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Notre vie entière est placée sous le regard de Dieu et aucune de nos actions ne fait exception, même notre activité professionnelle. En avoir conscience, c’est trouver une occasion unique d’offrir son travail à Dieu et de cheminer vers une vie de prière et de don.

Nous devons lutter en permanence contre le risque de voir notre vie morcelée : un temps pour la vie familiale, un temps pour la vie professionnelle, un temps pour la vie sociale, un temps pour la vie spirituelle, etc. Ce qui peut faire en nous l’union ne peut être que la vie spirituelle, puisque nous sommes faits à l’image de Dieu. Le temps que nous passons à travailler ne sera bien vécu que si nous y mettons notre cœur, au sens biblique du terme, cette part intime de nous-mêmes où la vie trinitaire de l’Amour peut s’épanouir pour notre plus grande joie. 

La mère admirable que Dieu se choisit pour s’incarner est en train de travailler quand l’ange lui annonce la grande nouvelle. Le juste et doux Joseph, héritier de race royale et humble travailleur manuel, la prendra ensuite chez lui, à la demande du Seigneur, et assurera par son labeur la subsistance de l’enfant-Dieu et de sa mère. Jésus lui-même va travailler, à temps partiel durant son enfance, à temps plein par la suite, apprenant puis exerçant le métier de menuisier-charpentier. Nous savons que Jésus ne faisait rien sans prier son Père. Et nul doute que la Sainte Famille a toujours totalement intégré le travail dans sa vie relationnelle avec le Père. 

Le travail, une punition ou une sanctification ?

Quand les moines prennent pour devise « Ora et labora », ils expriment à leur tour cette nécessité de faire du travail une occasion de prière, voire une prière. Dans sa lettre encyclique Laborem exercens signée à Castel Gandolfo le 14 septembre 1981, saint Jean Paul II explique que le travail doit être « au service de l’homme » et non l’inverse. Comme Dieu est la fin ultime de la personne humaine, cela signifie bien que le travail, au service de l’homme, contribuera à le rapprocher de Dieu. 

Parallèlement, nous savons, par la Genèse, que le péché originel a fait de la mission confiée à l’homme de dominer la Création une activité qui, certes, lui permet de subsister, mais dans la peine et la transpiration. Faut-il en déduire qu’il y a deux parties dans le travail, une qui est noble, où l’homme peut légitimement se sentir continuateur de I’œuvre divine, et une autre qu’il faut subir, comme une punition ? C’est pourtant bien dans notre monde marqué par ce péché originel que Dieu est venu vivre et qu’il a travaillé, manuellement jusqu’à ses 30 ans et à l’évangélisation pendant trois ans. Le premier travail était humble, ses joies et ses croix discrètes. Le second était plus noble, sa croix et sa gloire furent éclatantes.

Notre chemin dès lors est tracé. Notre travail tout entier est pour la gloire de Dieu, qu’il soit créatif, valorisant, passionnant, ou qu’il soit répétitif, scolaire, ménager, technique, artistique ou intellectuel, qu’il soit lucratif ou bénévole. C’est vrai qu’il nous arrivera parfois de crier « Eloï, Eloï, lama sabachtani » plutôt que de chanter Magnificat, mais toute tâche peut être ordonnée à l’amour de Dieu et à l’amour du prochain. 

Yannik Bonnet 

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