l’hypocrisie est vaincue.

« Si ton œil est simple »

La parole de Dieu ne se limite pas à condamner le vice de l’hypocrisie ; elle nous pousse également à cultiver la vertu opposée qui est la simplicité. « La lampe du corps, c’est l’œil. Donc, si ton œil est limpide, ton corps tout entier sera dans la lumière. » (Mt 6, 22) Le mot « simplicité » peut avoir – et a toujours – le sens négatif de crédulité, ingénuité, superficialité et imprudence. Jésus veille bien à exclure ce sens ; à la recommandation : « Soyez candides comme les colombes », il fait suivre l’invitation à être « prudents comme des serpents ». (Mt 10, 16)

Saint Paul reprend et applique l’enseignement évangélique de la simplicité à la vie de la communauté chrétienne. Dans sa Lettre aux Romains, il écrit : « Que celui qui donne le fasse sans calcul » (Rm 12, 8). Il parle d’abord de ceux qui dans la communauté sont préposés aux œuvres de charité, mais la recommandation s’applique à tous : non seulement à celui qui donne de son argent, mais aussi à qui donne de son temps, de son travail. L’idée est de ne pas faire peser ce que l’on fait pour les autres. Alessandro Manzoni, qui dans son roman « Les fiancés » a si bien incarné l’esprit de l’Évangile, a une scène très délicate à cet égard. Le bon tailleur du village

« Ici s’interrompit de lui-même, comme surpris par une pensée. Il resta un moment immobile, puis il fit un plat de chacun des mets qui se trouvaient sur la table, y joignit un pain, mit le plat dans une serviette, et, le tenant par les quatre coins, il dit à l’aînée de ses petites filles : « Prends ceci. » Il lui mit dans l’autre main une bouteille de vin et ajouta : « Va ici près, chez Marie la veuve ; laisse-lui cela, et dis-lui que c’est pour se régaler un peu avec ses enfants ; mais avec bonnes manières ; que tu n’aies pas l’air de lui faire l’aumône ». »

L’apôtre Paul parle aussi de simplicité dans un autre contexte qui nous intéresse particulièrement parce qu’il se rapporte à Pâques. Il écrit aux Corinthiens (1 Co 5, 7-8) :

Purifiez-vous donc des vieux ferments, et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté. Car notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ. Ainsi, célébrons la Fête, non pas avec de vieux ferments, non pas avec ceux de la perversité et du vice, mais avec du pain non fermenté, celui de la droiture et de la vérité.

La fête que l’Apôtre invite à célébrer n’est pas n’importe quelle fête, mais la fête par excellence, la seule fête que le christianisme connaisse et célèbre au cours des trois premiers siècles de son histoire, à savoir Pâques. La veille de Pâques, le 13 Nisan, le rituel juif ordonnait à la maîtresse de maison de tout nettoyer à la lueur d’une bougie, en fouillant chaque recoin pour faire disparaître tout petit vestige de pain fermenté pour célébrer ainsi le lendemain la Pâque avec rien que du pain sans levain. Le ferment était en fait pour les Juifs synonyme de corruption, et le pain azyme, symbole de pureté, de nouveauté et d’intégrité. C’est en ce sens que Jésus appelle l’hypocrisie du levain, « le levain des pharisiens » (Lc 12, 1).

Saint Paul voit dans la pratique rituelle juive une métaphore grandiose de la vie chrétienne. Christ a été immolé ; il est la vraie Pâque que l’ancienne attendait ; il convient donc de fouiller la maison intérieure, le cœur, de se dépouiller de tout ce qui est vieux et corrompu pour devenir « une nouvelle pâte » ; de faire, même à l’intérieur de nous, le grand nettoyage de printemps. Le mot grec heilikrineia, traduit par « sincérité » ou « vérité », contient l’idée de splendeur solaire (helios) et de test ou de jugement (krino) et signifie donc une transparence solaire, quelque chose qui a été testé contre la lumière et qui est pur.

La vertu de simplicité a le modèle le plus sublime auquel nous puissions penser, Dieu lui-même. Saint Augustin a écrit : « Dieu est Trinité, mais n’est point triple ». Il est la simplicité même. La Trinité ne détruit pas la simplicité de Dieu, car la simplicité concerne la nature, et la nature de Dieu est une et simple. Saint Thomas rassemble fidèlement cet héritage, faisant de la simplicité le premier des attributs de Dieu.

La Bible exprime cette même vérité de manière concrète, à travers des images : « Dieu est lumière ; en lui, il n’y a pas de ténèbres. »  (1 Jn 1, 5). L’absence de tout mélange est aussi l’une des multiples significations du titre divin Qadosh, Saint. Pure plénitude, pure simplicité. Le grand mystique sainte Catherine de Gênes désigne cet aspect de la nature divine – dont elle était amoureuse – par net, netteté, un terme qui indique tout à la fois pureté et entièreté, plénitude et homogénéité absolue. Dieu est « d’une seule pièce ». La simplicité de Dieu est « pure plénitude » ; pour lui, dit les Écritures, « rien n’y fut ajouté ni retranché » (Sir 42, 21). Comme c’est la plénitude totale, rien ne peut y être ajouté ; comme c’est une pureté totale, rien ne doit lui être enlevé. En nous, les deux choses ne sont jamais unies ; l’une contredit l’autre. On obtient notre pureté en retirant quelque chose, en nous purifiant, en « ôtant de ma vue vos actions mauvaises » (cf. Is 1, 16).

Toute action, même petite, si elle est menée avec une intention pure et simple, nous rend « à l’image et à la ressemblance de Dieu ». L’intention pure et simple rassemble les forces dispersées de l’âme, prépare l’esprit et l’unit à Dieu. Elle est le début, la fin et l’ornement de toutes les vertus. Tendant à Dieu seul et ne jugeant les choses que par rapport à lui, la simplicité rejette et éradique la dissimulation, l’hypocrisie et toute duplicité . Cette intention pure et droite est cet œil simple mentionné par Jésus dans l’Évangile, qui éclaire tout le corps, c’est-à-dire toute la vie et les actes de l’homme, et les garde immunes du péché.

La simplicité est l’une des conquêtes les plus ardues et les plus belles du chemin spirituel. La simplicité est le propre de celui qui a été purifié par un vrai repentir, parce qu’il est le résultat d’un détachement total de soi et de l’amour désintéressé pour le Christ. On y parvient progressivement, sans être découragé par les chutes, mais avec la ferme détermination de chercher Dieu pour lui-même et non pour nous-mêmes.

Je me permet, à la fin de cette méditation, de vous suggérer de chercher dans le psautier ou dans la liturgie des heures le psaume 139 ; de le réciter lentement et à plusieurs reprises, comme si nous le lisions pour la première fois, ou plutôt comme si nous le composions nous-mêmes ou comme si nous étions les premiers à le prononcer. Si l’hypocrisie et la duplicité consistent à rechercher le regard des hommes plus que celui de Dieu, nous trouverons là le remède le plus efficace. En récitant ce psaume, c’est comme si nous nous soumettions à une sorte de radiographie, comme si nous nous exposions aux rayons X. On s’y sent comme traversé de part en part par le regard de Dieu. Je me souviens toujours de ce que j’ai ressenti la première fois que je l’ai récité de cette façon. Il commence ainsi:

Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais !

Tu sais quand je m’assois, quand je me lève ;

de très loin, tu pénètres mes pensées.

Que je marche ou me repose, tu le vois,

tous mes chemins te sont familiers.

Avant qu’un mot ne parvienne à mes lèvres, déjà, Seigneur, tu le sais.

Où donc aller, loin de ton souffle ? où m’enfuir, loin de ta face ?

Je gravis les cieux : tu es là ; je descends chez les morts : te voici.

Je prends les ailes de l’aurore et me pose au-delà des mers :

même là, ta main me conduit, ta main droite me saisit.

J’avais dit : « Les ténèbres m’écrasent ! » mais la nuit devient lumière autour de moi.

Même la ténèbre pour toi n’est pas ténèbre, et la nuit comme le jour est lumière !

Ce qui est merveilleux est que cette prise de conscience d’être sous le regard de Dieu n’entraîne ni un sentiment de honte ni de malaise, comme si l’on se sentait observé et découvert dans ses pensées les plus secrètes ; au contraire, on est joyeux parce qu’on comprend que c’est le regard d’un père qui nous aime et nous veut parfaits comme il est parfait. Le psalmiste termine sa prière par un cri d’exultation :

Scrute-moi, mon Dieu, tu sauras ma pensée,

éprouve-moi, tu connaîtras mon cœur.

Vois si je prends le chemin des idoles,

et conduis-moi sur le chemin d’éternité.

Oui, Seigneur, vois si nous suivons un chemin de mensonge et guide-nous, en ce Carême, sur le chemin de la simplicité et de la transparence. Amen.

 

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