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Comment expliquer les Gilets jaunes aux enfants ?

PARENT CHILD

Photographee.eu I Shutterstock

Marzena Devoud - Publié le 11/12/18

Les images tournent en boucle. Manifestations, violences, revendications... La colère sociale qui agite la France à travers le mouvement des « Gilets jaunes » peut être complexe à comprendre pour un petit enfant et être pour lui une vraie source d'angoisse. Pour les aider, Bernadette Lemoine, psychologue et co-fondatrice de l’association MCAdS (Mieux Connaître l’Angoisse de Séparation) répond aux questions des plus jeunes. Ses suggestions aideront certainement les parents à rassurer leurs enfants et échanger avec eux sur les évènements qui marquent la France.


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Depuis le début de la mobilisation des « gilets jaunes » le 17 novembre dernier, les petits enfants en entendent constamment parler. Que cela soit à la télévision, à la radio ou sur les écrans de leurs grands frères ou soeurs. Ils voient toutes ces images inquiétantes de guérilla urbaine qui tournent en boucle : de la fumée, des voitures cassées, du feu… Comment rassurer ceux qui sont certainement les plus sensibles (entre 3 et 6 ans) aux images qui peuvent faire très peur ? Explication de Bernadette Lemoine.

Aleteia : En quoi les images des évènements liés au mouvement des gilets jaunes peuvent avoir des répercussions dans l’esprit d’un petit enfant ?
Bernadette Lemoine : Il n’est pas souhaitable que les tout petits voient ces images qui tournent en boucle car ils peuvent en être effrayés. Et même si nous essayons de les protéger, d’autres enfants partageront leurs émotions avec eux. Les enfants ne saisissent que quelques bribes, ils ne peuvent, seuls, avoir une compréhension claire de ce qui se passe. En revanche, ils voient qu’il y a des dangers dans la vie alors que d’habitude, ils sont entourés d’adultes protecteurs et bienveillants. Ils prennent conscience qu’ils ne pourraient pas se défendre en présence de ce danger. Même si papa est « fort » et que maman est « grande », ils se rendent compte que le danger est réel, qu’il existe. Ils le sentent sans savoir mettre les mots dessus. En plus, nous le savons très bien, les enfants sont très « poreux » et sentent ce que leurs parents sont en train de vivre. Encore plus, si les parents ne disent rien. Il faut que les adultes posent des mots sur les évènements. Il s’agit de limiter ou calmer les angoisses de ces petits qui n’ont pas encore l’âge de raison.


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Comment les rassurer ?
Je pense qu’il faut dire à l’enfant la vérité sans entrer dans tous les détails. Attention à ne pas dire « Ne t’inquiète pas » car cette expression suggère qu’on peut justement s’inquiéter. Je dirais : « Oui, le danger existe, mais sois tranquille, ce n’est pas ici. C’est comme ça en ce moment, mais cela va s’arrêter. » Si la situation dangereuse se déroule sous les fenêtres de l’enfant, alors il faut bien répéter que les gendarmes s’en occupent et que cela peut durer un petit moment mais cela se terminera.

Que répondre à la question de l’enfant : Pourquoi les gilets jaunes sont en colère ?
Je répondrais : « Il y a des gens qui sont en colère parce qu’ils n’ont plus suffisamment d’argent pour acheter de quoi manger et de s’habiller. Ils manifestent leur colère pour qu’on les comprenne et pour qu’on change pour eux des choses qui ne sont pas justes. » Il est important d’introduire le terme de justice.

Une autre question de l’enfant : Pourquoi les gilets jaunes se bagarrent ?
Je répondrais : « Il y en a qui sont très en colère. Ils pensent que s’ils le montrent, ils vont être mieux entendus. On les écoutera mieux. La colère est normale quand on est victime d’une injustice ou qu’on est privé de ce qui est nécessaire pour vivre. C’est normal d’être en colère quand on n’a pas ce qu’il faut. On peut se sentir en colère et l’exprimer à condition de ne faire aucun mal aux autres et aux biens des autres. Les gilets jaunes ont raison de manifester mais ceux qui cassent et qui volent – qui ne sont peut-être pas les gilets jaunes – sont complètement dans leur tort. Ils font quelque chose d’interdit. »

Si l’enfant continue à demander : pourquoi ils cassent des magasins et des monuments ?
Je répondrais ceci : « Je crois qu’il y en a d’autres qui ne sont pas contents pour d’autres raisons et qui ont profité de cette occasion pour se venger, pour faire du mal. Ils n’avaient pas le droit de le faire. C’est interdit. Ils étaient incapables de calmer leur colère et ont fait n’importe quoi ! »

C’est important d’expliquer à l’enfant qu’il faut savoir calmer sa colère. Je lui dirais en soulignant : « Ceux qui ont cassé les magasins n’ont pas appris à respecter les personnes et les choses qui appartiennent aux autres. On n’a pas le droit de le faire et c’est pour cela que les gendarmes s’en occupent. » Et surtout rassurer l’enfant en disant : « Pour nous, tout va bien, sois tranquille. Tu peux continuer à jouer, moi je vais continuer à faire la cuisine. »

Et si l’enfant avoue qu’il a peur ?
Ce qui est essentiel, c’est de rejoindre son enfant et mettre des mots sur les émotions qu’il ressent. Dans ce cas, je lui répondrais : « Je comprends que tu aies peur. Sois tranquille. Je sais que tout cela va se terminer. Je suis tranquille, sois tranquille. Nous sommes ici en sécurité. »

Comment agir en tant que parent chrétien ?
On peut proposer à l’enfant de prier ensemble pour tous ceux qui ne sont pas respectés, pour tous ceux qui souffrent de l’injustice, pour tous ceux qui sont en colère et qui ne savent pas la calmer ; enfin pour que tous soient prêts à parler en se respectant pour trouver de bonnes solutions. Dans une perspective beaucoup plus profonde, c’est une autre manière de poser des mots sur ce qu’ils ressentent.


PETITE FILLE EFFRAYEE

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Tags:
Bernadette Lemoinegilets jaunespeurpsychologie
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