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Saint Ambroise ou le rêve d’un empire catholique

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Philippe Lissac / Godong

Basilique de Sant'Ambrogio, Milan. Retable de Camillo Procaccini (1551-1629) représentant Saint Ambroise arrêtant l'empereur Théodose aux portes de la basilique après le massacre de Thessalonique en 390 après J.-C.

Anne Bernet - publié le 06/12/23

Grand serviteur de l’Empereur, devenu évêque, Ambroise n’aura qu’une ambition : établir les droits de Dieu et de l’Église sur Rome, unique moyen de délivrer l’Empire des tares qui le rongent. L’Église le fête le 7 décembre.

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Héritier d’une famille de grands serviteurs patriciens de l’État, lui-même entré tôt dans la haute fonction publique, Aurelius Ambrosius est promis à un rôle de premier plan. Gouverneur de Ligurie-Émilie, il devient par surprise en décembre 374, évêque de Milan. Le nouveau prélat n’en nourrit pas moins des vues politiques, non par ambition personnelle, mais pour le bien commun.

Conscience de l’Empire

Son objectif ? Régénérer, en le christianisant pour de bon, un Empire romain gangrené par le lucre, la luxure, la corruption, les malversations, menacé par l’appartenance de l’impératrice Justine à l’hérésie arienne, les tentatives de mainmise du souverain sur l’Église, l’influence d’un parti païen encore puissant en quête d’une revanche sur les chrétiens, l’omniprésente menace barbare. 

Face à ces périls, Ambroise dresse la croix et l’évangile, quitte à se faire de puissants, nombreux et dangereux ennemis. Mais, élevé dans le culte des martyrs, le prélat dont la devise épiscopale pourrait être : « À Dieu ma préférence » ne reculera jamais. Malgré les difficultés, véritable conscience de l’Empire, conseiller détesté parfois, respecté toujours, de la dynastie valentinienne, il semblera souvent soutenir à lui seul la grandeur chancelante de Rome. Sa mort prématurée, le soir de Pâques 397, a-t-elle changé le cours de l’histoire, et empêché la survie de l’Empire romain d’Occident ? Peut-être…

Repéré pour sa probité

En 341, le père d’Ambroise, préfet du prétoire d’Occident, chargé d’administrer Gaule, Espagne, Belgique, Germanie, Bretagne insulaire, meurt, victime des querelles des fils de Constantin, quelques mois après la naissance de son cadet à Trèves. Ce drame ne nuit pas à Ambroise et son aîné, Satyrus, car les réseaux familiaux de l’aristocratie catholique sont puissants. En 366, les garçons sont nommés avocats à la cour centrale de justice de Sirmium en Pannonie seconde, poste difficile où leurs compétences et leur inentamable probité, les signalent à l’attention de leur protecteur, Probus, tout-puissant préfet du prétoire d’Italie. L’homme est pourri mais a le sens de l’État. Désireux de supprimer des abus dont il est, au demeurant, le premier à profiter, il ambitionne une grande « opération mains propres » et cherche sur qui s’appuyer pour le seconder. 

En quelques jours, Ambroise reçoit baptême, ordination sacerdotale, sacre épiscopal.

Voilà comment, en 370, Ambroise est nommé gouverneur de Ligurie-Émilie, poste qui le confronte à la misère sociale de son temps et au féroce égoïsme des riches, fléau contre lesquels il ne cessera, devenu évêque, de s’insurger. À la mort de l’évêque de Milan, Auxence, dernier prélat arien d’Italie, Ambroise se voit contraint de lui succéder, alors qu’il n’est même pas baptisé. En quelques jours, il reçoit baptême, ordination sacerdotale, sacre épiscopal. Dans l’esprit de Probus, désireux de ménager le parti arien, il s’agit d’un habile arrangement diplomatique, Ambroise passant pour un catholique tiède qui ne gênera personne. Erreur ! 

Un geste d’une audace folle

Puisque l’empereur, en le forçant à accepter l’épiscopat, l’a libéré de l’obéissance qu’il lui devait et mis au service du vrai Maître, Ambroise ne travaillera plus désormais qu’à établir les droits de Dieu et de l’Église sur Rome, unique moyen de délivrer l’Empire des tares qui le rongent. Décidé à assumer parfaitement ses obligations épiscopales, Ambroise ose contester au clergé arien la propriété des basiliques milanaises, confisquées aux catholiques, malgré l’impératrice Justine, qui gouverne depuis la mort de son époux. Il défend par ses discours et ses écrits la divinité du Christ niée par les hérétiques, revendique pour les chrétiennes le droit de préférer la vie consacrée au mariage, convainc le jeune empereur Gratien de bannir du sénat la statue de la Victoire, afin que des délibérations chrétiennes ne soient pas présidées par une idole, enseigne, convertit Augustin… 

Ambroise marque la distance entre les droits des princes et ceux de Dieu, agenouillant le pouvoir temporel devant le spirituel.

En 390, il ose excommunier l’empereur Théodose qui s’est rendu coupable d’un épouvantable massacre de civils à Thessalonique pour punir la ville d’avoir assassiné son gouverneur lors d’une émeute. Avant de le réintroduire dans l’Église, il exige qu’il fasse pénitence publique le soir de Noël. Par ce geste d’une audace folle qui aurait pu lui coûter la tête, Ambroise marque la distance entre les droits des princes et ceux de Dieu, agenouillant le pouvoir temporel devant le spirituel. Il donnera ainsi paradoxalement sa légitimité au système monarchique qui n’était jusqu’alors que tyrannie hors de contrôle, mais dont les détenteurs rendront à l’avenir des comptes au Ciel et à ses représentants sur terre, façonnant du même coup le futur visage de l’Occident chrétien.

Le seul but

Certes, en cette fin du IVe siècle, Ambroise ne peut imaginer cet avenir que dans le cadre de cet Empire romain que, par son courage et son exemple, il est en train, en effet, de rendre chrétien tout de bon. Un coup de froid, pris lors d’une tournée pastorale effectuée malgré un printemps glacial et une santé défaillante, le tue, deux ans après le décès de Théodose, anéantissant cette œuvre patiente. L’Empire est laissé aux mains d’adolescents peu doués et de conseillers ambitieux ou désemparés. Quelques années suffiront pour livrer l’Occident aux Barbares qui prendront Rome en 410. Le rêve politique d’Ambroise, lui disparu, n’était pas viable mais sa vision religieuse perdurera ; à terme, elle permettra la renaissance d’une civilisation chrétienne en Europe. Tel était, au vrai, le seul but poursuivi par le grand évêque de Milan.

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