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“Lycéens, quel sens allez-vous donner à votre vie ?”

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MAGALI COHEN / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

Lycée parisien.

Hubert de Boisredon - publié le 21/11/23

Le lycée Stanislas organisait samedi 18 novembre une journée d’orientation et de discernement pour leurs élèves de terminale. Hubert de Boisredon s’est adressé à eux comme chef d’entreprise sur le thème du sens que l’on souhaite donner à sa vie professionnelle.

Élèves de terminale, pour la plupart d’entre vous, vous avez entre 16 et 19 ans. À votre âge, la question du sens de votre vie personnelle et professionnelle se pose naturellement car vous avez la maturité de faire des choix. Pour la majorité d’entre vous, vous n’êtes pas contraints par des obligations. Vous avez la chance d’être libres d’envisager vos études et votre vie comme vous le souhaitez. Tout est ouvert. La question clé pour vous est donc : “Que faire de ma vie ? Comment discerner ce qui fait sens pour moi ?”

Devenir pleinement soi-même, à sa juste place

Explorons différentes facettes de la question, avec une visée que je nommerais ainsi : devenir pleinement homme, pleinement femme, épanoui et donné aux autres, à ma juste place, ayant un impact dans le monde. C’est évidemment une ligne de mire ambitieuse, mais plus intéressante que se fixer l’objectif de faire les études les plus prestigieuses, gagner le plus d’argent possible avec le CV le plus brillant possible. La deuxième formulation — discerner ce qui fait sens pour moi — risque en plus de vous plonger dans la comparaison, le découragement ou le désespoir si vous n’êtes pas accepté dans les prépas, universités ou grandes écoles que vous souhaiteriez. La première formulation de l’horizon souhaité en revanche dépend beaucoup plus de vous que de votre réussite aux concours de telle ou telle école car elle vise une qualité d’être humaine et spirituelle.

La question à vous poser d’abord consiste à formuler quelles sont vos capacités dans le sens de vos aspirations : “Qu’est-ce que j’aime faire ? Qu’est-ce que je fais naturellement et sans efforts démesurés ? Quelles sont mes justes capacités ?” Cela demande d’accepter le réel. Si vous n’êtes pas doué en maths, ce n’est pas la peine de vous violenter en cherchant à devenir ingénieur dans le but de faire les meilleures écoles ou de rassurer vos parents ! Vous serez malheureux et risquez fort de ne pas y arriver, avec un sentiment d’échec qui aurait pu être évité ! Faire ce pour quoi on est fait paraît évident et pourtant, cela demande de l’humilité. D’où l’importance d’échanger avec d’autres, des anciens élèves, des amis, des éducateurs pour réfléchir et discerner, c’est-à-dire choisir ce qui vous correspond.

Laissez-vous toucher par la situation du monde !

Après vous être posés la question du “Quoi”, je vous invite à aller plus loin dans votre réflexion pour explorer la question du “Pour quoi”. Vous pouvez vouloir faire de la finance. Ce n’est pas bien ou mauvais en soi. La question est “En vue de quoi”. J’ai vécu moi-même cette problématique lorsque j’étudiais la finance internationale à New York University, en troisième année d’HEC. C’était en 1985, à l’époque de Ronald Reagan. La phrase écrite en gros sur la première page de mon manuel était “Le but de l’entreprise est de maximiser le profit pour ses actionnaires”, signé Milton Friedman. J’avais 21 ans. Quand je sortais de l’Université, qui se situait près de la Bourse de Wall Street, je voyais des pauvres allongés dans la rue. C’était également le début de l’épidémie du Sida qui emportait de nombreux jeunes de mon âge. Je ne pouvais alors m’empêcher de me dire : “J’étudie la finance, mais le but de ma vie est-il de maximiser le profit ? Ne puis-je pas mettre mes compétences de gestion d’entreprise au service d’une cause plus grande à mes yeux ?” 

Laissez-vous toucher par la situation du monde ! N’ayez pas peur de vous indigner !

Cette quête a été à l’origine de tout un parcours qui m’a conduit à cofonder une banque de microcrédits au Chili, puis à travailler dans un grand groupe industriel en Asie et aujourd’hui à diriger une ETI industrielle à Nantes, dans laquelle je suis pleinement heureux. Ce témoignage peut vous encourager à aller puiser loin en vous-même votre motivation de vie : quels sont les sujets du monde qui vous touchent et pour lesquels vous désirez vous engager ? Cela concerne-t-il les situations de pauvreté, les conflits géopolitiques, le chaos climatique, les inégalités sociales, l’injustice, les maladies et épidémies ou d’autres choses ? Laissez-vous toucher par la situation du monde ! N’ayez pas peur de vous indigner ! Pour ceux qui sont chrétiens parmi vous, regardez la manière avec laquelle le Christ se laisse toucher par la soif, les cris et les souffrances des hommes et des femmes qu’il rencontre. “En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut pris de pitié pour eux car ils étaient comme des brebis sans berger…” (Mc 6, 34). Dans Jean 3, 16, il est dit que “Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son fils unique…”. Quel lien avec la question de l’orientation professionnelle ? Je crois profondément que si nous posons la question de l’orientation professionnelle comme chrétien, alors nous sommes appelés à une cohérence de vie au sein d’un quadriptyque “foi/compétences/amour/engagement”. Tout est lié pour qui cherche à se donner par amour et avoir de l’impact. 

Soyez vraiment libres dans vos choix

Cette quête de sens vous invite aussi à travailler sur vous-mêmes car si vous et moi sommes mus par un idéal, nous savons aussi que nous sommes faibles et facilement tentés par les sirènes du prestige, de l’argent, les attachements à notre image, l’illusion de notre perfection humaine ou morale qui nous fait nous sentir supérieurs aux autres. Nous pouvons aussi avoir tendance à contourner les difficultés, fuir le réel, papillonner sans jamais nous engager. Et pour d’autres, notre manque de confiance en nous peut nous conduire à nous dévaloriser, ou notre générosité nous entraîner à nous oublier totalement au point de nier nos besoins légitimes et de glisser vers un burn-out.

Enfin, nous pouvons nous laisser emprisonner par des injonctions extérieures qui vont brider notre liberté de choix. Pour vous, elles peuvent venir de vos parents ou de l’entourage, du style : “Par tradition familiale, tu dois faire une grande école sinon nous serons très déçus…” ou “étant donné ce que nous payons pour tes études, il conviendrait que tu choisisses un job très bien payé”, etc. Soyez vraiment libres dans votre choix d’orientation. Chateaubriand nous y invite quand il affirme que “sans la liberté, il n’y a rien dans le monde”. Et saint Paul également dans son épître aux Galates (Ga 5, 1) : “C’est pour la liberté que le Christ vous a affranchis. Demeurez donc fermes et ne vous laissez pas mettre à nouveau sous le joug de la servitude.”

Suivez l’élan de vos aspirations profondes

Être ambitieux pour ses études et sa vie professionnelle est tout à fait louable. Ne renoncez pas à votre ambition, mais donnez-lui du sens en désirant ardemment la mettre au service du bien commun pour devenir ces bâtisseurs qui construiront un monde plus humain, plus écologique et plus juste ! Et surtout, suivez l’élan de vos aspirations profondes qui vous rendra le plus heureux. Vous pouvez vous rappeler en ce sens cette affirmation magnifique de Paul Claudel : “Du côté où il y a le plus de joie, c’est là qu’il y a le plus de vérité” !

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