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Comment se reconstruire après un mauvais coup du sort ?

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Shutterstock I Tananyaa Pithi

Pierre d’Elbée - publié le 07/04/24

Face aux chocs de la vie, l’être humain peut déployer sa capacité de résilience. Dans "Affronter les coups du sort", le consultant en entreprise Pierre d’Elbée explore les processus de défense personnelle dont on dispose pour se reconstruire.

Épreuve ou traumatisme, personne n’est épargné par ces “coups du sort” qui vous déstabilisent, au point parfois de vous faire perdre le contrôle de vous-même. Comment retrouver sa personnalité après un événement douloureux qui vous a brisé ? La réflexion de Pierre d’Elbée a commencé avec des “cafés philo” qu’il animait pour des personnes sortant de prison, dans le cadre d’une association de réinsertion. De ce travail de reconstruction de personnes confrontées à la dure réalité de la détention, le consultant qui est aussi philosophe propose des éclairages sur le désir d’accomplissement qui existe en toute personne, et des pistes pour se rétablir, quelles que soient ses épreuves. 

Aleteia : Pourquoi est-il parfois si difficile d’affronter ou de se remettre de certains événements de la vie ? 
Pierre d’Elbée : Rares sont les personnes qui traversent la vie sans rencontrer des épreuves sérieuses. Personne n’est à l’abri. Cela va à l’encontre de notre société hédoniste, qui veut croire à une vie facile, où la consommation et le divertissement sont de mise pour oublier et éviter la souffrance. Mon livre ne remplace pas un accompagnement psychologique et spirituel, mais il donne des clés pour mieux se connaître en situation de crise, pour discerner les stratégies inconscientes ou délibérées qu’on met en place pour affronter un malheur, et pour comprendre grâce à des témoignages vivants que même un traumatisme peut donner lieu à une fécondité personnelle. Je m’adresse à toute personne curieuse de mieux comprendre comment le sens de sa vie n’est pas brisé par une épreuve, aussi intense soit-elle.

La résilience n’est pas la résistance, elle est le déploiement des forces qui ont résisté en nous face à un traumatisme.

Quelle est la signification de la résilience ? 
Pour comprendre ce qu’est la résilience, j’aime utiliser l’image du lys de feu. Cette plante d’Afrique du Sud a la particularité de ne surgir qu’après un incendie de forêt ! Ses graines “attendent” pendant un an, cinq ans… quinze ans ! On parle de la “dormance” de ces graines, joli mot qui désigne leur résistance pendant des mois et des années en attendant les conditions favorables pour se déployer. Le feu est le déclencheur, en même temps que le traumatisme et quatre jours plus tard, les lys de feu sont les premières plantes à apparaître sur un terrain totalement calciné ! C’est impressionnant ! La résilience n’est donc pas la résistance, elle est le déploiement des forces qui ont résisté en nous face à un traumatisme. C’est un “rebond”, un élan vital qui nous porte vers une vie nouvelle.

Faut-il distinguer différentes sortes de traumatismes ?
Je distingue le traumatisme physique, psychique et moral, même si une expérience traumatique concerne souvent les trois à la fois. Le premier nous fait “dérailler” comme dit Boris Cyrulnik tant la douleur est intense. Le traumatisme psychique concerne nos images, nos représentations internes, nos souvenirs qui peuvent nous accabler, nous angoisser, nous terroriser. Le traumatisme moral est rarement abordé : il désigne la souffrance infligée à notre dignité, le fait que le prisonnier d’un camp de concentration comme Victor Frankl a pu être considéré par un soldat SS comme un objet, une chose vulgaire que l’on utilise sans aucun ménagement ni reconnaissance. Cette expérience de chute dans le regard d’autrui demande une guérison particulière. 

La résilience constitue un sommet d’humanité source d’espérance pour tous ceux qui sont confrontés à l’épreuve. 

Tout le monde est-il capable de résilience ?
La résilience n’est pas un coup de baguette magique. Il arrive que des personnes ne se remettent jamais d’un traumatisme et succombent. Le premier niveau de résilience est la survie : l’espoir reste possible. Le deuxième niveau est une vie satisfaisante, avec suffisamment de relations familiales, amicales, professionnelles, même si on ne peut jamais vivre “comme avant”. Le troisième niveau est une vie surabondante, meilleure que si l’on n’avait pas connu de traumatisme. Par exemple Henri Dunant, traumatisé par la bataille de Solférino, va devenir le fondateur de la Croix-Rouge. Cette dernière résilience est inattendue et réjouissante. Elle constitue un sommet d’humanité source d’espérance pour tous ceux qui sont confrontés à l’épreuve. 

Propos recueillis par Philippe de Saint-Germain.

Pratique

Affronter les coups du sort, Petit traité de la résilience, Pierre d’Elbée, Artège 2024, 192 pages, 15,90 euros.

Tags:
épreuvesRelations humaines
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