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Les derniers secrets de l’archiviste du Vatican

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Antoine Mekary | ALETEIA

Camille Dalmas - publié le 06/03/24

Alors que l’âge de sa retraite approche, Mgr Sergio Pagano, préfet des archives du Vatican, se confie dans le livre "Secretum" sur sa mission et lève un coin du voile sur les mystères qui entourent encore les archives apostoliques vaticanes.

Le pape François avait rebaptisé en 2019 les archives du Vatican, les faisant passer d’archives “secrètes” à archives “apostoliques”. Le but : éviter toute confusion sur leur mission, vouée à conserver et diffuser le passé des papes, et non à l’occulter. Mais des secrets, les archives en possèdent encore, comme le révèle un livre intitulé opportunément Secretum (Solferino, 2024), dans lequel s’exprime pour la première fois le préfet des archives Mgr Sergio Pagano. Mgr Pagano a rejoint les archives en 1978 et en est, depuis 1997, son indéboulonnable préfet. Alors que l’âge de sa retraite approche, le prélat italien a accepté de raconter le “Purgatoire de papier” qu’est, selon son interlocuteur le journaliste Massimo Franco, l’institution des Archives apostoliques vaticanes.

VATICAN SECRET ARCHIVES
Les archives du Vatican.

En exhumant les documents du procès de Galilée ou du divorce d’Henri VIII, en apportant un précieux éclairage documentaire au réseau d’espions de Pie X et aux “silences” de Pie XII, le “préfet des secrets” fait vivre la grande histoire depuis l’intérieur du “bunker” – le surnom des archives au Vatican. Mais il raconte aussi à merveille la petite histoire, celle des anecdotes, des découvertes étonnantes et des légendes qui entourent les 86 kilomètres d’étagères des archives des papes.

Des archives pas si secrètes ?

Fondées au XIIe siècle, les archives vaticanes ont été rendues accessibles à un petit nombre de privilégiés dès le XVIe siècle. Elles n’ont cependant été officiellement ouvertes qu’en 1881, sous le pontificat de Léon XIII. Ce dernier, raconte l’archiviste, a en fait agi sous pression à l’époque. Le jeune État italien venait de constituer des archives d’État à Rome, mais le fonds existant était trop maigre. L’Italie, ainsi que l’Allemagne bismarckienne, avaient alors poussé pour avoir accès à celles des papes. Le dilemme était simple pour Léon XIII : “Soit les archives du Vatican étaient ouvertes au monde extérieur, soit elles étaient intégrées aux archives de l’État à Rome”. Depuis, tout universitaire qui le demande peut accéder aux archives des papes. Le qualificatif secret a longtemps été maintenu dans son acception première, qui signifie “privée”.

Les archives à Paris

Outre les Italiens après l’unification de leur pays, nombreux ont été ceux qui ont tenté de mettre la main sur les archives. Lors du sac de Rome, les Lansquenets de Charles Quint ont forcé l’entrée – et ont laissé des graffitis sur les murs que l’on peut encore observer. Mais ils n’ont rien endommagé. Le coup le plus dur porté aux archives papales l’a été par Napoléon, qui les a fait déménager à Paris, où il avait envisagé, pendant un temps, d’installer Pie VII et la papauté. Entré dans Rome, les hommes de main de l’empereur, aidés par un “traître” des Archives, ont pu transférer une masse immense de documents pontificaux à Paris, dans l’hôtel de Soubise. Les documents ont commencé à être restitués à partir de 1815, mais avec difficultés parce que les Français tentaient “de s’accrocher à tout ce qu’ils pouvaient”. Cependant le Pape a pu compter sur l’acharnement de ses envoyés à Paris, notamment le grand sculpteur Antonio Canova, pour récupérer ses documents… même si nombre de pièces sont aujourd’hui perdues ou dispersées. C’est le cas notamment de la bulle d’excommunication de Napoléon de 1809, aujourd’hui conservée dans les archives de Vienne.

Les “vraies” archives secrètes

Dans le “bunker”,  Mgr Pagano confie qu’il existe un petit fonds de documents qui ne sont pas consultables par quiconque, et sont précieusement gardés secrets. Cela concerne en premier lieu toutes les pièces liées aux conclaves, en particulier les résultats des précédents scrutins – les bulletins ont été brûlés, mais il reste les “sommaires” des votes. Certains documents privés du pape et des cardinaux, les comptes-rendus des procès épiscopaux ou les décisions concernant le personnel du Saint-Siège ne sont aussi pas consultables. Le secret protège enfin toutes les affaires matrimoniales et certains documents que la secrétairerie d’État ne souhaite pas révéler.

Ce qui ne se trouve pas dans les archives

Dans le livre sont énumérés nombre de faits historiques, mais aussi des légendes des plus farfelues – et tenaces – concernant ce qui se cacherait dans les archives des papes. L’une des histoires les plus récurrentes est celle de la présence de l’or des Nazis dans les sous-sols du Vatican, qui n’a pourtant aucun fondement. Ou encore la présence de la Menorah – chandelier à sept branches – du premier Temple de Jérusalem, qui avait été volée par l’empereur Vespasien et que les papes auraient récupérée.

Les archives, assure le préfet, ne possèdent pas ces trésors. Elles ne possèdent pas non plus le “Titulus crucis“, cette pancarte portant l’inscription “INRI” qui fut attachée au-dessus de la Croix, et aucune relique “secrète” du Christ afin de conserver son ADN, comme certains esprits imaginatifs ont pu l’affirmer. Mgr Pagano précise aussi qu’aucune étagère n’abrite des “crânes de martiens gris”. Sur un terrain plus sérieux, l’archiviste assure qu’il n’y a “pas une ligne” concernant ce qui est advenu à Emanuela Orlandi, une fille d’un employé du Vatican disparue mystérieusement en 1983.

L’origine de toutes ces légendes ? Le vieil archiviste pointe du doigt les très nombreuses publications romanesques qui ont fleuri depuis des siècles avec pour cadre les archives vaticanes. Ces œuvres, qui s’arrangent allègrement avec la vérité historique – comme Le Vicaire de Hochhuth ou le Da Vinci Code de Dan Brown – ont rencontré beaucoup de succès et désinformé des générations de lecteurs, affirme-t-il. 

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