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Ils avaient épousé la France

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Amaury Cornu / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Le couple Manouchian est entré au Panthéon le 21 février 2024, 80 ans jour pour jour après la mort de Missak Manouchian.

Michel Cool - publié le 24/02/24

Notre chroniqueur Michel Cool revient sur l’accueil de la dépouille des résistants Missak et Mélinée Manouchian au Panthéon. Une cérémonie qui rend hommage à l’engagement de ces étrangers qui avaient choisi d’épouser la France.

Nous avons regardé à la télévision la cérémonie d’entrée au Panthéon de Missak et Mélinée Manouchian avec nos petits-enfants. Ils sont âgés de 10 et 13 ans. Nous avons passé ensemble trois longues heures d’attention et d’émotion. Des images et des paroles se graveront probablement dans leurs mémoires. Dans leurs consciences aussi. Ils nous ont beaucoup interrogés sur la guerre, le nazisme, la Résistance. Nous, nous avons beaucoup reçu de leurs silences. Quand le chanteur du groupe Feu Chatterton a repris la chanson de L’Affiche rouge, composée par Léo Ferré à partir d’un texte de Louis Aragon, mon petit-fils a soudain saisi ma main : “Bonheur à tous, bonheur à ceux qui vont survivre. Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand.” La force invincible de la poésie est de traverser les générations en les touchant en plein cœur.

Ils avaient épousé la France

Cet hommage national m’a fait penser à une citation d’André Malraux. L’écrivain s’était engagé dans les Brigades internationales pendant la guerre d’Espagne de 1936-1939. Elles recrutaient des volontaires étrangers pour se battre aux côtés des républicains contre l’armée de Franco soutenue par l’Allemagne nazie. En faisaient partie des résistants FTP-MOI du groupe Manouchian qui seraient fusillés dans la clairière du Mont-Valérien le 21 février 1944. Quatre-vingts ans plus tard, jour pour jour, le 21 janvier 2024, la France reconnaissante leur rendait hommage sur la montagne Sainte-Geneviève. En 1959, alors ministre de la Culture, Malraux avait lancé du haut de l’Acropole d’Athènes, berceau de la démocratie et de la civilisation occidentale, une de ses tirades dont il avait le génie : “La France, n’est jamais plus grande que lorsqu’elle l’est pour tous les hommes.”

En criant, “la France”, avant de s’abattre sous la rafale du peloton d’exécution, ils ont rappelé pour la postérité l’unique objet de leur sacrifice : l’amour de notre pays.

Le sens de cette citation ? Manouchian et ses camarades étaient des étrangers restés apatrides malgré leurs désirs profonds de devenir Français. Leurs ennemis occupants et collaborateurs les traitaient de “métèques”, pour attiser la peur et la répulsion de l’opinion. Ils étaient en plus “coupables” d’être communistes et résistants. Mais ces ouvriers immigrés portant des noms d’origine juive, arménienne, polonaise, hongroise, espagnole, italienne ont cependant incarné la grandeur de la France selon l’idéal de Malraux. En versant leur sang pour elle, ils ont épousé la France. Ils ont agrandi son visage aux dimensions d’une fraternité sans frontières, universelle. En criant, “la France”, avant de s’abattre sous la rafale du peloton d’exécution, ils ont rappelé pour la postérité l’unique objet de leur sacrifice : l’amour de notre pays. Ces “Français de préférence”, comme les a surnommés Louis Aragon, sont morts pour une certaine idée de la France, avouons-le, probablement supérieure à la nôtre. Si j’en avais eu la formidable audace, j’aurais aimé aller écrire les mots de Prévert, “J’écris ton nom, liberté”, sous les portraits de Manouchian et de ses vingt-trois compagnons d’armes placés sur le seuil du panthéon. La force invincible de la poésie est de relier des êtres que le temps et l’absence séparent.

L’expression laïque d’un besoin de sacré

Ces “liturgies” républicaines sont une spécialité française. On s’étonne ailleurs de notre penchant singulier pour ces commémorations nationales à grand spectacle. Certains analystes veulent y voir le signe de notre mal incurable à tourner la page d’une histoire douloureuse et glorieuse : les Français seraient d’invétérés nostalgiques. Dans un essai brillant, paru il y a quelques années, Régis Debray analysait cet engouement commémoratif comme l’expression laïque d’un besoin national de sacré. Toujours est-il que ces “liturgies” républicaines sont remarquables par leur capacité à rendre le passé présent. Elles manifestent la reconnaissance de la Nation à des hommes et à des femmes dont la vie a contribué à donner du sens à la République. Ces cérémonies tendent à rendre un “service pour le bien commun des citoyens” : c’est justement la définition donnée par le grec ancien au mot liturgie.

Le plus important à retenir de ces “communions humaines” ? Elles nous réunissent dans un élan de dépassement et de ferveur. Comme l’art, disait encore Malraux, ces commémorations nationales aident à “donner conscience aux hommes de la grandeur qu’ils ignorent en eux”. Retrouver cette foi en chacun de nous n’est pas vain en ce temps de disettes d’espérance et de confiance. À un chrétien digne de ce nom, cet appel à parier sur l’intelligence, le courage et donc sur la grandeur humaine, n’est pas sans devoir lui rappeler cette exhortation incessante qui parcourt tout l’Évangile : “Va, t’a foi t’a sauvé.”

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