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#MeToo et #BalanceTonPorc : le néo-féminisme au-dessus de la loi

ME TOO SIGN

Mihal Durdu | Shutterstock

Anne-Marie Le Pourhiet - Publié le 12/10/18

Un an après l’affaire Weinstein, un néo-féminisme « illibéral » a fait son apparition, dans lequel les femmes peuvent difficilement se reconnaître. En criminalisant les relations hommes-femmes, la justice de genre s’est installée au mépris des grands principes du droit pénal et de l’égalité devant la loi.

Il est curieux qu’à une époque où l’on condamne et criminalise à tour de bras les « discours de haine » et les « phobies » de toutes sortes, notamment d’ailleurs « à raison du sexe », nul ne songe à voir dans les mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc ce qu’ils contiennent exactement, c’est-à-dire une incitation à la haine d’une violence inouïe et une androphobie manifeste.

De la même façon, alors que l’on s’en prend régulièrement aux fausses informations dites fake news au point d’envisager, en France, l’adoption d’une loi pour les réprimer, l’on ne semble pas du tout s’alarmer des amalgames grossiers, des statistiques biaisées et de certaines « théories » charlatanesques véhiculées par les militantes féministes.

Enfin, alors que la bien-pensance progressiste dénonce quotidiennement les « populismes » et les démocraties « illibérales », elle ne semble pas non plus s’offusquer du populisme pénal le plus brutal contenu dans ces lynchages et de l’acharnement répressif liberticide qui en résulte.

La guerre de toutes contre tous

L’histoire banale de la mise en cause d’un producteur de cinéma hollywoodien, aussi réputé pour sa compétence dans la sélection des scénarios et des acteurs que pour ses appétits sexuels, a déclenché sur les réseaux sociaux et dans les médias une campagne mondiale de dénigrement et de haine contre toute la gente masculine, soudain transformée en horde de violeurs et d’agresseurs sexuels. Les deux moitiés complémentaires de l’humanité se trouvèrent soudain érigées en ennemies irréductibles : d’un côté les loups, de l’autre les brebis. La troisième guerre mondiale était déclarée : celle de toutes contre tous.


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L’on vit à cette occasion de nombreuses actrices qui avaient, de toute évidence, misé sur leurs charmes pour convaincre producteurs ou réalisateurs célèbres de leur confier de beaux rôles, se souvenir, souvent fort longtemps après les faits, d’avoir été sexuellement agressées par ceux qui leur avaient donné rendez-vous dans leur chambre à coucher. La première des précautions d’une femme responsable et douée de discernement est généralement de ne jamais accepter de rencontrer dans un lieu privé un individu précédé d’une solide réputation d’obsession sexuelle, du moins lorsqu’elle n’entend pas échanger ses charmes contre une embauche, un rôle, une promotion ou une augmentation. Toute acceptation d’un tel rendez-vous équivaut évidemment, dans l’esprit de la puissance invitante, à un consentement tacite. Il est dès lors étonnant de voir la « victime » se dire ensuite choquée ou surprise lorsque l’intéressé se prend à vouloir exécuter le contrat.

C’est peu dire qu’un bon nombre de témoignages diffusés à l’occasion de cette vaste délation n’étaient tout simplement pas crédibles, à tel point que la honte ne changea pas vraiment de camp et que l’on se prît plutôt de compassion pour tous ces hommes humiliés, insultés, menacés, traînés dans la boue et, finalement, déchus de leurs fonctions, mandats ou engagements professionnels par un tribunal médiatique dont le principe du contradictoire était totalement absent. La balance du porc ne voulait pas de celle de la justice. Le parallèle avec le tribunal de la Sainte Inquisition ne pouvait que sauter aux yeux tandis que le visage de certaines figures de proue du mouvement n’allait pas sans évoquer les traits de Savonarole ou de Torquemada.

Dans la plus grande confusion

Surtout, au milieu de tous ces cris et piloris, l’on ne distinguait plus rien et ne savait plus ce dont on parlait. Tantôt il s’agissait de viols, tantôt de regards appuyés, de mains sur l’épaule, de mouvements du pied, de baisers dans le cou, de caresse de cheveux, de compliments sur le physique ou… de meurtres conjugaux. L’interpellation « Mademoiselle vous êtes jolie » apparaissait ainsi aux côtés des coups et blessures ayant entraîné la mort dans une grande bouillabaisse d’où disparaissaient toute hiérarchie et capacité de discernement. Jamais la confusion ne s’était autant et durablement emparée des esprits, personne ne semblant plus capable de distinguer quoique ce soit.

Et puisque la justice et ses procédures étaient précisément accusées de ne pas faire droit à toutes ces victimes et d’échouer à les délivrer du mâle, on décida bien entendu de renforcer encore l’arsenal répressif, sans s’interroger sérieusement sur le bilan des textes précédents, ni faire cesser parallèlement le lynchage médiatique.


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C’est ainsi que fut adoptée cet été en France une nouvelle loi « renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes », dont l’exposé des motifs se termine par l’étonnante formule « Pour que la honte change de camp ! », mais qui devrait pourtant faire elle-même rougir ses auteurs tant sa rédaction lamentable est une offense à l’État de droit.

Au-dessus du droit

Ce texte est encore une accumulation d’incriminations nouvelles définies par des formules incohérentes et dépourvues de sens. Cesare Beccaria, qui exposa au XVIIIe siècle, dans son Traité des délits et des peines, les principes du droit pénal des Lumières, devrait se retourner dans sa tombe en lisant pareilles inepties. Tous les grands principes libéraux du droit pénal sont bafoués par le néo-féminisme : imprécision et approximation de définitions pénales incompréhensibles abandonnées à la parfaite subjectivité de l’interprète, mépris du principe contradictoire, des règles d’administration de la preuve, de la présomption d’innocence et de la prescription. Même les droits de la défense sont refusés aux hommes violents dont les avocats se font désormais réprimander par les ministres. Quant aux coupables qui, tel Bertrand Cantat, ont purgé leur peine pour des coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner, les militantes les traitent quand même d’assassins et prétendent leur interdire de reprendre leur métier.

Arbitraire sociétal

Le néo-féminisme porte aussi désormais des atteintes caractérisées au principe d’égalité devant la loi et devant la justice. Tuer son conjoint de trois balles dans le dos est excusable quand il s’agit d’une femme, au point de justifier la grâce présidentielle malgré deux condamnations judiciaires convergentes, tandis que le meurtre de sa conjointe par un homme constitue un « féminicide » plus gravement réprimé dont l’auteur n’aurait même pas le droit de choisir sa ligne de défense, son avocat étant voué à la vindicte publique.

Ce n’est donc plus « selon que l’on soit puissant ou misérable » que les jugements de cour varient mais selon le « genre » de la victime, au mépris de la Déclaration de 1789 : « La loi doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse ». L’anniversaire de « l’affaire Weinstein » est donc surtout celui de l’arbitraire sociétal et n’est sûrement pas un cadeau pour le libéralisme et la justice.




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