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Célibat : ces freins qui empêchent de vivre une relation amoureuse

KOBIETA
©Caitlin Venerussi/Unsplash | CC0
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Certains célibataires souffrent de ne pouvoir se décider au mariage. En cause : blocages, peurs, histoire personnelle difficile… Élisabeth Content, conseillère conjugale, donne quelques clés pour se libérer de ces freins pour avancer dans la vie amoureuse.

Aujourd’hui, parmi les célibataires, nombre de relations amoureuses ne débouchent sur aucun lien définitif. Pour quelles raisons ?
Élisabeth Content : J’ai découvert que les hésitations des célibataires ne venaient pas tant d’un égoïsme qui les aurait conduits à ne pas se donner, mais bien souvent de blocages rendant impossible toute action. Les causes sont diverses et vont de l’histoire personnelle à des raisons plus générales dues à l’évolution de la société.

En quoi le passé peut-il faire obstacle à un engagement ?
Dans notre histoire familiale, l’image de l’homme et de la femme, celle du mariage, ont pu être blessées en nous. Il est important de regarder quel homme et quelle femme étaient nos parents pour identifier nos blessures, si l’un dominait par rapport à l’autre, s’ils étaient fidèles. Les enfants de couples divorcés ont par exemple peur de reproduire l’histoire de leurs parents et croient parfois l’amour impossible. Heureusement, les traces, si elles sont douloureuses, ne sont pas indélébiles. D’autres ont en tête un schéma stéréotypé ou craignent la réaction de leurs parents quant à leur choix de conjoint. Lorsque l’opinion de la famille reste une référence si importante, cet attachement peut être néfaste. Certains garçons idéalisent aussi leur mère et estiment qu’aucune femme ne la vaut, ou bien d’autres ont souffert de l’emprise maternelle et redoutent toute relation féminine. D’autres personnes restent liés à leurs parents, rentrent à la maison trop souvent, se créent des devoirs à leur égard parce qu’ainsi ils trouvent une place. En fait, même à 32-33 ans, ils ne sont pas encore devenus adultes.

La sexualité mal vécue peut aussi être un handicap. Toutes les blessures liées à la sexualité, à des expériences passées négatives – pornographie, gestes déplacés – sont une entrave pour une relation amoureuse et rendent difficile l’exercice de la sexualité. Elle devient sale et dégradante. Une relation amoureuse douloureuse ou une enfance difficile sont autant de freins pour croire au bonheur et aller vers autrui. L’amour de l’autre nous renvoie très vite en miroir le positif mais aussi le négatif de notre personnalité. Il est difficile de nous découvrir imparfait. L’autre devient dangereux, car il nous oblige à regarder nos zones d’ombre. Que faire alors de ce passé ?

Peut-on le gérer ?
Il est capital d’identifier ses blessures personnelles, de les accepter, de travailler à les apaiser. Penser que l’amour pourra tout réparer est un leurre, même s’il est une aide importante. Il rend confiance mais ne peut pas tout. Chacun est responsable de ce qu’il fait de son histoire. Sinon, on risque d’imputer à l’autre des difficultés que la relation met au grand jour et qui, en fait, viennent de notre passé.

Quels sont les autres blocages que vous retrouvez fréquemment chez ces célibataires ?
Souvent, il y a erreur sur le but de l’amour. Beaucoup considèrent qu’aimer implique de rendre l’autre heureux. C’est se mettre sur les épaules un poids énorme qui fait peur. Le bonheur est un fruit de l’amour. On s’engage à s’aimer, à être compagnons de route, et non pas à se rendre heureux.

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Martin Novak - Shutterstock

Il y a surtout une erreur de jugement, assez répandue, sur ce qu’est aimer. J’entends souvent : « Je suis avec quelqu’un, mais je ne l’aime pas ». En réalité, ils aiment, mais, face au décalage entre une image idéale et la personne réelle, ils doutent. Pour eux, l’amour doit s’imposer comme une évidence. Or on peut aimer sans passion, sans élan prodigieux.

Parfois, les célibataires finissent par perdre confiance en eux. Comment les aider à retrouver un regard positif ?
C’est un travail difficile. Souvent, quand ils commencent une relation amoureuse, ils parviennent à reconquérir l’estime d’eux-mêmes. Mais parfois, ils se jugent indignes de cet amour et deviennent dépendants, dans une relation très fusionnelle. Je travaille alors avec eux pour les aider à être eux-mêmes, leur apprendre à exprimer leurs désirs profonds, à ne pas avoir peur des conflits. Je leur montre qu’ils peuvent dire non, exister sans que l’autre cesse de les aimer.

Qu’est-ce, en fait, que l’amour ?
Au sein même d’un couple, la conception de l’amour est souvent différente, et là réside la complexité de la relation. Qu’est-ce qu’aimer ? Pour une jeune fille qui m’a consulté, aimer, c’était admirer. Elle ne voyait pas au-delà. Pour d’autres, l’amour signifie la passion. « Si je n’admire pas mon ami, ou encore si je n’ai pas d’élan passionnel vers lui, est-ce à dire que je ne l’aime pas ? » La passion est un des modes de l’amour, très prisé dans notre société, mais on ne peut laisser de côté le don de soi, l’affection, les cadeaux, le temps passé ensemble. On peut aimer de mille façons. J’ai reçu un couple un jour : pour le mari, la présence de sa femme suffisait à son bonheur, tandis qu’elle aspirait à des moments privilégiés à deux. En fait, aimer c’est désirer avant tout le bien de l’autre, être bien en sa compagnie, et avoir envie de construire sa vie avec lui.

Propos recueillis par Florence Brière-Loth