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Le Pape en Méditerranée, le berceau de l’Église

Marseille Basilique Notre Dame de la Garde

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Basilique Notre Dame de la Garde à Marseille.

Jean-Baptiste Noé - publié le 10/09/23

En se rendant aux Rencontres méditerranéennes de Marseille les 22 et 23 septembre, François démontre l’importance de la Méditerranée pour l’Église. Le géopoliticien Jean-Baptiste Noé rappelle comment elle en est devenue le berceau et, aujourd'hui, l’espace de tous les dangers.

En disant qu’il se rendait à Marseille et non pas en France, François a surpris. Non qu’il dédaigne la France, mais parce que la raison de son voyage est bien Marseille dans le cadre des Rencontres méditerranéennes. Ou plus exactement, ce n’est pas tant à Marseille qu’il se rend qu’en Méditerranée, un espace qui lui est cher et qui est majeur dans l’histoire de l’Église. 

Depuis 2013, François s’est rendu à quinze reprises dans un pays de l’espace méditerranéen : Lesbos, Chypre, Malte, Égypte, Albanie, Bosnie, Turquie, Terre Sainte et donc Marseille sont quelques-unes des destinations accomplies. C’est l’espace géographique dans lequel il s’est le plus rendu. Cela se comprend au regard de l’importance de la Méditerranée aujourd’hui : entre Maghreb et Proche-Orient, Balkans et Europe, Asie Mineure et monde musulman. Toutes les thématiques sur lesquelles François a insisté durant son pontificat, et en premier lieu la question migratoire, sont partie prenante de l’espace méditerranéen. 

Berceau du christianisme

Mais la Méditerranée est d’abord et avant tout le berceau du christianisme. La Terre Sainte bien sûr, avec Jérusalem en son cœur, mais aussi Athènes et Rome qui ont fourni le cadre philosophique et juridique du christianisme. À quoi s’ajoutent des cités majeures comme Antioche, Alexandrie, Carthage, Constantinople. La Méditerranée est l’écrin et le creuset dans lequel s’est forgé le christianisme, des premiers temps apostoliques jusqu’aux pères de l’Église. Dresser la liste serait trop long, mais difficile cependant de ne pas évoquer Tertullien, Origène, saint Paul qui a navigué tout au long de cette mer, saint Augustin, saint Cyprien et tant d’autres.

Or cet espace unifié et cohérent s’est brisé avec la division de l’Empire romain entre Orient et Occident puis l’irruption de l’islam. Dans son célèbre ouvrage Mahomet et Charlemagne, l’historien Henri Pirenne (1862-1935) a montré comment l’irruption de l’islam a détruit l’unité civilisationnelle et culturelle de la Méditerranée, stoppant les échanges entre Orient et Occident, privant l’Europe de sa rive sud. Une rupture qui n’est pas réparée 1300 ans après. Le christianisme a disparu du Maghreb alors qu’il y fut florissant ; en Égypte, les chrétiens sont nombreux (entre 15 et 20% de la population), mais minoritaires et subissent fréquemment des vexations de la part du gouvernement et des associations islamistes. De Jean-Paul II à François, il y a une continuité pour défendre les chrétiens orientaux, qui sont chez eux en Orient et qui sont à l’origine même d’une grande partie de la culture orientale. 

Le défi migratoire

En Algérie, Tipaza a vu passer les Phéniciens et les Romains ; les restes de la cité antique dominent toujours le rivage de la Méditerranée. Aucun pape n’a encore pu se rendre en Algérie, dont le gouvernement demeure fermé et le souvenir de l’assassinat des moines de Tibhirine vivace. Berceau du christianisme, l’espace méditerranéen est en plusieurs pays fermés aux chrétiens, aux prêtres ou aux religieux qui ne peuvent pas circuler librement.  

La Méditerranée est aussi l’un des lieux du défi migratoire. François y reviendra longuement à Marseille, comme il le fit à Lampedusa et à Lesbos. C’est pourtant un défi en trompe-l’œil. Les routes migratoires sont évidemment importantes pour l’Europe, étant donné ses conséquences, que celles-ci traversent la Méditerranée ou bien passent par les Balkans et l’Espagne. Mais d’autres espaces dans le monde sont tout aussi concernés par les migrations, sans que les colonnes médiatiques n’en parlent. Les migrants abattus à la frontière de l’Arabie saoudite ont ainsi peu fait parler d’eux. Comme sont peu évoquées les migrations internes à l’Afrique, pourtant plus importantes que les migrations de l’Afrique vers l’Europe. Frontière entre le Rwanda et le Congo, la Namibie et l’Afrique du Sud sont quelques exemples de ces lieux où les drames humains sont massifs et réguliers.

La possibilité de la paix 

Espace de tensions, la Méditerranée est aussi un lieu où la paix est possible. Il y a quatre ans, les tensions étaient vives entre la Turquie et la Grèce ; elles sont désormais retombées. Une coopération se met en place pour exploiter les gisements de gaz de la Méditerranée orientale, qui sont majeurs et qui vont bouleverser le marché international de l’énergie. Dans les Balkans, la paix a fini par s’installer et au Proche-Orient, la dernière guerre directe entre États remonte à 1973. La paix est donc chose possible et les hommes sont capables de faire taire les armes. C’est un message d’espoir qui devrait plaire à François lors de sa venue, non pas en France, mais à Marseille, c’est-à-dire en Méditerranée.

Tags:
Pape FrançoisPape François à Marseille
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