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[DOCUMENT] « C’est la confiance », l’intégralité de l’exhortation apostolique sur sainte Thérèse de Lisieux

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Renata Sedmakova | Shutterstock

La rédaction d'Aleteia - publié le 15/10/23

Le pape François a publié ce 15 octobre 2023 son exhortation apostolique C’est la confiance sur la sainte française Thérèse de Lisieux (1873-1897). Voici le texte intégral de cette réflexion du Pape écrite pour le 150e anniversaire de la naissance de cette Docteur de l’Église.

EXHORTATION APOSTOLIQUE

C’EST LA CONFIANCE

DU SAINT-PÈRE FRANÇOIS

SUR LA CONFIANCE EN L’AMOUR MISÉRICORDIEUX DE DIEU

À L’OCCASION DU 150e ANNIVERSAIRE

DE LA NAISSANCE DE SAINTE THÉRÈSE DE L’ENFANT JÉSUS ET DE LA SAINTE FACE

1. «C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour ».[1]

2. Ces paroles très fortes de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face disent tout. Elles résument le génie de sa spiritualité et suffiraient à justifier qu’on l’ait déclarée Docteur de l’Église. Seule la confiance, et “rien d’autre”, il n’y a pas d’autre chemin pour nous conduire à l’Amour qui donne tout. Par la confiance, la source de la grâce déborde dans nos vies, l’Évangile se fait chair en nous et nous transforme en canaux de miséricorde pour nos frères.

3. C’est la confiance qui nous soutient chaque jour et qui nous fera tenir debout sous le regard du Seigneur lorsqu’il nous appellera à Lui : « Au soir de cette vie, je paraîtrai devant vous les mains vides, car je ne vous demande pas, Seigneur, de compter mes oeuvres. Toutes nos justices ont des taches à vos yeux. Je veux donc me revêtir de votre propre Justice et recevoir de votre Amour la possession éternelle de Vous-même ».[2]

4. Thérèse est l’une des saintes les plus connues et les plus aimées dans le monde entier. Comme saint François d’Assise, elle est aimée même par les non-chrétiens et les non-croyants. Elle a également été reconnue par l’UNESCO comme l’une des figures les plus significatives de l’humanité contemporaine.[3] Il nous sera bon d’approfondir son message à l’occasion du 150ème anniversaire de sa naissance, à Alençon le 2 janvier 1873, et du centenaire de sa béatification.[4] Mais je n’ai pas voulu rendre publique cette exhortation à l’une de ces dates, ni le jour de sa mémoire, pour que ce message aille au-delà de cette célébration et soit compris comme faisant partie du trésor spirituel de l’Église. La date de cette publication, mémoire de sainte Thérèse d’Avila, a pour but de présenter sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face comme un fruit mûr de la réforme du Carmel et de la spiritualité de la grande Sainte espagnole.

5. Sa vie terrestre fut brève, vingt-quatre ans, simple comme n’importe quelle autre, d’abord dans sa famille, puis au Carmel de Lisieux. La lumière et l’amour extraordinaires qui rayonnaient de sa personne se sont manifestés immédiatement après sa mort par la publication de ses écrits et par les innombrables grâces obtenues par les fidèles qui l’ont invoquée.

6. L’Église a vite reconnu la valeur extraordinaire de son témoignage et l’originalité de sa spiritualité évangélique. Thérèse rencontra Léon XIII lors d’un pèlerinage à Rome en 1887 et lui demanda la permission d’entrer au Carmel à l’âge de quinze ans. Peu après sa mort, saint Pie X se rendit compte de son immense stature spirituelle, au point d’affirmer qu’elle deviendrait la plus grande sainte des temps modernes. Déclarée vénérable en 1921 par Benoît XV, qui fit l’éloge de ses vertus en les centrant sur la “petite voie” de l’enfance spirituelle,[5] elle fut béatifiée il y a cent ans, puis canonisée le 17 mai 1925 par Pie XI qui remercia le Seigneur d’avoir permis que Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face soit la première bienheureuse qu’il ait élevée aux honneurs des autels, et la première sainte qu’il ait canonisée.[6] Le même Pape la déclara Patronne des Missions en 1927.[7] Elle fut proclamée l’une des saintes Patronnes de la France en 1944 par le vénérable Pie XII[8] qui approfondit à plusieurs reprises le thème de l’enfance spirituelle.[9] Saint Paul VI aimait rappeler son baptême reçu le 30 septembre 1897, jour de la mort de sainte Thérèse, et, à l’occasion du centenaire de sa naissance, il écrivit à l’évêque de Bayeux et Lisieux sur sa doctrine.[10] Lors de son premier voyage apostolique en France, saint Jean-Paul II se rendit à la basilique qui lui est dédiée, le 2 juin 1980 et, en 1997, il la déclara Docteur de l’Église[11] en tant qu’ « experte en scientia amoris ».[12] Benoît XVI reprit le thème de sa “science de l’amour” en la proposant comme « un guide pour tous, en particulier pour ceux qui, au sein du peuple de Dieu, exercent le ministère de théologiens ».[13] Enfin, j’ai eu la joie de canoniser ses parents, Louis et Zélie, en 2015 lors du Synode sur la famille et je lui ai récemment consacré une catéchèse du cycle sur le thème du zèle apostolique.[14]

1. Jésus pour les autres

7. Dans le nom qu’elle choisit comme religieuse, apparaît Jésus : l’“Enfant” qui manifeste le mystère de l’Incarnation, et la “Sainte Face”, c’est-à-dire le visage du Christ qui se donne jusqu’au bout sur la Croix. Elle est “Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face”.

8. Le Nom de Jésus est continuellement “respiré” par Thérèse comme un acte d’amour, jusqu’à son dernier souffle. Elle avait également aussi gravé ces mots dans sa cellule : “Jésus est mon seul amour”. C’était son interprétation de l’affirmation centrale du Nouveau Testament : « Dieu est amour » (1 Jn 4, 8.16).

Une âme missionnaire

9. Comme il arrive dans toute rencontre authentique avec le Christ, son expérience de foi l’appelait à la mission. Thérèse a pu définir sa mission en ces termes : « Je désirerai au Ciel la même chose que sur la terre : Aimer Jésus et le faire aimer ».[15] Elle a écrit qu’elle était entrée au Carmel « pour sauver les âmes ».[16] En d’autres termes, elle ne concevait pas sa consécration à Dieu en dehors de la recherche du bien de ses frères. Elle partageait l’amour miséricordieux du Père pour l’enfant pécheur, et celui du Bon Pasteur pour les brebis perdues, éloignées, blessées. C’est pourquoi elle est la Patronne des missions, maîtresse en évangélisation.

10. Les dernières pages de l’Histoire d’une âme [17] sont un testament missionnaire. Elles expriment sa manière de concevoir l’évangélisation par attraction,[18] et non par pression ou prosélytisme. Il est intéressant de lire comment elle le résume : « “Attirez-moi, nous courrons à l’odeur de vos parfums”. O Jésus, il n’est donc même pas nécessaire de dire : En m’attirant, attirez les âmes que j’aime. Cette simple parole : “Attirez-moi” suffit. Seigneur, je le comprends, lorsqu’une âme s’est laissée captiver par l’odeur enivrante de vos parfums, elle ne saurait courir seule, toutes les âmes qu’elle aime sont entraînées à sa suite ; cela se fait sans contrainte, sans effort, c’est une conséquence naturelle de son attraction vers vous. De même qu’un torrent, se jetant avec impétuosité dans l’océan, entraîne après lui tout ce qu’il a rencontré sur son passage, de même, ô mon Jésus, l’âme qui se plonge dans l’océan sans rivages de votre amour, attire avec elle tous les trésors qu’elle possède… Seigneur, vous le savez, je n’ai point d’autres trésors que les âmes qu’il vous a plu d’unir à la mienne ».[19]

11. Elle cite ici les paroles que l’épouse adresse à l’époux dans le Cantique des Cantiques (1, 3-4), selon l’interprétation approfondie par les deux docteurs du Carmel, sainte Thérèse de Jésus et saint Jean de la Croix. L’Époux est Jésus, le Fils de Dieu qui s’est uni à notre humanité dans l’incarnation et l’a rachetée sur la Croix. De son côté ouvert, il a donné naissance à l’Église, son Épouse bien-aimée pour laquelle il a donné sa vie (cf. Ep 5, 25). Ce qui est frappant, c’est que Thérèse, consciente d’être proche de la mort, ne vit pas ce mystère refermée sur elle-même, dans un sentiment de seule consolation, mais avec un esprit apostolique fervent.

La grâce qui nous libère de l’autoréférentialité

12. Il en va de même lorsqu’elle parle de l’action de l’Esprit Saint, qui acquiert immédiatement un sens missionnaire : « Voici ma prière, je demande à Jésus de m’attirer dans les flammes de son amour, de m’unir si étroitement Lui, qu’Il vive et agisse en moi. Je sens que plus le feu de l’amour embrasera mon coeur, plus je dirai : Attirez-moi, plus aussi les âmes qui s’approcheront de moi (pauvre petit débris de fer inutile, si je m’éloignais du brasier divin), plus ces âmes courront avec vitesse à l’odeur des parfums de leur Bien-Aimé, car une âme embrasée d’amour ne peut rester inactive ».[20]

13. Dans le cœur de Thérèse, la grâce du baptême devient ce torrent impétueux qui se jette dans l’océan de l’amour du Christ, emportant avec lui une multitude de sœurs et de frères. C’est ce qui arriva en particulier après sa mort : sa promesse d’une « pluie de roses ».[21]

2. La petite voie de la confiance et de l’amour

14. L’une des découvertes les plus importantes de Thérèse, pour le bien de tout le peuple de Dieu, est sa “petite voie”, la voie de la confiance et de l’amour, connue aussi sous le nom de Voie de l’enfance spirituelle. Tous peuvent la suivre, dans tout état de vie, à chaque moment de l’existence. C’est la voie que le Père céleste révèle aux petits (cf. Mt 11, 25).

15. Thérèse raconta sa découverte de la petite voie dans l’Histoire d’une âme :[22] « Je puis donc, malgré ma petitesse, aspirer à la sainteté ; me grandir, c’est impossible, je dois me supporter telle que je suis avec toutes mes imperfections; mais je veux chercher le moyen d’aller au Ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle ».[23]

16. Pour la décrire, elle utilise l’image de l’ascenseur : « L’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela je n’ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus ».[24] Petite, incapable d’avoir confiance en elle-même, mais confiante en la puissance aimante des bras du Seigneur.

17. C’est “la douce voie de l’amour”,[25] ouverte par Jésus aux petits et aux pauvres, à tous. C’est le chemin de la vraie joie. Face à une conception pélagienne de la sainteté,[26] individualiste et élitiste, plus ascétique que mystique, qui met surtout l’accent sur l’effort humain, Thérèse souligne toujours la primauté de l’action de Dieu, de sa grâce. Elle va ainsi jusqu’à dire : « Je sens toujours la même confiance audacieuse de devenir une grande Sainte, car je ne compte pas sur mes mérites n’en ayant aucun, mais j’espère en Celui qui est la Vertu, la Sainteté Même, c’est Lui seul qui se contentant de mes faibles efforts m’élèvera jusqu’à Lui et, me couvrant de ses mérites infinis, me fera Sainte ».[27]

Au-delà de tout mérite

18. Cette façon de penser ne contredit pas l’enseignement catholique traditionnel sur la croissance de la grâce. Justifiés gratuitement par la grâce sanctifiante, nous sommes transformés et capables de coopérer par nos bonnes actions à un chemin de croissance en sainteté. De cette façon, nous sommes élevés de telle sorte que nous pouvons avoir de véritables mérites pour le développement de la grâce reçue.

19. Mais Thérèse préfère souligner la primauté de l’action divine et inviter à la pleine confiance en regardant l’amour du Christ qui nous est donné jusqu’au bout. Elle enseigne au fond que, puisque nous ne pouvons avoir aucune certitude en nous regardant nous-mêmes,[28] nous ne pouvons pas non plus être certains de posséder des mérites. Il n’est donc pas possible de nous appuyer sur nos efforts ou sur ce que nous faisons. Le Catéchisme a voulu citer les paroles de sainte Thérèse lorsqu’elle dit au Seigneur « Je paraîtrai devant vous les mains vides »,[29] pour exprimer que « les saints ont toujours eu une conscience vive que leurs mérites étaient pure grâce ».[30] Cette conviction suscite une joyeuse et tendre gratitude.

20. L’attitude la plus appropriée est donc de mettre la confiance du cœur hors de soi-même, en la miséricorde infinie d’un Dieu qui aime sans limites et qui a tout donné sur la Croix de Jésus-Christ.[31] C’est pourquoi elle n’utilise jamais l’expression, fréquente à son époque, “je me ferai sainte”.

21. En revanche, sa confiance illimitée encourage ceux qui se sentent fragiles, limités, pécheurs à se laisser conduire et transformer pour atteindre le sommet : « Ah ! Si toutes les âmes faibles et imparfaites sentaient ce que sent la plus petite de toutes les âmes, l’âme de votre petite Thérèse, pas une seule ne désespérerait d’arriver au sommet de la montagne de l’amour, puisque Jésus ne demande pas de grandes actions, mais seulement l’abandon et la reconnaissance ».[32]

22. Cette même insistance de Thérèse sur l’initiative divine fait que, lorsqu’elle parle de l’Eucharistie, elle ne met pas en premier son désir de recevoir Jésus dans la sainte communion, mais le désir de Jésus de s’unir à nous et demeurer dans nos cœurs.[33] Dans l’Acte d’offrande à l’Amour Miséricordieux, souffrant de ne pouvoir recevoir la communion tous les jours, elle dit à Jésus : « Restez-en moi, comme au tabernacle ».[34] Le centre et l’objet de son regard ne sont pas elle-même avec ses besoins, mais le Christ qui aime, qui cherche, qui désire, qui demeure dans l’âme.

L’abandon quotidien

23. La confiance que Thérèse promeut ne doit pas être comprise seulement par rapport à la sanctification et au salut personnels. Elle a un sens intégral qui embrasse la totalité de l’existence concrète et s’applique à toute notre vie où nous sommes souvent envahis par les peurs, par le désir de sécurité humaine, par le besoin de tout contrôler. C’est là qu’apparaît l’invitation à un saint “abandon”.

24. La pleine confiance, qui devient abandon dans l’Amour, nous libère des calculs obsessionnels, de l’inquiétude constante pour l’avenir, des peurs qui enlèvent la paix. Dans ses derniers jours, Thérèse insistait sur ce point : « Nous qui courrons dans la voie de l’Amour, je trouve que nous ne devons pas penser à ce qui peut nous arriver de douloureux dans l’avenir, car alors c’est manquer de confiance ».[35] Si nous sommes entre les mains d’un Père qui nous aime sans limites, cela sera vrai en toutes circonstances, nous nous en sortirons quoi qu’il arrive et, d’une manière ou d’une autre, son plan d’amour et de plénitude se réalisera dans notre vie.

Un feu au milieu de la nuit

25. Thérèse a vécu la foi la plus forte et la plus certaine dans l’obscurité de la nuit et même dans l’obscurité du Calvaire. Son témoignage a atteint son apogée dans la dernière période de sa vie, dans sa grande « épreuve contre la foi »,[36] qui commença à Pâques 1896. Dans son récit,[37] elle met cette épreuve en relation directe avec la douloureuse réalité de l’athéisme de son temps. Elle a vécu en effet à la fin du XIXème siècle, “âge d’or” de l’athéisme moderne en tant que système philosophique et idéologique. Lorsqu’elle écrit que Jésus avait permis que mon âme « fût envahie des plus épaisses ténèbres »,[38] elle désigne les ténèbres de l’athéisme et le rejet de la foi chrétienne. En union avec Jésus, qui a pris sur lui toutes les ténèbres du péché du monde en acceptant de boire la coupe de la Passion, Thérèse perçoit, dans ces ténèbres, le désespoir, le vide du néant.[39]

26. Mais les ténèbres ne peuvent pas éteindre la Lumière : elles ont été vaincues par Celui qui, comme Lumière, est venu dans le monde (cf. Jn 12, 46).[40] Le récit de Thérèse montre le caractère héroïque de sa foi, sa victoire dans le combat spirituel face aux tentations les plus fortes. Elle se sent la sœur des athées et se met à table, comme Jésus, avec les pécheurs (cf. Mt 9, 10-13). Elle intercède pour eux, tout en renouvelant continuellement son acte de foi, toujours en communion amoureuse avec le Seigneur : « Je cours vers mon Jésus, je lui dis être prête à verser jusqu’à la dernière goutte de mon sang pour confesser qu’il y a un Ciel. Je Lui dis que je suis heureuse de ne pas jouir de ce beau Ciel sur la terre afin qu’Il l’ouvre pour l’éternité aux pauvres incrédules ».[41]

27. Dans la foi, elle vit intensément une confiance illimitée en la miséricorde infinie de Dieu : « Une confiance qui doit nous conduire à l’amour ».[42] Elle vit, même dans l’obscurité, la confiance totale de l’enfant qui s’abandonne sans crainte dans les bras de son père et de sa mère. Pour Thérèse, en effet, Dieu brille avant tout par sa miséricorde, clé pour comprendre tout ce qui est dit de Lui : « À moi Il a donné sa Miséricorde infinie, et c’est à travers elle que je contemple et adore les autres perfections Divines !… Alors toutes m’apparaissent rayonnantes d’amour, la Justice même (et peut-être encore plus que toutes les autres) me semble revêtue d’amour ».[43] C’est l’une des découvertes les plus importantes de Thérèse, l’une de ses plus grandes contributions pour l’ensemble du peuple de Dieu. Elle est entrée de manière extraordinaire dans les profondeurs de la miséricorde divine et y a puisé la lumière de son espérance sans limites.

Une très ferme espérance

28. Avant son entrée au Carmel, Thérèse fit l’expérience d’une singulière proximité spirituelle avec l’un des hommes les plus malheureux, le criminel Henri Pranzini, condamné à mort pour triple assassinat, et impénitent.[44] Offrant la messe pour lui et priant avec une totale confiance pour son salut, elle est sûre de le mettre en contact avec le Sang de Jésus et elle dit à Dieu être certaine qu’au dernier moment Il lui pardonnera et qu’elle y croira « même s’il ne se confessait pas et ne donnait aucune marque de repentir ». Elle donne la raison de cette certitude : « tant j’avais de confiance en la miséricorde infinie de Jésus ».[45] Quelle émotion ensuite lorsqu’elle découvre que Pranzini, monté sur l’échafaud, « tout à coup, saisi d’une inspiration subite, se retourne, saisit un Crucifix que lui présentait le prêtre et baise par trois fois ses plaies sacrées !…».[46] Cette expérience intense d’espérer contre toute espérance a été fondamentale pour elle : « Depuis cette grâce unique, mon désir de sauver les âmes grandit chaque jour ».[47]

29. Elle est consciente du drame du péché, même si nous la voyons toujours introduite dans le mystère du Christ, avec la certitude que « là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5, 20). Le péché du monde est immense, mais il n’est pas infini. En revanche, l’amour miséricordieux du Rédempteur est infini. Thérèse est témoin de la victoire définitive de Jésus sur toutes les forces du mal par sa passion, sa mort et sa résurrection. Mue par la confiance, elle ose écrire : « Jésus, fais que je sauve beaucoup d’âmes, qu’aujourd’hui il n’y en ait pas une seule de damnée […]. Jésus, pardonne-moi si je dis des choses qu’il ne faut pas dire, je ne veux que te réjouir et te consoler ».[48] Cela nous permet de passer à un autre aspect de l’air frais qu’est le message de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face.

3. Je serai l’amour

30. “Plus grande” que la foi et que l’espérance, la charité ne passera jamais (cf. 1 Co 13, 8-13). Elle est le plus grand don de l’Esprit Saint, « la mère et la racine de toutes les vertus ».[49]

La charité comme attitude personnelle d’amour

31. L’Histoire d’une âme est un témoignage de charité où Thérèse nous offre un commentaire du commandement nouveau de Jésus : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15, 12)[50]. Jésus a soif de cette réponse à son amour. En effet, « il n’a pas craint de mendier un peu d’eau à la Samaritaine. Il avait soif… Mais en disant : “donne-moi à boire”, c’était l’amour de sa pauvre créature que le Créateur de l’univers réclamait. Il avait soif d’amour… ».[51] Thérèse veut correspondre à l’amour de Jésus, lui rendre amour pour amour.[52]

32. Le symbolisme de l’amour conjugal exprime la réciprocité du don de soi entre l’époux et l’épouse. Ainsi, inspirée par le Cantique des Cantiques (2, 16), elle écrit : « Je pense que le coeur de mon époux est à moi seule, comme le mien est à lui seul, et je lui parle alors dans la solitude de ce délicieux cœur à cœur en attendant de le contempler un jour face à face !… ».[53] Même si le Seigneur nous aime tous ensemble en tant que Peuple, la charité agit en même temps de manière très personnelle, “de cœur à cœur”.

33. Thérèse a la vive certitude que Jésus l’a aimée et l’a connue personnellement dans sa Passion : « Il m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi » (Ga 2, 20). Contemplant Jésus dans son agonie, elle lui dit : « Tu me vis ».[54] De même, elle dit à l’Enfant Jésus dans les bras de sa Mère : « De ta petite main qui caressait Marie, Tu soutenais le monde et Tu lui donnais la vie. Et tu pensais à moi ».[55]

Ainsi, toujours au début de l’Histoire d’une âme, elle contemple l’amour de Jésus pour chacun, comme s’il était unique au monde.[56]

34. L’acte d’amour “Jésus, je t’aime”, continuellement vécu par Thérèse comme une respiration, est la clé de sa lecture de l’Évangile. Elle se plonge avec cet amour dans tous les mystères de la vie du Christ, dont elle devient contemporaine, habitant l’Évangile avec Marie et Joseph, Marie Madeleine et les Apôtres. Avec eux, elle pénètre dans les profondeurs de l’amour du Cœur de Jésus. Prenons un exemple : « Lorsque je vois Madeleine s’avancer devant les nombreux convives, arroser de ses larmes les pieds de son Maître adoré, qu’elle touche pour la première fois ; je sens que son cœur a compris les abîmes d’amour et de miséricorde du Cœur de Jésus et que toute pécheresse qu’elle est ce Cœur d’amour est non seulement disposé à lui pardonner, mais encore à lui prodiguer les bienfaits de son intimité divine, à l’élever jusqu’aux plus hauts sommets de la contemplation ».[57]

Le plus grand amour dans la plus grande simplicité

35. À la fin de l’Histoire d’une âme, Thérèse nous livre son Offrande comme Victime d’Holocauste à l’Amour Miséricordieux du Bon Dieu.[58] En se livrant pleinement à l’action de l’Esprit, elle reçoit, sans bruit ni signes particuliers, la surabondance de l’eau vive : « Les fleuves, ou plutôt les océans de grâces qui sont venus inonder mon âme… ».[59] C’est la vie mystique qui, même dépourvue de phénomènes extraordinaires, est proposée à tous les fidèles comme une expérience quotidienne d’amour.

36. Thérèse vit la charité dans la petitesse, dans les choses les plus simples de la vie quotidienne, et elle le fait en compagnie de la Vierge Marie, en apprenant d’elle qu’« aimer c’est tout donner et se donner soi-même ».[60] En effet, alors que les prédicateurs de son temps parlaient souvent de la grandeur de Marie de manière triomphaliste, éloignée de nous, Thérèse montre, à partir de l’Évangile, que Marie est la plus grande dans le Royaume des Cieux parce qu’elle est la plus petite (cf. Mt 18, 4), la plus proche de Jésus dans son humiliation. Elle voit que, si les récits apocryphes sont remplis de passages frappants et merveilleux, les Évangiles nous montrent une existence humble et pauvre, vécue dans la simplicité de la foi. Jésus lui-même veut que Marie soit l’exemple de l’âme qui le cherche avec une foi dépouillée.[61] Marie a été la première à vivre la “petite voie” dans la foi pure et l’humilité ; c’est pourquoi Thérèse n’a pas peur d’écrire :

«Je sais qu’à Nazareth, Mère pleine de grâces

Tu vis très pauvrement, ne voulant rien de plus

Point de ravissements, de miracles, d’extases

N’embellissent ta vie, ô Reine des Élus !…

Le nombre des petits est bien grand sur la terre

Ils peuvent sans trembler vers toi lever les yeux.

C’est par la voie commune, incomparable Mère

Qu’il te plait de marcher pour les guider aux Cieux. »[62]

37. Thérèse nous a aussi donné des récits de moments de grâce vécus dans la simplicité quotidienne, par exemple son inspiration soudaine en accompagnant une sœur malade au caractère difficile. Mais il s’agit toujours d’expériences d’une charité intense vécue dans l’ordinaire : « Un soir d’hiver, j’accomplissais comme d’habitude mon petit office, il faisait froid, il faisait nuit… Tout à coup j’entendis dans le lointain le son harmonieux d’un instrument de musique, alors je me représentai un salon bien éclairé, tout brillant de dorures, des jeunes filles élégamment vêtues se faisant mutuellement des compliments et des politesses mondaines ; puis mon regard se porta sur la pauvre malade que je soutenais ; au lieu d’une mélodie j’entendais de temps en temps ses gémissements plaintifs, au lieu de dorures, je voyais les briques de notre cloître austère, à peine éclairé par une faible lueur. Je ne puis exprimer ce qui se passa dans mon âme, ce que je sais c’est que le Seigneur l’illumina des rayons de la vérité qui surpassèrent tellement l’éclat ténébreux des fêtes de la terre, que je ne pouvais croire à mon bonheur… Ah ! pour jouir mille ans des fêtes mondaines, je n’aurais pas donné les dix minutes employées à remplir mon humble office de charité… ».[63]

Au cœur de l’Église

38. Thérèse a hérité de Sainte Thérèse d’Avila un grand amour pour l’Église et a pu atteindre les profondeurs de ce mystère. Nous le voyons dans sa découverte du “cœur de l’Église”. Dans une longue prière à Jésus,[64] écrite le 8 septembre 1896, jour du sixième anniversaire de sa profession religieuse, la Sainte confie au Seigneur qu’elle est animée d’un immense désir, d’une passion pour l’Évangile qu’aucune vocation ne peut satisfaire à elle seule. Ainsi, à la recherche de sa “place” dans l’Église, elle relit les chapitres 12 et 13 de la première Lettre de saint Paul aux Corinthiens.

39. Au chapitre 12, l’Apôtre utilise la métaphore du corps et de ses membres pour expliquer que l’Église comprend une grande variété de charismes ordonnés selon un ordre hiérarchique. Mais cette description ne suffit pas à Thérèse. Elle poursuit ses recherches, lit l’“hymne à la charité” du chapitre 13, y trouve la grande réponse et écrit cette page mémorable : « Considérant le corps mystique de l’Église, je ne m’étais reconnue dans aucun des membres décrits par saint Paul, ou plutôt je voulais me reconnaître en tous… La Charité me donna la clef de ma vocation. Je compris que si l’Église avait un corps, composé de différents membres, le plus nécessaire, le plus noble de tous ne lui manquait pas, je compris que l’Église avait un Cœur, et que ce Cœur était brûlant d’amour. Je compris que l’Amour seul faisait agir les membres de l’Église, que si l’Amour venait à s’éteindre, les Apôtres n’annonceraient plus l’Évangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang… Je compris que l’Amour renfermait toutes les Vocations, que l’Amour était tout, qu’il embrassait tous les temps et tous les lieux… en un mot, qu’il est éternel !… Alors dans l’excès de ma joie délirante, je me suis écriée : O Jésus, mon Amour… ma vocation, enfin je l’ai trouvée, ma vocation, c’est l’Amour… Oui j’ai trouvé ma place dans l’Église et cette place, ô mon Dieu, c’est vous qui me l’avez donnée… dans le Cœur de l’Église, ma Mère, je serai l’Amour… ainsi je serai tout… ainsi mon rêve sera réalisé !!!… ».[65]

40. Ce n’est pas le cœur d’une Église triomphaliste, c’est le cœur d’une Église aimante, humble et miséricordieuse. Thérèse ne se met jamais au-dessus des autres, mais à la dernière place avec le Fils de Dieu qui, pour nous, a pris la condition de serviteur et s’est humilié, devenant obéissant jusqu’à la mort sur une croix (cf. Ph 2, 7-8).

41. Une telle découverte du cœur de l’Église est aussi une grande lumière pour nous aujourd’hui, afin de ne pas nous scandaliser des limites et des faiblesses de l’institution ecclésiastique, marquée par des obscurités ou des péchés, et entrer dans son “cœur brûlant d’amour” qui s’est embrasé le jour de la Pentecôte par le don de l’Esprit Saint. C’est le cœur dont le feu se ravive encore par chacun de nos actes de charité. “Je serai l’amour” : voilà le choix radical de Thérèse, sa synthèse définitive, son identité spirituelle la plus personnelle.

Pluie de roses

42. Suite à de nombreux siècles au cours desquels nombre de saints ont exprimé, avec grande ferveur et beauté, leur désir d’“aller au ciel”, sainte Thérèse reconnait avec grande sincérité : « J’avais alors de grandes épreuves intérieures de toutes sortes (jusqu’à me demander parfois s’il y avait un Ciel) ».[66] À un autre moment, elle dit : « Lorsque je chante le bonheur du Ciel, l’éternelle possession de Dieu, je n’en ressens aucune joie, car je chante simplement ce que je veux croire ».[67] Que se passait-il ? Elle entendait l’appel de Dieu à mettre le feu au cœur de l’Église plus qu’elle ne rêvait de son propre bonheur.

43. La transformation qui s’est produite en elle lui a permis de passer d’un fervent désir du Ciel à un désir ardent et continu du bien de tous, culminant dans le rêve de poursuivre au Ciel sa mission d’aimer Jésus et de le faire aimer. En ce sens, elle écrit dans une de ses dernières lettres : « Je compte bien ne pas rester inactive au Ciel, mon désir est de travailler encore pour l’Église et les âmes ».[68] Et à cette même période, elle dit plus directement : « Mon Ciel se passera sur la terre jusqu’à la fin du monde. Oui, je veux passer mon Ciel à faire du bien sur la terre ».[69]

44. Thérèse exprimait ainsi sa réponse la plus convaincue au don unique que le Seigneur lui faisait, à cette lumière surprenante que Dieu lui déversait. De cette façon, elle arrivait à sa dernière synthèse personnelle de l’Évangile, qui partait de la pleine confiance pour atteindre son point culminant dans le don total aux autres. Elle ne doutait pas de la fécondité de ce don : « Je pense à tout le bien que je voudrais faire après ma mort ».[70] « Le bon Dieu ne me donnerait pas ce désir de faire du bien sur la terre après ma mort, s’il ne voulait pas le réaliser ».[71] « Ce sera comme une pluie de roses ».[72]

45. Le cercle se ferme. « C’est la confiance ». C’est la confiance qui nous conduit à l’Amour et nous libère ainsi de la peur, c’est la confiance qui nous aide à détourner le regard de nous-mêmes, c’est la confiance qui nous permet de remettre entre les mains de Dieu ce que lui seul peut faire. Cela nous laisse un immense torrent d’amour et d’énergies disponibles pour rechercher le bien des frères. Et ainsi, au milieu de la souffrance de ses derniers jours, elle pouvait dire : « Je ne compte plus que sur l’amour ».[73] À la fin, seul compte l’amour. La confiance fait jaillir les roses et les répand comme un débordement de la surabondance de l’amour divin. Demandons-la comme un don gratuit, comme un don précieux de la grâce, pour que les voies de l’Évangile s’ouvrent dans nos vies.

4. Au cœur de l’Évangile

46. Dans Evangelii gaudium, j’ai insisté sur l’invitation à revenir à la fraîcheur de la source pour mettre l’accent sur ce qui est essentiel et indispensable. Je crois qu’il est opportun de reprendre et de proposer à nouveau cette invitation.

Le Docteur de la synthèse

47. Cette Exhortation sur sainte Thérèse me permet de rappeler que, dans une Église missionnaire, « l’annonce se concentre sur l’essentiel, sur ce qui est plus beau, plus grand, plus attirant et en même temps plus nécessaire. La proposition se simplifie, sans perdre pour cela profondeur et vérité, et devient ainsi plus convaincante et plus lumineuse ».[74] Le cœur lumineux c’est « la beauté de l’amour salvifique de Dieu manifesté en Jésus Christ mort et ressuscité ».[75]

48. Tout n’est pas central, car il y a un ordre ou une hiérarchie entre les vérités de l’Église, et « ceci vaut autant pour les dogmes de foi que pour l’ensemble des enseignements de l’Église, y compris l’enseignement moral ».[76] Le centre de la morale chrétienne c’est la charité qui est la réponse à l’amour inconditionnel de la Trinité. C’est pourquoi « les œuvres d’amour envers le prochain sont la manifestation extérieure la plus parfaite de la grâce intérieure de l’Esprit ».[77] À la fin, seul l’amour compte.

49. Précisément, l’apport spécifique que nous offre Thérèse comme Sainte et comme Docteur de l’Église n’est pas analytique, comme pourrait l’être par exemple celui de saint Thomas d’Aquin. Son apport est plutôt synthétique, car son génie est de nous conduire au centre, à l’essentiel, au plus indispensable. Elle montre par ses paroles et par son parcours personnel que, même si tous les enseignements et normes de l’Église ont leur importance, leur valeur, leur lumière, certains sont plus urgents et plus structurants dans la vie chrétienne. C’est là que Thérèse a mis son regard et son cœur.

50. Théologiens, moralistes, penseurs de la spiritualité, ainsi que les pasteurs et chaque croyant dans son milieu, nous devons encore recueillir cette intuition géniale de Thérèse et en tirer les conséquences tant théoriques que pratiques, tant doctrinales que pastorales, tant personnelles que communautaires. Il faut de l’audace et de la liberté intérieure pour y parvenir.

51. L’on cite parfois seulement des expressions périphériques de cette sainte, ou bien l’on mentionne des questions qu’elle peut avoir en commun avec tous les autres saints : la prière, le sacrifice, la piété eucharistique, et tant d’autres beaux témoignages. Mais, en faisant ainsi, nous nous privons de ce qu’elle a de spécifique, de ce qu’elle donne à l’Église, parce que nous oublions que « chaque saint est une mission ; il est un projet du Père pour refléter et incarner, à un moment déterminé de l’histoire, un aspect de l’Évangile ».[78] C’est pourquoi, « pour reconnaître quelle est cette parole que le Seigneur veut dire à travers un saint, il ne faut pas s’arrêter aux détails […]. Ce qu’il faut considérer, c’est l’ensemble de sa vie, tout son cheminement de sanctification, cette figure qui reflète quelque chose de Jésus-Christ et qui se révèle quand on parvient à percevoir le sens de la totalité de sa personne ».[79] Cela vaut plus encore pour sainte Thérèse, qui est “Docteur de la synthèse”.

52. Du ciel à la terre, l’actualité de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face demeure dans toute sa “petite grandeur”.

En un temps qui nous invite à nous enfermer dans nos intérêts particuliers, Thérèse nous montre qu’il est beau de faire de la vie un don.

À un moment où les besoins les plus superficiels prévalent, elle est témoin du radicalisme évangélique.

En un temps d’individualisme, elle nous fait découvrir la valeur de l’amour qui devient intercession.

À un moment où l’être humain est obsédé par la grandeur et par de nouvelles formes de pouvoir, elle montre le chemin de la petitesse.

En un temps où de nombreux êtres humains sont rejetés, elle nous enseigne la beauté d’être attentif, de prendre soin de l’autre.

À un moment de complexité, elle peut nous aider à redécouvrir la simplicité, la primauté absolue de l’amour, la confiance et l’abandon, en dépassant une logique légaliste et moralisante qui remplit la vie chrétienne d’observances et de préceptes et fige la joie de l’Évangile.

En un temps de replis et d’enfermements, Thérèse nous invite à une sortie missionnaire, conquis par l’attrait de Jésus Christ et de l’Évangile.

53. Un siècle et demi après sa naissance, Thérèse est plus vivante que jamais au cœur de l’Église en chemin, au cœur du Peuple de Dieu. Elle est en pèlerinage avec nous, faisant le bien sur la terre, comme elle le désira tant. Les innombrables “roses” que Thérèse répand sont le signe le plus beau de sa vitalité spirituelle, c’est-à-dire les grâces que Dieu nous donne par son intercession comblée d’amour, pour nous soutenir sur le chemin de la vie.

Chère sainte Thérèse,

l’Église a besoin de faire resplendir

la couleur, le parfum, la joie de l’Évangile.

Envoie-nous tes roses.

Aide-nous à avoir toujours confiance,

comme tu l’as fait,

dans le grand amour que Dieu a pour nous,

afin que nous puissions imiter chaque jour

ta petite voie de sainteté.

Amen.

Donné à Rome, Saint-Jean-de-Latran, le 15 octobre, mémoire de sainte Thérèse d’Avila, de l’année 2023, la onzième de mon Pontificat.

FRANÇOIS

_________________________

[1] Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, OEuvres complètes, LT 197, à Sœur Marie du Sacré-Cœur (17 septembre 1896), Paris 1996, p. 553.

Il sera toujours fait référence à cette édition qui utilise les abréviations suivantes : Ms A : Manuscrit autobiographique “A” ; Ms B : Manuscrit autobiographique “B” ; Ms C : Manuscrit autobiographique “C” ; LT : Lettres ; PN : Poésies ; Pri : Prières ; CJ : “Carnet jaune” ; DE : Derniers entretiens.

[2] Pri 6, Offrande de moi-même comme Victime d’Holocauste à l’Amour Miséricordieux du Bon Dieu (9 juin 1895), p. 963.

[3] Pour la période 2022-2023, l’UNESCO a inscrit Sainte Thérèse de Enfant Jésus et de la Sainte Face comme personnalité à célébrer à l’occasion du 150ème anniversaire de sa naissance.

[4] 29 avril 1923.

[5] Cf. Décret sur les vertus (14 août 1921) : AAS 13 (1921), pp. 449-452.

[6] Homélie pour la canonisation (17 mai 1925) : AAS 17 (1925), p. 211.

[7] Cf. AAS 20 (1928), pp. 147-148.

[8] Cf. AAS 36 (1944), pp. 329-330.

[9] Lettre à Mgr F. Picaud, Évêque de Bayeux et Lisieux (7 août 1947) in Analecta OCD 19 (1947), pp. 168-171 ; Message radiodiffusé pour la consécration de la Basilique de Lisieux (11 juillet 1954) : AAS 46 (1954), pp. 404-407.

[10] Cf. Lettre à Mgr Jean-Marie-Clément Badré, Évêque de Bayeux et Lisieux, à l’occasion du centenaire de la naissance de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus (2 janvier 1973) : AAS 65 (1973), pp. 12-15.

[11] Cf. AAS 90 (1998), 409-413, pp. 930-944.

[12] Lett. ap. Novo Millennio ineunte (6 janvier 2001), n. 42 : AAS 93 (2001), p. 296.

[13] Catéchèse (6 avril 2011) : L’Osservatore Romano, ed. en langue française (7 avril 2011), p. 1.

[14] Cf. Catéchèse (7 juin 2023) : L’Osservatore Romano, ed. en langue française (8 juin 2023).

[15] LT 220, à l’abbé Bellière (24 février 1897), p. 576.

[16] Ms A, 69v°, p. 187.

[17] Cf. Ms C, 33v°-37r°, pp. 280-285.

[18] Cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 14 : AAS 105 (2013), pp. 1025-1026.

[19] Ms C, 34r°, p. 281.

[20] Ibid., 36r°, p. 284.

[21] CJ, 9 juin 1897, 3, p. 1013.

[22] Cf. Ms C, 2v°-3r°, pp. 237-238.

[23] Ibid., 2v°, p. 237.

[24] Ibid., 3r°, p. 238.

[25] Cf. Ms A, 84v°, p. 213.

[26] Cf. Exhort. ap. Gaudete et Exsultate (19 mars 2018), nn. 47-62 : AAS 110 (2018), pp. 1124-1129.

[27] Ms A, 32r°, p. 120.

[28] Le Concile de Trente l’expliquait ainsi : « Quiconque se considère lui-même, ainsi que sa propre faiblesse et ses mauvaises dispositions, peut être rempli d’effroi et de crainte au sujet de sa grâce » (Décret sur la justification, IX : DS, n. 1534). Le Catéchisme de l’Église Catholique le reprend lorsqu’il enseigne qu’il est impossible d’avoir une certitude sur nos propres sentiments ou sur nos oeuvres (cf. n. 2005). La certitude de la confiance ne se trouve pas en nous-mêmes ; le propre moi ne fournit pas la base de cette certitude, qui ne repose pas sur une introspection. D’une certaine manière, saint Paul l’exprimait ainsi : « Je ne me juge même pas moi-même. Ma conscience ne me reproche rien, mais ce n’est pas pour cela que je suis juste : celui qui me soumet au jugement, c’est le Seigneur » (1 Co 4, 3-4). Saint Thomas d’Aquin l’expliquait ainsi : puisque « la grâce est de quelque manière imparfaite en ce sens qu’elle ne guérit pas totalement l’homme » (Summa I-II, q. 109, art. 9, ad 1), « il reste aussi une certaine obscurité d’ignorance dans l’intelligence » (ibid., co).

[29] Pri 6, p. 963.

[30] Catéchisme de l’Église Catholique, n. 2011.

[31] Le Concile de Trente l’affirme clairement aussi: « Aucun homme pieux ne doit mettre en doute la miséricorde de Dieu » (Décret sur la justification, IX : DS, n. 1534). « Tous doivent placer et faire reposer dans le secours de Dieu la plus ferme espérance » (Ibid., XIII : DS, n. 1541).

[32] Ms B, 1v°, p. 220.

[33] Cf. Ms A, 48v°, p. 148 ; LT 92, à Marie Guérin (30 mai 1889), p. 393.

[34] Pri 6, p. 963.

[35] CJ, 23 juillet 1897, 3, p. 1054.

BOLLETTINO N. 0719 – 15.10.2023

34

[36] Ms C, 31rº, p. 277.

[37] Cf. ibid., 5rº-7vº, pp. 240-244.

[38] Ibid., 5vº, p. 241.

[39] Cf. ibid., 6vº, pp. 242-243.

[40] Cf. Lett. enc. Lumen fidei (29 juin 2013), n. 17 : AAS 105 (2013), p. 564-565.

[41] Ms C, 7rº, p. 243.

[42] LT 197, à soeur Maríe du Sacré Coeur (17 septembre 1896), p. 553.

[43] Ms A, 83vº, p. 211.

[44] Cf. ibid., 45vº-46vº, pp. 143-145.

[45] Ibid., 46rº, p. 144.

[46] Ibid.

[47] Ibid., 46vº, p. 144.

[48] Pri 2, p. 958.

[49] Summa Theologiae, I-II, q. 62, art. 4.

[50] Cf. Ms C, 11v°-31r°, pp. 249-276.

[51] Ms B, 1vº, pp. 220-221.

[52] Cf. ibid., 4rº, pp. 227-228.

[53] LT 122, à Céline (14 octobre 1890), p. 431.

[54] PN 24, 21, p. 697.

[55] Ibid., 6, p. 693.

[56] Cf. Ms A, 3rº, p. 73.

[57] LT 247, à l’abbé Belliére (21 juin 1897), pp. 603-604.

[58] Cf. Pri 6, pp. 962-964.

[59] Ms A, 84rº, p. 212.

[60] PN 54, 22, p. 755.

[61] Cf. ibid., 15, p. 753

[62] Ibid., 17, p. 754.

[63] Ms C, 29vº-30rº, pp. 274-275.

[64] Cf. Ms B, 2r°-5v° : p. 222-232.

[65] Ibid., 3v°, p. 226.

[66] Ms A, 80v°, p. 205. Ce n’était pas un manque de foi. Saint Thomas d’Aquin enseigne que dans la foi opèrent la volonté et l’intelligence. L’adhésion de la volonté peut être très solide et enracinée, tandis que l’intelligence peut être obscurcie : cf. De Veritate 14, 1.

[67] Ms C, 7v°, p. 244.

[68] LT 254, au P. Roulland (14 juillet 1897), p. 609.

[69] CJ, 17 juillet 1897, p. 1050.

[70] Ibid., 13 juillet 1897, 17, p. 1042.

[71] Ibid., 18 juillet 1897, 1, p. 1051.

[72] CJ, 9 juin 1897, 3, p. 1013.

[73] LT 242, à Soeur Marie de la Trinité (6 juin 1897), p. 599.

[74] Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 35 : AAS 105 (2013), p. 1034.

[75] Ibid., n. 36 : AAS 105 (2013), p. 1035.

[76] Ibid.

[77] Ibid., n. 37 : AAS 105 (2013), p. 1035.

[78] Exhort. ap. Gaudete et exsultate (19 mars 2018), n. 19 : AAS 110 (2018), p. 1117.

[79] Ibid., n. 22 : AAS 110 (2018), p. 1117.

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