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Un Dieu Trinité, qu’est-ce que cela change ?

TRINITE

© Julian Kumar / Godong

La Trinité, le Retable de Boulbon, vers 1450.

Père Nathanaël Pujos - Publié le 25/02/21

Reconnaître en Dieu la Trinité, ce n’est pas jeter un regard indiscret sur le secret de Dieu, c’est découvrir son vrai Visage et comprendre comment nous pouvons nous insérer dans sa vie. La Trinité illumine tout amour humain, qui ne peut être amour sans être à sa façon « trinitaire ».

« Dieu est amour » (1Jn 4, 8) : voici l’ultime parole que nous pouvons avoir sur Dieu. Il y a cependant deux manières de la comprendre. Interpréter « amour » comme « bonté » nous fait saisir Dieu comme « l’inconditionnellement bon », « l’infiniment bienveillant », et il l’est pour l’homme sa créature et son ami. « Bonté » y est alors un attribut divin qui vient s’ajouter et même couronner les autres perfections divines : éternel, tout-puissant, omniscient, juste, etc. Dieu est « le miséricordieux » et c’est là son attribut suprême. En Luc 15, la parabole du fils prodigue décrit de manière bouleversante combien Dieu aime, accueille et pardonne encore et encore, sans aucune idée du mal, et plus encore Il y trouve toute sa joie. Cette parabole est encore plus poignante si l’on songe que c’est Dieu lui-même qui nous la livre (en Jésus), y exprimant sa « souffrance » devant le fait que son amour ne soit pas mieux compris par les hommes, ses enfants. À ce titre, elle est le cœur de l’Évangile du Christ, qui révèle l’amour infini du Père pour nous.

Dieu est-il trois fois bon ?

Cette première interprétation est correcte mais insuffisante. Elle se heurte à trois difficultés immédiates. Cette première conception, pour juste qu’elle soit, se voit opposée rapidement deux limites. D’abord, elle est difficile à défendre face au scandale du mal, plus vivement perçu que jamais depuis le siècle passé. Accommoder la bonté divine et sa toute-puissance à l’horreur du mal rend bien inconfortable toute théodicée [la justification de Dieu par la raison, Ndlr], et s’ouvrent alors à tort dans la bienveillance divine les brèches faciles du soupçon. Si Dieu est amour, pourquoi permet-il le mal ? La seconde limite est plus immanente à notre foi chrétienne : cette compréhension rend superflue la trinité des personnes divines, dont elle n’a pas fondamentalement besoin. Dieu est fondamentalement bon pour nous, et qu’il soit trine n’y change pas grand-chose : il pourrait tout aussi bien être un Dieu en une seule personne, ou quatre ou sept ! « Il est trois fois bon et c’est bien comme ça ! », se dit alors le chrétien plein de bonne volonté, conscient qu’il doit à ce dogme central de sa foi la soumission religieuse de son intelligence et de sa volonté, plus encore l’adhésion de sa foi théologale, foi indiscutable certes mais non questionnée et souvent incomprise. La troisième limite, qui n’est pas la moins importante : si Dieu est amour au sens où il aime les créatures, cela veut dire qu’il n’est pas intrinsèquement amour, qu’il ne le devient qu’avec la création.

Un mystère incompris des chrétiens eux-mêmes

Comprendre la profondeur de l’amour de Dieu doit impérativement nous renvoyer à la Trinité. Voici ce que le Catéchisme (n. 234) dit du mystère de la Trinité : « Le mystère de la Très Sainte Trinité est le mystère central de la foi et de la vie chrétienne. Il est le mystère de Dieu en lui-même. Il est donc la source de tous les autres mystères de la foi ; il est la lumière qui les illumine. Il est l’enseignement le plus fondamental et essentiel dans la hiérarchie des vérités de foi. »

Oublier la Trinité et s’arrêter à comprendre Dieu comme simplement « l’infiniment miséricordieux », la « bonté absolue » revient à ignorer ce qui est le propre et le spécifique de notre foi chrétienne.

Pourtant, interrogés sur la Trinité, nous répondons souvent : « C’est un mystère ! », et nous ne savons pas tellement quoi ajouter. Mais on ne peut s’arrêter là. Il y a beaucoup à dire. Mystère ne signifie pas « irrationnel », mais supra-rationnel. Les mystères révélés ont une intelligibilité a posteriori, et la raison, guidée par la foi, se doit de les interroger, de les contempler et aussi de les décrire autant que possible. Bref, oublier la Trinité et s’arrêter à comprendre Dieu comme simplement « l’infiniment miséricordieux », la « bonté absolue » revient à ignorer ce qui est le propre et le spécifique de notre foi chrétienne. C’est ce que nous faisons souvent, et comme l’écrit le cardinal Kasper (Le Dieu des chrétiens, 1985), nous vivons souvent notre foi sur un mode simplement « tri-théiste », c’est-à-dire en croyant en « trois dieux » que nous prions tour à tour (ou non) selon nos besoins, nos dévotions ou sensibilités — là où « prier » devrait signifier s’adresser au Père par le Fils grâce à l’Esprit. Le théologien Bruno Forte parle alors à juste titre d’« exil de la Trinité » pour signifier cet abandon progressif de la compréhension du mystère trinitaire par le chrétien. La mondialisation cependant, et la confrontation qu’elle provoque avec d’autres religions (l’islam principalement) induisent une conscientisation salutaire de ce « malentendu trinitaire » et de l’état de notre foi chrétienne. Bref, il est urgent de comprendre ce que signifie et implique croire en « un Dieu en trois personnes ».

Dans la Trinité, chaque personne est don

La seconde manière de comprendre « Dieu est amour » redonne à la Trinité sa place centrale. Elle applique « amour » à Dieu en représentant son être même comme mouvement, comme donation interpersonnelle, auto-communication, dynamisme d’un être-ensemble. Dans la Trinité, chaque personne est relation, c’est-à-dire don, et rien d’autre et le nom même des trois personnes divines qualifie leurs relations. Il faut se représenter Dieu-Trinité non d’une façon trithéiste, non comme un Dieu « tripolaire » mais comme un événement continuel de l’amour, un dynamisme d’auto-donation et d’intégration, un espace lisse en termes de parcours du père au Fils et retour, du père à l’Esprit par le Fils et retour. La compréhension juste de Dieu-Trinité veut distribuer la divinité comme espace en mouvement au lieu de la répartir spatialement entre les trois. « Dieu n’est pas solitude infinie, mais éternel évènement d’amour », proclamait le saint père Benoît XVI durant les vêpres de Pentecôte en 2006 sur la place Saint-Pierre. Il n’est pas l’éternel solitaire, si bienveillant soit-il. Au contraire, il n’est que don et joie infinie. Don et rien d’autre. En lui-même, puis pour nous.




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Ainsi, remarquez que les noms des trois personnes divines ne sont pas des noms personnels (Jean, Jacques et Paul, par exemple) mais des noms qualifiant des relations (père, fils), donc chaque personne divine reçoit son identité de sa relation aux deux autres, totalement. Chacune d’elles se définit et se reçoit d’une autre. Le Père est paternité, toute en référence au Fils qu’il engendre éternellement, et il n’est rien en-deçà de cette paternité. Le Fils est tout entier dans sa relation filiale et aimante au Père, dont il se reçoit totalement et éternellement. L’Esprit commun au Père et au Fils n’est rien d’autre que cette communion d’amour entre eux. Bref, là où nous — humains — possédons notre identité propre sur laquelle se greffe par la suite toute une série de relations (« fils de », « époux de », « ami de », « père de », etc.), les trois personnes divines ne sont rien d’autre que ces relations d’amour, relations que saint Thomas d’Aquin qualifie du coup de « subsistantes ». Chaque personne divine est toute entière dans le don qu’elle est (et non qu’elle fait) aux deux autres personnes, et elle n’est rien en-deçà de ce don. S’il y avait « quelque chose subsistant en deçà », nous aurions trois dieux, et non un.

C’est ainsi qu’il y a « une place pour nous » en Dieu

Le Concile de Tolède XI (673-676) décrit avec prudence le mode de ce « pluriel » en notre Dieu un : « Cette sainte Trinité, qui est un seul vrai Dieu, n’est pas hors du nombre mais elle n’est pas enfermée dans le nombre. » Parce qu’il y a — d’une certaine façon — une « pluralité » en Dieu (pluralité de personnes), Dieu peut se communiquer « hors de lui-même » sans se perdre dans ce don, dans cette auto-communication de son être. C’est ce qu’il fait dans la création, puis dans l’incarnation, enfin dans la rédemption. Parce qu’il est Trinité, il est don en lui-même (entre les trois personnes), et du coup il peut être don hors de lui-même (dans la création et la rédemption).

Sans une certaine pluralité au sein même de l’unité divine, Dieu ne pourrait avoir créé un monde extérieur à lui-même, comme c’est le cas, ni des libertés humaines capables de s’opposer à la sienne par exemple. Il n’y aurait pas de place pour un monde authentiquement extérieur à Dieu (une « création »), et l’univers ne pourrait être qu’une émanation de Dieu lui-même (comme le croient les religions panthéistes). De même, parce qu’il est un Dieu en trois personnes, Il est ce Dieu dont la trinité des personnes permet qu’il vienne à nous sans se perdre. C’est ce qu’il a fait par le Fils. L’incarnation de la deuxième personne de la Trinité est ce don gratuit que Dieu fait de lui-même, pour nous ramener à lui et nous accueillir dans l’intimité d’une relation aimante qui est son être trinitaire même. Dieu n’est pas seulement auto-communication en lui-même, mais également vers nous et pour nous. Chacune des trois personnes étant totale donation, et rien d’autre que ce don, Dieu est en lui-même désir, si bien qu’il peut aussi l’être également du créé, à commencer par les libertés humaines qu’il peut susciter, qu’il délivre, et finalement embrasse.

Dieu est amour signifie essentiellement qu’Il est Trinité, un en trois personnes, et parce qu’il est tel, il est en-soi relation, auto-communication, don de soi.

Reconnaître en Dieu la Trinité, ce n’est pas jeter un regard indiscret sur le secret de Dieu, c’est découvrir son vrai visage et comprendre comment nous pouvons nous insérer dans sa vie. La Trinité illumine jusqu’à notre amour humain ici-bas, qui se doit d’être ouvert au tiers. C’est le mystère de notre Salut. Dieu est amour signifie essentiellement qu’Il est Trinité, un en trois personnes, et parce qu’il est tel, il est en-soi relation, auto-communication, don de soi. Dès lors, Dieu a la possibilité de se communiquer à nous, de se donner lui-même. La Trinité divine ouvre la possibilité pour la création. Elle nous ouvre un « espace » en Dieu, qui est celui de cette distinction des personnes.

Cet espace pour nous en Dieu, c’est le fils

Nous fûmes créés « à son image », à l’image du Fils, à l’image de la deuxième personne divine. L’humanité est ce que Dieu pouvait assumer sans altérer sa nature divine. En des mots moins rigoureux, son Fils est ce que le Père avait en tête lorsqu’il a créé l’homme. Le Christ — parfait Adam — est «  à la place que nous occuperons » en Dieu : « Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous […] Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi…» (Jn 17, 21). Ce « là où je suis » est l’espace possible et gagné pour nous au sein de la Trinité. La seconde personne de la Trinité (le Fils) est notre résurrection, notre paradis, notre vie éternelle. « Je suis la résurrection et la vie » dit Jésus (« je suis… » et non « j’apporte… »).

Il n’est pas un mystère incompréhensible et in-questionnable que nous devons accepter dans la foi : c’est le mystère même de la possibilité de notre être et de notre insertion en Dieu

Nous sommes fils dans le Fils. Uniquement. Au ciel, nous serons dans le Christ, c’est-à-dire « participants » totalement de la relation d’amour filial qu’il est au Père (2Ps 1, 4), et nous recevant totalement du Père, par l’Esprit saint. Voilà notre place au sein de la Trinité. Voilà notre incroyable destinée. Sans la Trinité des personnes dans l’amour divin, pas de place pour nous. Nous ne serions même pas là à lire cet article. « Toute l’histoire du Salut n’est autre que l’histoire de la voie et des moyens par lesquels le Dieu vrai et unique, Père, Fils et Saint-Esprit, se révèle, se réconcilie et s’unit les hommes qui se détournent du péché » (CEC, 234). Ainsi, le mystère de la Trinité n’est pas une connaissance stérile et extérieure à nous, comme la connaissance du nom d’une galaxie lointaine. Il n’est pas un mystère incompréhensible et in-questionnable que nous devons accepter dans la foi : c’est le mystère même de la possibilité de notre être et de notre insertion en Dieu (cette insertion qui est notre Salut).

La Trinité est source mais aussi modèle de tout amour

Pour nous ici-bas, il en résulte que l’amour a lui-même une structure ternaire. Tout amour humain, pour être parfait, ne peut être simplement binaire (entre deux personnes). Il doit être « trine » : inclure le tiers. Là réside la paix du cœur : « contempler la Trinité pour vaincre l’odieuse discorde du monde », disait saint Serge de Radonez (1314-1392). Redécouvrir la trinité de l’amour est plus nécessaire que jamais : un amour binaire (uniquement entre un « je » et un « tu », sans l’ouverture à un « il ») n’est souvent qu’une recherche intéressée et déguisée de soi-même, un « narcissisme à deux » : « Je t’aime tant que tu m’aimes. J’aime que tu m’aimes ». Ainsi, Sartre disait de l’amour : aimer quelqu’un, c’est vouloir que l’autre m’aime (et donc vouloir que l’autre veuille que je l’aime, etc.). Quelle triste définition, quelle aporie, et quel manque de fécondité et d’ambition.




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Il s’agit donc de « ré-évangéliser l’amour ». C’est la grande intuition de saint Jean-Paul II pour la nouvelle évangélisation, et pour cela, il faut y inclure la Trinité comme source mais aussi modèle de tout amour. On est en effet en droit de se demander si le narcissisme libéral du siècle présent (et ses déclinaisons : individualisme, matérialisme, relativisme, communautarisme, transhumanisme, gender, etc.) — tout comme les grands totalitarismes du siècle passé — n’expriment pas la même négation fondamentale de l’altérité comme telle. Seule une affirmation assumée et pacifiée de son identité propre permet l’accueil de l’autre dans son altérité véridique, et dans un second temps l’enrichissement, la fécondation (l’intégration du tiers) qui découlent alors naturellement de ce face à face authentique. Comme l’écrit si bien Joseph Ratzinger, « un reflet du mystère éternel illumine l’amour humain réciproque » (La Mort et l’au-delà, p. 164). La Trinité nous dit quelque chose de comment nous devons aimer. Voyons donc comment l’amour trinitaire imprime sa marque sur nos amours humains, pour nous-mêmes, notre prochain, Dieu et son Église.

Impossible de s’aimer… sans être trois

La perfection dans l’amitié suppose que celle-ci n’accapare pas narcissiquement pour soi l’ami, mais s’ouvre au tiers. Richard de Saint-Victor, essayant de trouver une image de la Trinité, la décrit de la façon suivante : Dieu est amour en lui-même (sans avoir besoin de nous), ce qui implique qu’il y ait déjà en lui-même un « aimant » et « une personne à aimer ». Or la perfection de l’amour veut en outre que ceux qui s’aiment à la perfection désirent qu’un autre soit autant aimé qu’eux-mêmes le sont l’un de l’autre. Il faut donc qu’ils aient un être-aimé-ensemble, l’Esprit Saint). Ne pas supporter un tiers « être-aimé-ensemble » serait signe d’une grande imperfection dans l’amour. C’est la caractéristique d’une amitié saine que d’être ouverte au tiers. Sinon, si la relation d’amitié est exclusive et malsaine, comme on le voit souvent entre adolescents, et elle n’est qu’une recherche narcissique de soi-même. C’est simplement moi que j’aime en l’autre et non l’autre en lui-même ; c’est l’amour que l’autre a pour moi que j’aime en lui. C’est en ce sens que l’amitié parfaite rend libre : elle n’accapare pas, elle est ouverte au tiers, et cherche le bien de l’aimé. Pensez à Jean le Baptiste, l’ami de l’époux : il pointe du doigt le Christ à ceux qui le cherchent (Jn 1, 29) : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. […] Il faut que je diminue et qu’il grandisse » (Jn 3, 30).


WEDDING, RINGS

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Ce qu’il y a de fabuleux dans le sacrement de mariage

De même dans le mariage, la perfection dans l’amour sponsal suppose la fécondité, c’est-à-dire l’ouverture de cet amour sur l’enfant. Pas de mariage ouverture à la fécondité. C’est ce que rappelle le Catéchisme (n. 1604) : « Cet amour que Dieu bénit est destiné à être fécond et à se réaliser dans l’œuvre commune de la garde de la création : “Et Dieu les bénit et il leur dit : Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la” (Gn 1, 28). » L’amour des époux est voué à s’ouvrir sur l’enfant (quand c’est naturellement possible, bien sûr). « Vous serez une seule chair » dit Dieu à Adam et Ève : cette chair commune, c’est l’enfant, finalité de l’amour entre l’homme et la femme. Durant la célébration du sacrement du mariage, il est ainsi demandé aux futurs époux : « Êtes-vous prêts à accueillir les enfants que Dieu vous donne et à les éduquer selon l’Évangile du Christ et dans la foi de l’Église ? » Dans la relation amoureuse (et érotique), comment puis-je sans m’absorber dans le « tu » aimé et sans m’y perdre, rester moi-même, « je » ? Comment le moi peut-il rester moi dans un toi sans revenir narcissiquement à soi ? C’est possible dans la fécondité, l’apparition du tiers. La paternité ou maternité est la relation avec un étranger (l’enfant) qui, tout en étant autrui, est moi. Et cette nouvelle relation (à l’enfant) sauve la relation première qui en est l’origine (l’amour sponsal).

Toute vie spirituelle est aussi ouverte au tiers

Même l’amour que nous avons pour Dieu doit s’ouvrir au tiers. C’est vrai au niveau individuel (notre vie spirituelle doit être contemplative et apostolique), et aussi au niveau ecclésial (l’Église est en soi missionnaire et évangélisatrice). Notre vie spirituelle ne peut se réduire à une petite intimité close entre « moi et mon Dieu ». Elle aussi doit être trine, ouverte au tiers. Ma foi doit être « opérante par la charité » (Gal 5, 6), et mes actions doivent témoigner de l’amour que j’ai pour Dieu. « Si quelqu’un dit : J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur ; car celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas ? », dit saint Jean (1Jn 4, 20). Et n’imaginons pas que les vocations contemplatives ne soient pas confrontées à la même exigence : la vie contemplative est également une vie communautaire, où l’amour fraternel entre moniales (ou moines) tient une place essentielle. L’Histoire d’une Âme, de sainte Thérèse, en offre un bon témoignage, ou simplement la règle de saint Benoît. Personne ne se sauve seul. Les ermites eux-mêmes portent le monde entier dans leur prière (et pas seulement leur salut propre), et leur vocation d’ermite est du reste discernée par l’Église après des années de vie ecclésiale s’assurant de leur charité.

L’Église n’est pas le petit club fermé des élus qui aiment Dieu et sont sauvés. Elle doit inclure dans cet amour qu’elle a pour son époux tous ceux qui veulent s’y joindre.

Ce qui est vrai pour notre vie spirituelle (individuelle) l’est à plus forte raison de l’Église comme un tout : elle est l’Épouse du Christ, mais appelée par nature à évangéliser ceux qui ne le connaissent pas. « Allez, et de toutes les nations, faites des disciples » dit Jésus aux apôtres à son Ascension. L’Église n’est pas le petit club fermé des élus qui aiment Dieu et sont sauvés. Elle doit inclure dans cet amour qu’elle a pour son époux tous ceux qui veulent s’y joindre. Ainsi encore récemment le rappelle le pape François, dans l’exhortation Evangelii Gaudium (n. 49) : « Sortons, sortons pour offrir à tous la vie de Jésus-Christ. Je répète ici pour toute l’Église ce que j’ai dit de nombreuses fois aux prêtres et laïcs de Buenos Aires : je préfère une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Église malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités. »


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