separateurCreated with Sketch.

L’inestimable service de Teilhard de Chardin

TEILHARD-DE-CHARDIN-DOMAINE-PUBLIC

Pierre Teilhard de Chardin.

whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Thierry Magnin - publié le 05/04/25
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
À quelques jours du 70e anniversaire du décès du père Teilhard de Chardin, le 10 avril 2025, le père Thierry Magnin s’intéresse à la proximité entre deux prêtres scientifiques qui ont marqué leur temps, même s’ils ne se sont jamais rencontrés : Pierre Teilhard de Chardin et Charles de Foucauld. Dans son nouveau livre, "Le Scientifique et l’Ermite" (DDB, 2025), il montre comment ces deux témoins de l’Évangile éclairent avec audace la quête spirituelle de nos contemporains souvent en proie à l’anxiété devant un avenir incertain.

Campagne de soutien 2025

Ce contenu est gratuit, comme le sont tous nos articles.
Soutenez-nous par un don déductible de l'impôt sur le revenu et permettez-nous de continuer à toucher des millions de lecteurs.

Je donne

Dans un discours à l’Assemblée nationale le 11 novembre 1848, Victor Hugo déclarait : "La grande erreur de notre temps a été de pencher, je dis même de courber l’esprit de l’homme vers la recherche du bien matériel. Il faut relever l’esprit de l’homme, le tourner vers la conscience, vers le beau, le juste, le vrai, le désintéressé, le grand." C’est cet inestimable service que rendent à la société de grands spirituels comme Charles de Foucauld et Teilhard de Chardin. En les lisant, on prend le large, avec la saveur de l’Évangile.

De nombreuses convergences de vues

On peut se demander ce qu’il peut y avoir de commun entre un scientifique chrétien qui étudie l’évolution de l’univers et un ermite au Sahara qui partage la vie des Touaregs dans la pauvreté. Pourtant leurs nombreuses convergences de vue et leur complémentarité peuvent éclairer la recherche spirituelle de nos contemporains dans la complexité du monde d’aujourd’hui, avec force et finesse. Tous deux explorateurs du monde, chercheurs de Dieu et hommes d’action — paléontologue pour l’un, géographe et linguiste pour l’autre —, ils ont vécu un chemin d’unité entre « la tête, le cœur et les mains ». C’est en approfondissant le mystère de l’incarnation et de l’eucharistie, tout en vivant l’expérience de la charité, qu’ils témoignent des fruits profonds de l’alliance entre l’intelligence rationnelle, l’intelligence du cœur et l’intelligence de la foi.

À travers leurs tâtonnements et les méandres de leurs trajectoires si différentes, ils ont tous deux expérimenté combien "servir Dieu rend l’homme libre comme Lui", et sont des témoins pertinents de l’espérance chrétienne d’un avenir toujours ouvert, quelle que soit l’adversité. Ils nous montrent que lorsque le cœur de l’homme s’ouvre au regard de Jésus, c’est toute l’intelligence qui s’en trouve élargie. Leur existence a pris une ampleur aux dimensions de l’énergie d’amour qui émane du Cœur de Jésus. Elle est devenue "passion d’unir" les hommes et le monde en cet amour.

Un même sens profond de la fraternité universelle

De l’expérience du frère universelle vivant avec les Touaregs musulmans à celle de la construction de la communion de consciences qu’est la noosphère de Teilhard, c’est un sens profond de la fraternité chrétienne qui se dégage, au goût de l’amitié sociale chère au pape François. Une voie pour "Être plus" devant l’individualisme d’aujourd’hui. Teilhard et Frère Charles illustrent à leur manière la magnifique phrase de Simone Weil : "La foi, c’est l’expérience de l’intelligence éclairée par l’amour" (Œuvres complètes, Cahiers 2, Gallimard, 1997, p. 340). Pour vivre et témoigner de l’Évangile, ils ont tous deux osé aller "aux périphéries de l’Église". Apprenant à s’abandonner à Dieu, ils ont incarné, de façon différente mais dans le même souffle, cette provocante phrase de Jésus : "Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre ; ce que tu as caché aux sages et aux savants tu l’as révélé aux tout-petits" (Mt 11,25). 

Le médaillé d’or de la Société de géographie en 1885, un "sachant" reconnu, est ainsi devenu "frère universel" au Sahara, avec les Touaregs, dans une toute nouvelle sagesse de vie, une autre manière de voir la géographie ! Le linguiste s’est fait serviteur de la reconnaissance et du respect de la culture de ses frères Touaregs. Il n’a rien perdu dans cette transformation du regard, au contraire, et l’homme a profondément changé. Désormais sa science, la linguistique, est exercée d’abord comme un service de ce peuple qui l’a adopté, ce peuple de pauvres du Sahara.

Un chemin d’obéissance et de fidélité

Le paléontologue de l’académie des sciences s’est dévoué toute sa vie au service du dialogue science et foi, à une époque de relations conflictuelles pour l’Église en ce domaine. Il a permis une juste articulation entre sciences de l’évolution et foi chrétienne, à un moment où certains développaient des idéologies athées au nom des sciences et d’autres rejetaient ces sciences jugées trop révolutionnaires. Il a accepté avec humilité et foi les nombreux rejets inhérents à tout pionnier, poursuivant un chemin d’obéissance et de fidélité au Christ dont nous bénéficions tous aujourd’hui. 

La pauvreté de Teilhard n’est pas matérielle comme celle de frère Charles : elle s’enracine dans son expérience de brancardier durant la terrible guerre 14-18 au cours de laquelle il a côtoyé la mort et reçu "du dedans" la vision de la Vie plus forte que celle-ci. Sa pauvreté fut celle de risquer sa vie et sa renommée sur cette vision du "Christ toujours plus grand", inspirée des écrits de saint Paul et de saint Jean. 

La place de l’humain

C’est la même énergie d’amour qui traverse ces deux existences dont les trajectoires sont pourtant si différentes. Dans ce souffle, la science devient service du frère. Dans un monde marqué par la place grandissante de l’intelligence artificielle, la question de la spécificité de l’homme et de la place de l’humain dans l’évolution du monde se pose de manière renouvelée. En ce domaine aussi, les deux hommes peuvent nous inspirer une sagesse de vie. 

Au moment où surgit, chez nos contemporains, une nouvelle quête spirituelle, souvent déconnectée des grandes institutions religieuses, ces deux témoins de l’Évangile éclairent le sens de la liberté et de la fraternité. Face à l’anxiété croissante devant l’avenir, en particulier chez les jeunes qui souvent ne voient pas de futur souhaitable, chacun peut bénéficier du sens de l’action humaine qu’ils incarnent et du respect profond qu’ils manifestent envers tous les humains, jusque dans leurs différences de races, de cultures et de religions. 

Pratique

Le Scientifique et l’Ermite. Quand Pierre Teilhard de Chardin dialogue avec Charles de Foucauld, Thierry Magnin, Desclée de Brower, avril 2025, 272 pages, 19,90 euros.
Vous avez aimé cet article et souhaitez en savoir plus ?

Recevez Aleteia chaque jour dans votre boite e−mail, c’est gratuit !

Vous aimez le contenu de Aleteia ?

Aidez-nous à couvrir les frais de production des articles que vous lisez, et soutenez la mission d’Aleteia !

Grâce à la déduction fiscale, vous pouvez soutenir le premier site internet catholique au monde tout en réduisant vos impôts. Profitez-en !

(avec déduction fiscale)