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Que signifie « être chrétien » ?

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Aubord Dulac / Shutterstock

Stéphanie de Lachadenède - publié le 12/11/23

« Pour vous qui suis-je ? » En montrant comment Pierre reconnaît qui est Jésus, l’évangéliste Matthieu nous donne à voir la naissance et le chemin de celui qui marche à la suite du Christ. Et pour moi, être chrétien, est-ce comme Pierre reconnaître Jésus, est-ce bousculer ma foi, est-ce témoigner dans la joie, est-ce accepter ma place dans l’Église… ?

Le chrétien est celui qui professe sa foi en Jésus Christ. Cette définition nous semble tellement évidente que nous ne prenons pas souvent la peine de nous y arrêter. Mais que signifie-t-elle vraiment pour nous ? Avec saint Pierre dans l’évangile de saint Matthieu (Mt 16, 13-18), essayons de redonner du sens à ce nom de chrétien et interrogeons notre foi.

Reconnaître Jésus, vrai Dieu et vrai homme

“Pour vous qui suis-je ? Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant” (Mt 16, 15-16). Saint Pierre, inspiré par l’Esprit saint, reconnaît en Jésus le fils de Dieu. Peut-être faut-il essayer de se mettre dans la peau des apôtres pour mieux comprendre l’importance de la question du Christ et la réponse qu’y apporte saint Pierre. Probablement subjugués par le Maître, les apôtres ne peinent pas moins à saisir à qui ils ont vraiment affaire. Ils ont quitté récemment leur vie de travailleur, conforme à celle de leur époque. Ils ont tout laissé pour suivre Jésus. 

Un homme. Un homme en chair et en os, même si celui-ci se révèle aussi maître, prophète, faiseur de miracles, ami… Mais Fils de Dieu ? Voilà qui est beaucoup plus dur à concevoir. Nous faisons face au même défi finalement, dans nos vies de chrétiens : celui de reconnaître le Christ. Sommes-nous plus prompts à croire que les apôtres ? Bien peu d’entre nous sont capables d’affirmer, avec autant d’aplomb que Pierre, que le fils de Dieu s’est fait homme, qu’il est venu habiter parmi nous et qu’il est notre Sauveur. Jésus prépare les apôtres depuis leur rencontre. Quant à nous, nous avons peut-être été au caté quand nous étions plus jeunes, nous allons à la messe le dimanche, nous nous déclarons chrétiens, et pourtant, la Vérité est tellement difficile à concevoir que, comme les apôtres, nous mettons du temps à l’apprivoiser. La plupart d’entre eux attendront d’ailleurs la résurrection du Seigneur pour saisir pleinement qui est celui qu’ils ont côtoyé, servi et aimé. 

Choisir de se définir comme chrétien 

Comme chrétiens, nous nous définissons du nom du Christ. Ce n’est pas anodin. Cela implique un choix de notre part ou en tous cas un sentiment d’appartenance, de reconnaissance. Alors, en tant que chrétiens, qu’avons-nous à répondre à cette question de Jésus “pour vous qui suis-je ?” C’est à Jésus personnellement que nous devons une réponse car c’est à chacun de nous individuellement que cette question est posée. Définissons-nous notre rapport au Christ comme tellement important qu’il nous donne notre nom ? Qu’il fait de nous qui nous sommes vraiment ? Posons-nous vraiment la question car, de cette interrogation simple et directe découle une multitude d’autres interrogations qui conditionnent notre façon de vivre.

Pour être vivante, notre foi, comme celle des apôtres, doit être en mouvement : elle doit être nourrie et enrichie mais aussi interrogée, bousculée, confrontée.

Elle revient en effet à s’interroger sur notre nature profonde, sur notre façon d’envisager nos existences, sur le sens que nous voulons donner à nos vies, sur notre vie intérieure et sur ce qui l’anime. Sur l’essentiel. Qui suis-je ? Au regard de quoi ou plutôt de Qui est-ce que je souhaite définir mon être ? Pour vous qui suis-je ? Même si la réponse est parfois floue, hésitante voire désespérée : “je n’en sais rien”, ou “je ne sais plus”, ou “aide moi Seigneur !” L’important étant peut-être de ne jamais cesser de laisser cette question résonner en soi et s’en remettre à lui. Ce qui, déjà, est une réponse qui en dit long. 

Bousculer sa foi

Notre foi, en théorie, nous permet de répondre comme saint Pierre à cette question. Mais comme les apôtres, ceux qui qui ont tout quitté pour suivre Jésus, les hésitations, les doutes, la peur mais aussi la certitude se succèderont régulièrement dans nos cœurs. Combien de fois se sont-ils interrogés, ces hommes qui le côtoyaient de près ? Chaque jour ? Chaque fois que la route était rude ou leur vie menacée ? Chaque fois que le maître prenait la parole et faisait naître le feu dans leur cœur ? Chaque fois qu’il s’est penché vers la veuve, le malade ou le pécheur ? Chaque fois que leur regard croisait le sien ? Cette réponse était-elle toujours la même ? Sûrement pas. 

Pour être vivante, notre foi, comme celle des apôtres, doit être en mouvement : elle doit être nourrie et enrichie mais aussi interrogée, bousculée, confrontée. Ainsi la réponse n’est-elle jamais affirmée une fois pour toute. Notre foi n’est jamais acquise. Saint Pierre reconnaît le Sauveur mais pourtant, il chutera lourdement plusieurs fois. Comme lui, nous aurons des instants de foi profonde et de véritable communion avec le Seigneur. Comme lui, nous douterons, nous nous tromperons, nous chuterons, nous renierons. Et il nous relèvera. Rappelons-nous avec confiance quelle grande mission Jésus confiera à Pierre. “Heureux es-tu Pierre, ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela mais mon Père qui est aux cieux” (Mt 16, 17).

Désirer l’esprit de vérité

L’exclamation de Pierre, en réponse à la question de Jésus, semble presque le dépasser tant elle est un élan soudain et spontané. Elle est permise car son cœur aperçoit la vérité, dévoilée l’espace d’un instant. Il reconnaît le Christ, car en le fréquentant, il a appris à se rendre disponible à l’inspiration de l’Esprit saint. La foi se reçoit. Elle est un don gratuit de Dieu, offert par le baptême et — j’ose le croire — à tout cœur qui le cherche vraiment. L’Esprit souffle où il veut mais pour le recevoir il faut avoir un cœur disposé, un cœur qui cherche, un cœur qui désire. 

Témoigner dans la joie

Nous qui confessons le Christ, autrement dit, qui nous affirmons de Lui et qui savons Le reconnaître, nous pouvons être ses témoins. Non seulement le reconnaître suffit à nous en rendre capable, mais nous y trouverons une joie encore plus profonde. Parce que témoigner fait de nous ses disciples. Témoigner nous attache profondément à lui. En effet, lorsque nous devenons son témoin, nous faisons nôtre sa Parole, nous faisons nôtre sa mission. Nous l’accueillons pour le laisser habiter et vivre en nous. Nous devenons alors capables de nous réclamer du Christ et de porter son nom à ceux qui nous entourent.

Pensons à Philippe qui affirme à Nathanaël qu’il a trouvé le Messie tant attendu. Face à son scepticisme, celui-ci le conduit au Christ. “Viens et vois” (Jn 1, 46). Il suffit d’un témoin pour mener à la rencontre avec Jésus. Nathanaël est mis en sa présence, le reconnaît à son tour et devient l’un de ses apôtres. C’est la rencontre personnelle avec le Seigneur qui permet la conversion du cœur. En effet, celle-ci nous est offerte constamment par Dieu, mais le désir de l’homme est absolument nécessaire pour qu’elle puisse se réaliser. Il s’agit alors de la rencontre de deux volontés qui se cherchent par amour : les retrouvailles heureuses d’une âme exilée et de son créateur si bien retranscrites dans le Cantique des cantiques.  

Accepter sa place dans l’Église

“Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église” (Mt 16, 18). La première lecture de ce verset voit Jésus confier son Église naissante à Pierre — et par extension à tous ses successeurs. Mais on peut aussi le lire comme une adresse à tous ceux qui reconnaissent le Christ — autrement dit à tous les chrétiens. En aimant le Christ, en tentant de vivre à son imitation, en faisant vivre notre foi avec exigence, nous prenons notre place parmi les pierres qui bâtissent l’Église. Petite partie d’un tout dont l’aimant est le Christ. Aussi modeste et imparfaite soit notre pierre, elle participe à la construction de l’ensemble, elle l’équilibre, le consolide, elle l’unifie. 

Du choix libre que nous faisons de prendre cette place, à laquelle par ailleurs nous sommes attendus, découle la promesse de la vie éternelle. “Et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle” (Mt 16, 18). Cette vie s’envisage moins comme une récompense pour celui qui a bien fait tout ce qu’il faut, mais plutôt comme un aboutissement. En effet, lorsque l’on goûte l’amour infini du Seigneur, lorsque l’on entre en relation avec lui, naît ce désir impérieux de marcher à sa suite — sans pour autant avoir la vision d’ensemble, tout comme les apôtres et Pierre qui, jusqu’à la Résurrection ont parfois des instants de grâce et de vérité, mais qui, souvent, patinent un peu sur le fond. Néanmoins, la puissance du lien qui les attache au Christ les pousse sans cesse à entrer en communion avec lui dans son projet de salut pour eux et pour le monde.

Participer au chantier du Royaume

C’est aussi cela être chrétien : marcher à sa suite, accomplir sa part, accepter le mystère. Accepter de ne pas tout comprendre des desseins de Dieu. Se laisser dépasser mais suivre la route avec confiance et courage dans les pas de celui qui est venu pour cela pour faire de nous ses frères et nous élever avec lui auprès de Dieu. Victorieux de la Mort, il conduit son Église à la Vie. L’Église du Christ appartient au Ciel. Elle se bâtit pierre par pierre ici-bas mais l’ensemble, mené par Jésus, est déjà saint. À notre place, aussi humble soit-elle, nous pouvons dire que nous participons au chantier du Royaume de Dieu. Notre Ciel pourrait donc être à la mesure de l’abandon avec lequel nous nous laisserons façonner par celui qui nous y a préparé une place depuis toujours.

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FoiSaint Pierre
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