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En temps de crise, redevenir « confesseurs de la foi »

CRUCIFIX

© By Kristyna Henkeova | Shutterstock

Jean-Michel Castaing - Publié le 04/10/18

La vie quotidienne du chrétien dans une société qui au mieux le méprise, au pire le persécute sournoisement, n’est pas un long fleuve tranquille. Quand l’Église elle-même souffre de scandales qui éclaboussent son message, les baptisés sont appelés à revenir à la Source, comme confesseurs de la vérité et de la charité qui ne passent pas.

En ces temps de grande confusion et d’oubli de Dieu, les derniers papes ont demandé aux chrétiens de proclamer hardiment leur foi à la face du monde, c’est-à-dire de (re)devenir des confesseurs. Nul doute que François le redira aux jeunes lors du synode qui leur est consacré. D’après la définition du terme, un confesseur est l’espèce de saint la plus courante, la plus répandue. Un confesseur est un saint qui n’a pas de titre particulier (comme « docteur », « apôtre », « martyr »). Ainsi, la grande majorité des saints sont des confesseurs.

Des persécutions plus feutrées et plus insidieuses

Cependant, dans l’Antiquité, la définition de la dénomination était un peu plus précise. Un confesseur était un chrétien qui confessait sa foi malgré les persécutions. Cet office est plus d’actualité que jamais. En effet, les persécutions n’ont pas disparu. Non seulement elles existeront toujours dans l’histoire de l’Église jusqu’à la fin des temps, mais elles deviennent de jour en jour toujours plus insidieuses, plus feutrées, plus indirectes. Les chrétiens n’ont plus à vaincre seulement l’hostilité ouverte, mais aussi l’indifférence et la conspiration du silence. La foi est boutée hors des espaces publics.




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L’idéologie dominante voudrait la « privatiser » ! Cette dernière expression est brandie à la face des croyants comme une fin de non-recevoir. Qu’est-ce qu’une foi « privatisée », sinon une foi qui doit à la fois rester chez elle, et qui de surcroît n’a pas vocation à alimenter les débats publics puisque, selon ses détracteurs, elle ne concernerait pas les affaires communes, ne possédant pour cela aucune parole pertinente pour les éclairer ?

Sortir des catacombes

C’est ainsi que la foi est devenue une affaire « privée », une opinion parmi d’autres. Plongé dans le climat d’un tel indifférentisme, le chrétien vit un écartèlement terrible entre, d’une part, la grandeur incommensurable de la destinée surnaturelle de fils de Dieu à laquelle est promis tout homme qui croit, et d’autre part la légèreté avec laquelle est traitée la foi en postmodernité. Ce décalage l’oblige à rentrer dans les catacombes de son esprit, de son intériorité, afin de respirer l’air vivifiant des vérités surnaturelles, et de ne pas se laisser anémier par les infections de l’air du temps qui la traite aussi légèrement.


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Cependant cette position de repli s’avère préjudiciable à tout le corps social. Car à trop rester dans ces catacombes, le chrétien fait courir le risque à la société de laisser aux seuls « experts » autoproclamés de « l’humanité augmentée » le soin de trancher dans les débats qui engagent l’avenir de l’homme.

Le conformisme, pire ennemi du confesseur

D’autre part, la fuite en avant des transgressions sociétales, et la dérision réservée aux vérités surnaturelles, ne sont les seuls terrains où la confession de la foi trouve à s’exercer. Ce n’est pas seulement à l’adversité déclarée que le croyant est confronté, mais également au conformisme, à la tentation de suivre le troupeau auquel les idéologues de Babylone promettent bien-être immédiat, morale facile, divertissements à tous les étages, étourdissements festifs à intervalles de plus en plus rapprochés.

Dans ce contexte hyper-ludique et festif, demeurer fidèle à Jésus-Christ n’est pas chose aisée. La nature humaine nous porte à épouser les idées de la majorité de façon à ne pas être ostracisés et laissés à l’écart. L’homme est un être fortement mimétique. Sur cette caractéristique vient se greffer une autre donnée défavorable à la confession de la foi : l’agenouillement devant la culture dominante ouvre aux adorateurs de celle-ci la perspective alléchante d’avancement dans les sphères du pouvoir et d’influence.


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À cette marginalisation s’ajoute, pour les croyants, le fait que la foi chrétienne ne possède pas la plus-value de « rebellitude » que confère n’importe quelle posture convenue, censée prendre le contrepied de l’opinion commune. Or, chacun sait que ces postures sont depuis longtemps intégrées dans le système marchand, qui les recycle afin de les transformer en signes de plus-value culturelle pour ses produits. Il y a belle lurette que les « rebelles » n’inquiètent plus personne. Ils font simplement partie du paysage, en assurant la pérennité du système de la société de spectacle.

Ni « rebelles » institutionnels ni adorateurs de Mammon, les chrétiens sont snobés à la fois par les petits maîtres de l’idéologie dominante et par les gourous des courants alternatifs qui, tout en croyant contester les pouvoirs en place, servent à ces derniers de cautions et d’alibis à leur simulacre de pluralisme.

Deux vertus pour le confesseur

Ici sont nécessaires les vertus de patience et de longanimité qui nous disposent à nous comporter comme il convient dans l’adversité. La patience nous fait supporter avec égalité d’âme, par amour de Jésus-Christ et de nos frères, les souffrances tant morales que spirituelles (et parfois physiques !). Quant à la longanimité, elle nous est précieuse afin d’attendre sans plainte ni amertume la réalisation en nous des desseins divins de miséricorde. La longanimité représente le parfait épanouissement de la vertu théologale d’espérance.

La patience et la longanimité fleurissent dans l’âme qui s’ouvre à l’action en elle de l’Esprit saint. Le Paraclet infusera alors au confesseur ces vertus grâce auxquelles l’adversité sera l’occasion d’éprouver sa foi au creuset de l’hostilité, d’aimer davantage, de devenir pour ses frères ayant succombé aux sirènes de la facilité, un témoin du seul chemin menant à la joie parfaite.


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À l’exemple de la Vierge, qui bénéficiait de la consolation de l’Esprit saint, tout en menant une vie simple et effacée, le confesseur est appelé à traverser les périodes difficiles avec égalité d’âme et sainte indifférence. Muni de patience et de longanimité, il attend que Dieu réalise en lui ce qu’Il a promis malgré les apparences contraires, malgré les efforts des forces contraires qui s’activent dans l’ombre pour nous dérober l’héritage du Royaume.

Témoignage de charité

Surtout, puisque l’amour est l’alpha et l’oméga de la vie chrétienne, en ces temps où la foi en est réduite à être une option parmi d’autres, sans valeur supérieure à celles des autres croyances, égalitarisme oblige, le confesseur est le témoin pour ses frères de l’incommensurable béatitude de la filiation divine à laquelle le Père nous a prédestinés de toute éternité. Et ce témoignage est corroboré chez lui par son attitude qui lui fait tenir pour rien les simulacres de bonheur que Babylone nous distribue comme des hochets.

Au milieu des railleries et de l’indifférence, le confesseur ne perd jamais de vue, en effet, la prédestination de gloire à la filiation divine qui est le dessein du Père à notre égard. Les vents contraires de l’adversité ne lui font pas oublier les biens inestimables, inimaginables, du Royaume. À cette fin, il sait dire « non » aux sirènes que la persécution « light » présente à notre convoitise mal éteinte, afin nous détourner de notre vocation surnaturelle qui dépasse tout ce que l’homme peut espérer. De la sorte montre-t-il à ses frères qu’il existe une autre joie que celle proposée par les chalands sur les étals de nos cités mondialisées.


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C’est ainsi que le confesseur ne traverse pas avec constance les persécutions pour son unique profit, mais surtout avec le dessein de signaler à ses contemporains la présence parmi eux de la seule Source qui les désaltérera pour de bon. Au milieu des persécutions — qu’il ne recherche pas — il trouve l’occasion d’aimer davantage, d’exercer avec plus de persévérance encore sa paternité et sa maternité spirituelles.

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