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Pardonner, est-ce oublier ?

Martine et Frédéric Mervoyer ont pardonné à l'assassin de leur fils dans l’émission "Dans les yeux d'Olivier" ©France2
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Certains disent que pardonner c’est oublier l’offense qui a été faite. Mais est-ce vraiment le cas ? Le pardon suppose-t-il l’oubli ?

Il y a bien des offenses qu’on ne saurait oublier. On ne peut pas demander aux victimes d’un attentat ou aux parents dont le fils a été assassiné d’oublier quel mal leur a été fait, et qui en est l’auteur. Il est normal — et il est sain — qu’ils se souviennent de ce qu’ils ont vécu, voire qu’ils revendiquent le droit de ne pas laisser tomber dans l’oubli les événements dont ils ont été victimes. Dans certains cas, on parle même de « devoir de mémoire ». Cela signifie-t-il qu’il y a des offenses qu’on ne saurait pardonner ?

Faut-il oublier pour accorder un pardon sincère ?

Oublier l’offense subie ne dépend pas de nous. Nous ne pouvons pas décider d’effacer ce que nous voulons quand nous le voulons, nous en faisons tous l’expérience : il y a bien des blessures, graves ou légères, que nous voudrions oublier et qui pourtant restent présentes à notre mémoire. Et lorsque nous avons le vrai désir de pardonner à ceux qui nous ont blessés, cette incapacité à oublier nous trouble ou nous étonne : « Si je n’ai pas oublié, c’est que je n’ai pas vraiment pardonné ». Alors ? Sommes-nous dans l’incapacité de pardonner en vérité, dès lors que notre mémoire refuse de passer l’éponge ?

« La Résurrection n’est pas l’oubli de la Passion », disait un jour le cardinal français Jean-Marie Lustiger. De même, le pardon n’est pas l’oubli de l’offense. « Beaucoup pensent que le souvenir de l’offense subie qui remonte à la mémoire est le signe qu’ils n’ont pas pardonné. Mais il n’est pas possible d’oublier un événement qui nous a fait du mal. Le souvenir relève de la mémoire, et le pardon, de la volonté profonde. Ce n’est pas la même chose.

Ce qui est vrai du pardon accordé à autrui, l’est aussi du pardon que nous nous devons à nous-mêmes. Nous ne pensons pas toujours, en effet, que c’est d’abord à soi-même que l’on doit pardonner. Trop souvent, nous ruminons regrets et remords : nous nous en voulons de n’avoir pas été à la hauteur, d’avoir manqué à notre parole, d’avoir commis une erreur, voire une faute, lourde de conséquences… Si notre passé nous empêche de vivre en paix, d’être pleinement nous-mêmes, c’est le signe que nous avons à pardonner, à nous ou aux autres.

Pour pardonner, il faut se souvenir

La démarche de pardon ne consiste pas à nier la blessure, à la garder enfouie le plus possible. Au contraire le chemin de pardon est d’abord un chemin de vérité, donc de mise au jour. Pour pardonner, il faut commencer par prendre conscience que l’on a été offensé. Mais à quoi bon faire remonter à la surface des blessures apparemment oubliées ? Parce que tant qu’elles ne sont pas pardonnées, elles sont comme un foyer d’infection qui distille son poison. Combien de blessures subies autrefois perturbent les relations familiales alors même qu’elles semblent enterrées !

Le pardon aide la mémoire à guérir, en l’établissant dans la paix. Le souvenir de l’offense subie devient chemin de vie et de bénédiction, lui qui était chemin de mort et de malédiction. Le pardon est, vraiment, résurrection : passage de la mort à la Vie. Ce passage, Jésus ressuscité nous en rend capables, Lui qui nous a demandé de pardonner « soixante-dix fois sept fois », c’est-à-dire sans fin. N’ayons pas peur de demander à l’Esprit saint de faire remonter à notre mémoire toutes les offenses que nous avons à pardonner. Le Christ est ressuscité avec ses cicatrices, et nous gardons en nous les cicatrices de notre histoire, mais elles ne sont plus signes d’accablement, de condamnation, elles deviennent signes de la guérison et du salut.

Christine Ponsard

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