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Aimer ceux qui nous agacent, mission (im)possible ?

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© fizkes
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« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15, 12). Comme cet enseignement de Jésus est difficile à suivre quand le comportement de certaines personnes nous agace voire nous exaspère.

La paille qui est dans l’œil de notre prochain est parfois bien irritante. Elle est toute petite, et pourtant… ! C’est une voisine bavarde qui ressasse toujours les mêmes histoires, un collègue dont les petites manies nous tapent sur les nerfs, l’envahissante gentillesse d’une amie, la lenteur d’un de nos enfants, voire la manière qu’a notre époux ou notre épouse de se moucher. Des broutilles, des petits riens qui ne mériteraient même pas de retenir notre attention s’ils ne malmenaient pas l’amour fraternel. D’ailleurs, ces multiples agacements nés de la vie commune sont, dans les monastères, une des croix les plus âpres : un frère qui se racle la gorge d’une façon horripilante, c’est dur à supporter quand on vit ensemble 24 heures sur 24. Ça ressemble au supplice chinois de la goutte d’eau que le bourreau fait tomber toujours au même endroit. Une goutte d’eau, c’est anodin, mais à la longue, c’est intenable !

Les chemins sans gloire sont les plus sûrs

Même très petite, une croix est toujours une croix. Une des ruses du Malin est de nous persuader que seules les grandes épreuves, les difficultés majeures et les souffrances dignes de ce nom mériteraient d’être portées généreusement à la suite de Jésus et transfigurées à la lumière de sa résurrection. Du coup, nous laissons de côté les petites croix, attendant pour donner à notre vie une occasion qui en vaille la peine. Car nous avons oublié que s’il y est des branches qui se détruisent par le feu, il y est des planches que les pas usent, tout doucement, et qui tombent en fine sciure. Les contrariétés les plus mesquines sont comme des petits morceaux de Passion, dont le métier est de nous tuer tout doucement pour la gloire de Dieu, de nous tuer sans notre gloire.

Sans notre gloire ! Voilà qui ne plaît guère à notre orgueil… et qui est par là même très précieux. Les chemins sans gloire sont les plus sûrs, pour qui cherche Dieu. Justement parce qu’ils n’offrent guère de tentations de s’enorgueillir. Réjouissons-nous d’avoir à mener ces humbles combats pour aimer, à affronter ces minuscules contrariétés qui nous mettent impitoyablement face à nos limites et nos pauvretés. Nous voudrions donner de grandes preuves d’amour au Seigneur, et nous nous découvrons incapables de supporter les petits travers d’autrui !

Récitons une courte prière pour demander de l’aide à Dieu

Réjouissons-nous de mesurer ainsi notre impuissance à aimer : même dans les petites choses, nous ne pouvons rien faire sans l’amour du Seigneur. Jusque dans les détails de notre vie, nous avons besoin de Lui. Quand on admirait la patience de sainte Thérèse, elle répondait : “Je n’ai pas eu une minute de patience. Ce n’est pas ma patience à moi !”

Demandons à Jésus de venir aimer en nous. Quand nous sentons que la moutarde commence à nous monter au nez, ou quand nous appréhendons de nous retrouver face à quelqu’un dont nous savons qu’il va nous exaspérer, tournons-nous intérieurement vers le Seigneur : “Je suis incapable de me montrer aimable, patient et compréhensif. Viens aimer en moi ! Viens me remplir de ta bienveillance et de ta tendresse, donne à mes yeux ta douceur, à mon sourire ta bonté, à toutes mes paroles la délicatesse de ta miséricorde”.

Et si ceux qui nous agacent nous étaient offerts par Dieu ?

Soyons sûrs qu’au-delà de notre irritation intérieure, le Seigneur saura faire passer son amour, même si c’est à notre insu. Ce qui compte, ce n’est pas que nous éprouvions de la sympathie envers notre prochain, mais que nous voulions l’aimer, et qu’il le sente. Ne fuyons pas systématiquement les personnes qui nous agacent. De toute façon, c’est souvent impossible. Et même quand c’est possible, c’est rarement souhaitable, car elles nous sont offertes par le Seigneur comme notre prochain à aimer et à servir.

Sans aller au-devant des difficultés, prenons ce que Dieu nous donne comme Il nous le donne. Nous sommes déçus de ne pas arriver à vaincre nos agacements ? Tant pis… ou tant mieux ! Le Seigneur ne nous demande pas de tout faire impeccablement, mais d’accueillir son amour à travers les hommes qu’Il met sur notre route. Il nous demande d’ouvrir nos yeux pour savoir découvrir, au-delà de ce qui nous agace ou nous déconcerte, les merveilles qu’Il a déposées en chacun de nos frères. Et, peu à peu, Il nous apprend à en rendre grâce.

Christine Ponsard