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Georges Pompidou, un président catholique ?

GEORGES-POMPIDOU-CATHOLIQUE

AFP POOL / AFP

Georges Pompidou s'agenouille en prière lors de la messe pour les funérailles de Charles de Gaulle à Notre-Dame de Paris le 12 novembre 1970.

Fabrice de Chanceuil - publié le 02/04/24

Cinquante ans après sa mort, la France se souvient avec nostalgie du président Pompidou, homme de lettres et homme d’État qui conjuguait naturellement tradition et modernité. Sa foi catholique, discrète mais réelle, était empreinte d’esthétisme.

Le 2 avril 2024 marque le cinquantième anniversaire de la mort brutale, en plein mandat, de l’ancien président de la République Georges Pompidou. À la différence d’autres personnalités disparues, cet anniversaire ne passe inaperçu, les années de pouvoir de l’ancien chef de l’État étant progressivement devenues synonymes d’une époque heureuse et révolue. Georges Pompidou est né en 1911 à Montboudif dans le Cantal dans une famille modeste de paysans et d’enseignants. On a souvent dit que son itinéraire doit beaucoup à la méritocratie républicaine qui, elle aussi, semble aujourd’hui appartenir à d’autres temps. 

Normalien et auvergnat

Normalien et agrégé de lettres, une carrière d’enseignant se dessinait assez naturellement pour lui mais c’est la politique qui, très tôt, l’a saisi. Bien que resté en dehors de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, ce que certains lui ont beaucoup reproché tout au long de sa carrière, il entre en 1944 au cabinet du Général de Gaulle, alors chef du Gouvernement provisoire de la République française, dont il deviendra vite l’homme de confiance. Après la démission du Général, il l’accompagne dans sa “traversée du désert” tout en devenant directeur général de la Banque Rothschild, semblant s’éloigner de la politique au profit d’une riche vie culturelle.

Pourtant, quand Charles de Gaulle revient aux affaires en 1958 comme dernier président du Conseil de la IVe République, c’est lui qui devient son directeur de cabinet. Élu président de la République, le Général fait nommer Georges Pompidou au Conseil constitutionnel avant de l’appeler, en 1962, à l’Hôtel Matignon où il restera jusqu’en 1968, faisant de lui, aujourd’hui encore, le Premier ministre qui sera resté, de façon ininterrompue, le plus longtemps à son poste. Sa personnalité s’affirme, aux yeux des Français, lors de la crise de mai 1968 où il tient solidement la barre de l’État là où le général de Gaulle donne l’impression d’être dépassé par les événements, préludant un éloignement progressif entre les deux hommes.

Une véritable stratégie industrielle

Après les élections législatives de juin 1968, pourtant largement gagnées par le parti présidentiel, il quitte ses fonctions de Premier ministre pour revenir en Auvergne comme député de la 2e circonscription du Cantal. Suite à l’échec du référendum de 1969 entraînant la démission du général de Gaulle, il est élu président de la République française, poste où il restera jusqu’à son décès provoqué par une forme violente de leucémie. 

Parallèlement à cet engouement pour le déploiement industriel, Georges Pompidou a aussi été le premier Président à instituer un ministère de l’Environnement en 1970.

Son septennat interrompu, qui explique la nostalgie qu’il suscite aujourd’hui, est marqué par la forte croissance de la fin des Trente Glorieuses. De fait, ces cinq années sont celles du Concorde, de l’énergie nucléaire et du train à grande vitesse (TGV). À l’heure de l’appel à la réindustrialisation du pays, ces souvenirs peuvent faire rêver. C’est oublier que ces succès sont inséparables d’une politique conduite par un État stratège s’appuyant sur de grandes entreprises publiques aujourd’hui partiellement démembrées ou privatisées, sous la contrainte d’une Union européenne exclusivement motivée par la concurrence et la disparition des monopoles. Il faut se rappeler aussi que ce développement, qui faisait dire au Massachusetts Institut of Technology (MIT) que la France allait devenir la puissance dominante des années suivantes, a été arrêté net par la crise pétrolière de 1973. 

Parallèlement à cet engouement pour le déploiement industriel, Georges Pompidou a aussi été le premier Président à instituer un ministère de l’Environnement en 1970, signant par- là, sinon une contradiction apparente, du moins un affichage des contraires observés dans d’autres domaines. Paysan matois aux allures de grand bourgeois, il se montre très conservateur, notamment dans le domaine social, peu attiré par l’idée de participation initiée par son prédécesseur, tandis qu’il revendique une modernité totale dans le domaine des arts, aimant fréquenter la jet set dans ses mondanités tropéziennes.

Amitiés catholiques

Républicain convaincu, Georges Pompidou aurait été de ceux qui ont dissuadé le général de Gaulle de s’effacer au profit du comte de Paris pour les élections présidentielles de 1965. Cela ne l’empêchait pas, en 1972, de citer Charles Maurras, estimant que l’académicien déchu avait prévu le monde actuel. S’il avait un réel sens du sacré et de la transcendance qu’il vivait dans la religion catholique dans laquelle il avait été élevé, ce n’était pas un mystique. Il a toujours conservé une pratique religieuse, mais l’autre part républicaine et laïque de son éducation lui interdisait toute manifestation religieuse en public. 

Il est le seul président de la République à ne pas avoir rencontré le pape. Selon les époques, il aimera fréquenter le père Marie-Alain Couturier, directeur de la revue Art sacré, ou le futur Mgr Jean-Marie Lustiger, ainsi que le père Bruckberger, qui manquera de discrétion sur l’intimité de l’ancien Président après la mort de celui-ci. Georges Pompidou a bénéficié d’obsèques religieuses dans l’intimité à Saint-Louis-en-l’Ile — il souhaitait une messe en grégorien — qui sera suivie le lendemain par une cérémonie grandiose à Notre-Dame de Paris, présidée par le cardinal Marty. Sa tombe au cimetière d’Orvilliers est aujourd’hui revêtue d’une croix gravée dans la pierre. La foi de Georges Pompidou était empreinte d’esthétisme comme, du reste, l’ensemble de ses actions. À l’heure où la vulgarité est partout, voilà encore un bon motif de nostalgie.

Tags:
FoiFrancePolitique
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