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Saint Satyre, le mal nommé

saint of Milan

Erasmus 89

Sainte Marcelline, saint Ambroise et saint Satyre (de gauche à droite)

Anne Bernet - publié le 16/09/22

Certains prénoms sont difficiles à porter. C’est le cas de celui de Satyre, frère méconnu de saint Ambroise de Milan et de sainte Marcelline de Rome. Cet homme, seul laïc de ce trio canonisé, est pourtant remarquable. Il est fêté le 17 septembre.

Uranius Satyrus, deux prénoms païens inattendus dans une famille de l’aristocratie romaine convertie au christianisme depuis plusieurs générations ! Une famille qui compte dans ses rangs une martyre, la vierge Sotheris, décapitée le 10 février 304 à 16 ans pour avoir refusé d’abjurer. Satyrus, lui, est né à la fin des années 330. Son père, Aurelius Ambrosius, est préfet du prétoire des Gaules, poste qui lui donne la haute main sur le territoire gaulois, la Belgique, la Grande-Bretagne et l’Espagne et fait de lui l’un des hommes les plus puissants de l’Empire. Cela lui attire aussi maints ennemis et, en 341, après l’assassinat de l’empereur Constantin II, Aurelius Ambrosius est liquidé à son tour. 

Il laisse trois enfants en bas âge, une fille, Marcellina, Satyrus, et un nouveau-né, nommé comme lui Aurelius Ambrosius, le futur saint Ambroise. Sa veuve ramène les orphelins à Rome et les élève seule, avec pour ambition d’en faire de grands chrétiens et de grands défenseurs de la patrie. Très tôt, Marcelline désire se vouer au Christ. Elle prend le voile dans la basilique Saint-Pierre, le soir de Noël 353. Elle sera la première consacrée occidentale à rassembler autour d’elle d’autres religieuses, ainsi mises à l’abri des tentations et des dangers du monde auxquels elles se trouvaient exposées quand elles vivaient seules ou restaient dans la maison paternelle, ce qui était jusque-là la règle.

L’avenir des deux garçons est tracé d’avance : ils marcheront sur les traces de leur père. C’est la raison pour laquelle ni Satyrus ni Ambroise, en dépit de la stricte éducation chrétienne dispensée par leur mère, ne reçoivent le baptême : dans l’Église primitive, la confession telle que nous la connaissons n’existe pas, l’accès à la pénitence pour celui qui faute après avoir été régénéré dans l’eau baptismale est très difficile, accompagnée de peines terribles, et non renouvelable… Mieux vaut ne pas s’exposer à retomber dans le péché une fois baptisé et c’est la raison pour laquelle, même dans les familles les plus pieuses, on ne baptise pas les garçons, plus exposés aux convoitises de la chair et, quand ils occupent de hautes fonctions politiques ou militaires, sont obligés de verser le sang, ou d’accepter diverses compromissions incompatibles avec l’Évangile. D’ailleurs, feu Aurelius Ambrosius, quoique catholique de désir et d’éducation, est mort sans avoir été baptisé, ce qui n’étonne personne.

Une carrière d’avocat

En 366, Ambroise et son frère ont achevé leur cursus universitaire et entamé une carrière d’avocats. La justice romaine est gangrenée à tous les niveaux par la corruption et le préfet du prétoire d’Italie, Probus, le sait mieux que personne car cet homme, bien que grand politique, est lui-même le plus corrompu de tous. Il aimerait pourtant, dit-on, nettoyer un peu son administration en mettant aux affaires des hommes nouveaux, aux mains propres. Très vite, son attention est attirée par les jeunes Ambrosii, avec lesquels il cousine lointainement et qu’il prend sous son aile, conquis par le talent précoce d’Ambroise, l’un des orateurs les plus brillants de sa génération. En 368, il les nomme avocats auprès de la cour de justice de Sirmium, en Illyrie, poste difficile à tenir compte tenu de la forte influence des tenants de l’hérésie arienne dans la région qui, dans sa forme extrême, nie la divinité du Christ.

Ambroise ne restera que deux ans à ce poste, inférieur à ses compétences réelles. Dès 370, Probus le nomme gouverneur d’Émilie Ligurie, province frontalière et clef de l’Italie, avec Milan pour capitale. À trente ans, la promotion est remarquable. Moins doué que son cadet, mais travailleur acharné et d’une honnêteté éprouvée, Satyrus se voit confier, lui aussi, un poste en Italie, où il se montre parfaitement compétent, sans se douter que l’élection intempestive d’Ambroise à l’évêché milanais, en novembre 374, va bouleverser sa vie.

Ambroise est nommé évêque

Redoutée de longue date en raison des troubles qu’elle suscitera immanquablement, la mort du vieil évêque arien de Milan, Auxence, pose un problème insoluble : l’empereur Valentinien Ier, catholique, ne saurait nommer évêque d’une capitale impériale un hérétique, mais il ne peut non plus se permettre d’y nommer un tenant trop enthousiaste du credo de Nicée, afin de ne pas mécontenter la puissante minorité arienne, et sa propre épouse, l’impératrice Justine, elle-même arienne. Mais où trouver un prélat qui ne soit compromis ni avec la faction catholique ni avec la faction arienne ? Alors que l’élection épiscopale, en un temps où elle dépend encore du suffrage populaire, menace de tourner au pugilat, Ambroise intervient pour calmer les esprits et, soudain, dans la foule, un enfant s’écrie : « Ambroise évêque ! » Aux yeux des autorités, c’est en effet la solution rêvée et peu importe que ce magistrat intègre et apprécié de ses administrés, ne soit toujours pas baptisé… 

Conscient que telle est la volonté divine, Ambroise finit par se résigner et accepte l’évêché milanais. La place est éminemment politique, il ne l’ignore pas, car l’évêque a l’oreille de l’empereur, dont il est un conseiller privilégié, et l’on s’y attire de nombreuses haines. En ces commencements qui s’annoncent difficiles, celle-ci exige quelqu’un de confiance, et qui de mieux pour cela qu’un frère ?

Bataille contre la corruption

En cette année 375, Satyrus est fatigué de cette carrière administrative et du monde politique dont, comme il l’a compris depuis longtemps, la réforme est impossible. Toujours célibataire, d’une pudeur et d’une chasteté qui démentent son prénom et font rire les mondains, il envie Marcelline et Ambroise d’avoir su choisir le service du Christ. L’offre de son cadet de venir le rejoindre à Milan et de prendre en charge la partie administrative de la gestion épiscopale lui semble providentielle. Pourtant, Satyrus n’envisage pas d’entrer dans les ordres ; il reste un laïc, ne renonce pas à la bonne chère, l’une de ses faiblesses, ni à la compagnie d’amis choisis avec lesquels il aime discuter à longueur de soirée, ni au sport, qu’il pratique en athlète, notamment la natation. Surtout, il s’obstine à ne pas recevoir le baptême.

Dieu, dans sa bonté, ne le laissera pas se perdre pour l’éternité, malgré sa négligence. Il prend le Ciel à témoin que, s’il survit, il se fera baptiser.

Aux dossiers de l’évêché de Milan, Satyrus doit ajouter la charge d’administrer un patrimoine familial colossal, qu’Ambroise entend utiliser pour soulager les souffrances des pauvres et soutenir l’Église. L’évêque a investi une partie des sommes gagnées au cours de sa carrière dans l’achat de domaines agricoles en Afrique du Nord, alors grenier à blé de l’Empire ; malheureusement, ces terres ont été volées, à coups de pots de vin versés en hauts lieux, par un voisin malhonnête qui, apprenant l’ordination et le sacre épiscopal d’Ambroise, s’en est félicité en disant que le nouvel évêque n’aura plus jamais ni le temps ni la capacité juridique de venir réclamer ses biens. En l’apprenant, Satyrus voit rouge. Lui qui a fait de la lutte contre la corruption le principe de son action durant toute sa carrière ne tolère pas de voir son frère bien-aimé victime d’un voleur et d’une administration pourrie. Sans en parler à Ambroise, il s’embarque pour l’Afrique afin de régler l’affaire devant les tribunaux. Une lettre affolée de son cadet qui le supplie de revenir ne le dissuade pas de partir. Hélas, à peine le navire est-il sorti du golfe de Gênes qu’il est pris dans une violente tempête. Bientôt, le naufrage paraît inévitable.

Sauvé des eaux par la Sainte Hostie

Seuls à garder leur calme, quelques chrétiens, de retour d’un pèlerinage, se sont agenouillés devant le Saint-Sacrement qu’ils transportent avec eux et prient, recommandant leur âme à Dieu. Ce spectacle plonge Satyrus dans une profonde tristesse. Selon toute vraisemblance, ils vont tous se noyer mais lui, en retardant sans cesse son baptême, malgré les objurgations de son frère, se trouvera privé du Paradis… Il faudrait un miracle pour se tirer de là, mais Satyrus croit aux miracles. Dieu, dans sa bonté, ne le laissera pas se perdre pour l’éternité, malgré sa négligence. Il prend le Ciel à témoin que, s’il survit, il se fera baptiser. Puis, lorsque le navire commence à sombrer en vue des côtes de Sardaigne, confiant, il se fait remettre les saintes espèces, glisse la custode sous sa tunique, et se jette à la mer, convaincu que l’hostie consacrée l’aidera à se sauver. La suite lui donnera raison. 

Si bon nageur qu’il est, gagner la côte dans l’eau froide du mois de mars par une mer déchaînée dépasse les forces humaines. Satyrus, pourtant, ne sent pas le froid, comme si le Corps du Christ l’en protégeait miraculeusement et il nage avec une puissance et une vitesse dont il ne se savait pas capable. Il atteint la plage où des pêcheurs le secourent. Là, sauvé, son premier souci est de réclamer le baptême. Le miracle dont il vient de bénéficier est si éclatant que l’évêque local le dispense des longues préparations habituelles et c’est devenu chrétien que, obstiné dès qu’il s’agit de justice, Satyrus repart pour l’Afrique, démêle les affaires d’Ambroise, plaide et gagne son procès, puis embarque pour l’Italie.

La bouleversante oraison funèbre d’Ambroise

À peine à Rome, il apprend que Milan est menacé par un raid barbare. Malgré les avertissements de sa famille, Satyrus n’hésite pas et galope vers le Nord, pour ne pas laisser son frère seul face au danger. Il atteint Milan au terme de cette folle chevauchée et là, épuisé, s’alite pour ne plus se relever, victime de l’amour fraternel et de son sens du devoir. Il meurt le 17 septembre 378. Le lendemain, Ambroise prononcera pour son frère le plus bouleversant des panégyriques funèbres, qui, sans nier l’intolérable souffrance de la mort, du deuil et de la séparation, résume toute l’espérance chrétienne : 

Que faire maintenant que j’ai perdu celui qui était la douceur, le réconfort, l’ornement de mon existence ? […] Comment pourrais-je ne pas penser à toi, mais comment pourrais-je y penser sans larmes ? […] Mais nos larmes cesseront, car il faut bien une différence entre ceux qui sont chrétiens et ceux qui ne le sont pas. Qu’ils pleurent, ceux qui ne peuvent avoir l’espoir de la résurrection, dont les prive, non la sentence de Dieu mais leur barbare incroyance ! Qu’ils pleurent les leurs, les serviteurs des idoles, puisqu’ils croient qu’ils sont morts à jamais ! Que leurs larmes n’aient point de trêve, leur tristesse point de repos, puisqu’ils croient que les morts n’en ont pas. Mais nous autres, qui croyons que la mort n’est pas la fin des hommes mais seulement de cette vie, car c’est ainsi que la nature se prépare à un état meilleur, que la mort elle-même essuie nos pleurs ! […] Cessez donc de douter que la terre, qui multiplie abondamment la semence que vous lui confiez, restitue fidèlement le dépôt du genre humain. Nous voyons, d’un pépin de raisin qui pourrit, ressusciter une vigne et d’une greffe, l’arbre renaître. Comment croire que la Providence divine se soucierait des arbres et pas des hommes ? Comment Celui qui ne souffre pas que périsse ce qu’Il a créé pour l’usage de l’homme souffrirait-Il que celui qu’Il fit à son image soit anéanti ?

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