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C’est à lui qu’on doit la célèbre hymne “Ubi caritas et amor, Deus ibi est”

PAULINUS OF NOLA

Public Domain

Saint Paulin d’Aquilée.

Anne Bernet - publié le 10/01/24

Pourfendeur d’hérésies, conseiller de l’empereur Charlemagne, le patriarche Paulin consacra sa vie à défendre la foi. Il est l’auteur peu connu du plus connu des hymnes : "Ubi caritas et amor, Deus ibi est." L’Église le fête le 11 janvier.

Lorsque Paulin devient, en 777, patriarche d’Aquilée, cette grande et prospère cité, jadis surnommée “le verrou de l’Italie”, n’existe plus. Cible privilégiée des envahisseurs depuis le IVe siècle, “le verrou” a si souvent sauté qu’un temps est venu où la population, ou ce qu’il en reste, découragée, a préféré abandonner les ruines dix fois reconstruites et aller voir ailleurs. Réfugiés dans une lagune parsemée d’îlots qui les protège des attaques, les fuyards y édifieront l’une des merveilles du monde : Venise. Quant au siège patriarcal d’Aquilée, il a été déplacé à Frioul. 

Français, germain ou italien ?

Paulin est-il italien ? Son nom latin le laisse supposer mais, pour de vieilles raisons de rivalités territoriales ou des haines recuites, beaucoup se sont longtemps refusé à l’admettre. Certains ont soutenu qu’il était lombard, issu de ce peuple d’origine scandinave qui, au VIe siècle, a brûlé Milan, assiégé Rome, avant de se tailler des royaumes dans le Bénévent moderne et le nord de l’Italie devenu Lombardie. D’autres historiens, à la fin du XIXe siècle, ont même risqué une hypothèse certes patriotique mais insoutenable, faisant naître Paulin, à une date indéterminée entre 730 et 740, à Strasbourg, donc français, tandis que leurs confrères allemands, tout aussi patriotes et impartiaux, le naturalisaient, eux, germain de bonne souche, le faisant naître en Austrasie mais du “bon côté”, le leur, du Rhin… Au vrai, peu importe et la raison conseille de le laisser aux Italiens.

Ce qui est sûr, c’est qu’au début des années 770, Paulin, universitaire, enseigne en Italie les Lettres profanes, se faisant remarquer par l’immensité de son savoir en de nombreuses matières, talent qui lui vaut le surnom élogieux de Lux Ausoniae, Lumière de l’Ausonie, nom poétique de l’Italie. L’époque n’est pas spécialement calme. En effet, bien qu’il ait épousé sa fille, la princesse Désirée, Charlemagne est en conflit avec Didier, roi des Lombards dont il se débarrasse en le déposant puis l’envoyant mourir dans la forteresse de Corbie avant de récupérer ses terres.

Défenseur de la foi

C’est dans ce contexte qu’en 776, Charles, visitant ses nouveaux territoires, fait la connaissance de Paulin en qui il voit un conseiller potentiel en même temps qu’un appui pour asseoir sa popularité auprès des élites italiennes, ce qui explique qu’il lui fasse don d’un domaine arraché à Didier et que Paulin accepte, ce qui prouve qu’il n’est pas lombard. Apparemment satisfait de l’universitaire, qu’il souhaite attirer à sa cour, Charles fait de lui l’année suivante le patriarche d’Aquilée. L’on pourrait le craindre arriviste ou prélat de cour, mais, si Paulin accepte, en effet, de devenir, essentiellement par lettres, l’un des conseillers ecclésiastiques du roi, des plus écoutés en raison de ses vertus et son sens de la justice, il ne perd jamais de vue son véritable rôle de défenseur de la foi, pasteur et évangélisateur.

C’est dans la défense du dogme catholique que le patriarche d’Aquilée s’illustre.

S’inscrivant, certes, la coercition en moins, dans la politique de conversion plus ou moins forcée que Charles met en œuvre dans les régions germaniques encore païennes, Paulin envoie des missionnaires dans les anciennes provinces romaines de Norique et Rhétie, dans l’Autriche actuelle, et tente de conduire au Christ le peuple avare, parmi les plus redoutés des Barbares. Cependant, c’est dans la défense du dogme catholique qu’il s’illustre. Après avoir réuni un concile provincial à Aquilée, en 791 afin de réfuter ceux qui remettent en cause le titre de Mère de Dieu donné à Marie, il assiste chaque année ou presque aux conciles provinciaux organisés ailleurs. En 792, il est à celui de Ratisbonne, puis à celui de Francfort en 794 où il fait condamner les thèses de deux prélats espagnols, Élipand de Tolède et Félix d’Urgel, soutiens du dogme adoptianiste qui refuse l’affirmation du Credo de Nicée, Jésus “Dieu né de Dieu, vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré et non pas crée”, le prétendant fils “adoptif”. Il consacrera trois ouvrages à la question, qui font partie de ses rares écrits à nous être parvenus dans leur intégralité, preuve de leur succès et de leur diffusion, dont un consacré à la sainte Trinité

« Où sont amour et charité »

En 802, alors que ses forces déclinent, il participe encore au concile réuni à Aix-la-Chapelle avec titre de légat pontifical accordé par le pape Léon III. C’est à cette occasion qu’il se lie d’amitié avec un personnage central de l’entourage impérial, Alcuin, d’une génération son cadet, qui lui manifeste dès lors une affection quasi filiale. Proche du souverain, Alcuin relaie l’année suivante l’appel fait, à la fin du concile d’Altino, par Paulin devant l’empereur contre le doge de Venise : celui-ci avait assassiné le patriarche Jean de Grade qui avait osé dénoncer ses scandales et ses mauvaises mœurs, au nom de la défense du principe d’immunité accordé à l’Église et à ses représentants. 

Ce sera son ultime succès. Paulin d’Aquilée s’éteint dans son diocèse le 11 janvier 804. Ce n’est cependant ni pour son rôle politique ni pour son épiscopat qu’il demeure connu mais comme auteur d’hymnes dont sept nous sont parvenues, dont celle des matines de la fête de la saint Pierre aux liens, et surtout de celle du Jeudi saint, Ubi caritas et Amor, ibi Deus est – “Où sont charité et amour, Dieu est là” , si populaire encore qu’elle a prêté sa jolie mélodie à un bénédicité bien connu : “Bénis, Seigneur, le labeur des paysans de France.”

Tags:
Saints
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