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Les associations chrétiennes face à la baisse de leurs donateurs

P.RAZZO I CIRIC
Des bénévoles de la Conférence Saint-Vincent de Paul et de l'association Août Secours Alimentaire (ASA) préparent les denrées alimentaires à distribuer à des familles démunies au gymnase de l'école Saint Joseph à Pantin, le 22 août 2015.
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Une étude publiée lundi révèle que le nombre de Français déclarant soutenir une association a reculé en 2016. Dans le même temps, le montant des dons a stagné. Une crise qui n'épargne malheureusement pas les associations chrétiennes.

Le 22e baromètre de la générosité du réseau Recherches et Solidarités révèle que le nombre de foyers ayant déclaré au fisc un don à une association a diminué de plus de 4,2 % en 2016 par rapport à 2015. Au total, 5,28 millions de foyers ont déclaré au moins un don sur leur feuille d’impôt sur le revenu. Dans le même temps, le montant global des dons a stagné pour la première fois depuis plusieurs années. « Depuis vingt-deux ans que je suis ces données, je n’avais jamais vu ça, sauf peut-être en 1995 au moment des grandes grèves contre la réforme Juppé », a réagit dans La Croix le fondateur de ce réseau d’experts et universitaires, Jacques Malet. Si les associations chrétiennes connaissent des situations très différentes, elles ne tirent globalement pas leur épingle du jeu.

Le Secours catholique en difficulté

Si le Secours catholique est l’une des associations chrétiennes les plus importantes dans l’Hexagone, c’est également l’une des plus en difficulté. Marie-Carmen Carles, directrice du développement des ressources, explique à Aleteia que cela fait des années qu’ils constatent « l’érosion des dons ». « Le nombre de donateurs est en recul depuis la crise de 2008. Cependant, jusqu’à présent, il y avait un sursaut de générosité des donateurs », précise-t-elle. Jusqu’ici les ménages les plus modestes arrêtaient progressivement de donner, mais « les autres donnaient de plus en plus, ce qui compensait les pertes ». Le Secours catholique en enregistré en 2016 une baisse de deux millions d’euros par rapport à l’année précédente et aurait perdu « entre 6% et 8% des donateurs actifs ».

Le point positif est « la stabilisation, voire la hausse, du bénévolat », selon Marie-Carmen Carles. Mais dans le même temps, l’association doit faire face à « hausse de la demande », due à la fois à « une progression de la misère » et « un désengagement de l’État, qui pousse beaucoup d’acteurs à migrer du secteur public vers le secteur privé ». Au final, Marie-Carmen Carles, qui craint que la baisse se confirme en 2017, décrit « une tension ». « Si cette tendance perdure, il faudra couper dans certains programme », alerte-t-elle. Heureusement, toutes les associations ne sont pas dans ce cas.

Des situations diverses, mais des inquiétudes partagées

L’Armée du Salut, association protestante méthodiste, se porte légèrement mieux. Son directeur de la communication, David Germain, constate « une baisse du nombre de dons, compensée par une hausse de la générosité des donateurs ». Le résultat est que le volume des dons demeure stable. Selon lui, l’association était « sur les mêmes tendances les années précédentes », même si les dons perçus étaient en légères croissance. « 50% des recettes ayant lieu entre novembre et décembre, il est pour le moment impossible de faire un bilan pour 2017 », précise le directeur de communication. Il admet néanmoins craindre deux réformes fiscales du gouvernement.

Il y a d’abord la hausse de contribution sociale généralisée (CSG), qui pourrait toucher de plein fouet les retraités, « qui représentent plus de 50% des donateurs et 58% des dons ». « Nous recevons déjà des appels de donateurs inquiets » explique David Germain. L’autre mesure qui pourrait peser sur l’association est le remplacement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) par l’impôt sur la fortune immobilière (IFI). « En réduisant l’assiette des gens imposables, l’incitation à donner aux associations risque de reculer », souligne-t-il. Comme le Secours catholique, l’Armée du Salut constate « une hausse des besoins ». Pour y remédier, elle tente de lancer de nouveaux programmes, comme « des Maraudes au petit-déjeuner ». Mais si les dons venaient à baisser, certains programmes pourraient être « sérieusement en danger ».

La Fondation Raoul-Follereau, qui lutte contre la lèpre et la pauvreté et promeut l’accès à l’éducation, partage ces craintes. Jean Deschard, membre du directoire en charge des ressources pointe la « baisse des donateurs et des dons ». Pour lui, celle-ci est principalement due « aux doutes liés à l’élection présidentielle, ainsi qu’aux futures mesures du gouvernement », à commencer par un le projet de prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu et « la bascule de l’ISF à l’IFI ». Or, selon lui « la pauvreté et l’exclusion de reculent pas » et son association est « de plus en plus sollicitée ». Pour inverser la tendance, la fondation compte cibler les plus jeunes générations, « celles qui ne connaissent pas Raoul Follereau », écrivain et journaliste, créateur de la journée mondiale de lutte contre la lèpre. L’objectif est de les « sensibiliser à son message d’amour et de charité ».

Dans ce marasme pourtant, certaines associations parviennent à tirer leur épingle; à l’instar des Enfants du Mékong. Son directeur de communication, Guillaume Mariau, nous confie que son association qui oeuvre pour le parrainage individuel d’enfants démunis afin de permettre leur scolarisation n’a pas connu de réelles difficultés en 2016. Selon lui, « le secret réside dans une équipe jeune qui n’arrête pas d’innover ». Il est néanmoins lui aussi inquiet de la réforme de l’ISF et du vieillissement de la population. D’après lui, « la Génération Y est souvent très engagée, mais donne moins ». Guillaume Mariau n’est cependant pas inquiet, car « les Français restent très généreux ». Espérons qu’il ait raison.

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