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Pourquoi débattre quand on est sûr d’avoir raison ?

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LUDOVIC MARIN / AFP

Des députés chantant la Marseillaise à la fin du débat sur la réforme des retraites, le 18 février 2023.

Jeanne Larghero - publié le 24/03/23

Avoir des convictions et demeurer accessible au doute, là est le secret de ceux qui aiment la vérité. Pour la philosophe Jeanne Larhero, ne pas dérober aux questions des autres permet d’accéder à une plus grande vérité et se fortifier dans ses raisons.

Invectives, bras d’honneurs, hymnes braillés, il ne manquait plus que les vuvuzelas ! Vous l’aurez deviné, nous sommes bien à l’Assemblée nationale en ce mois de mars 2023. Et puisqu’on y vote dans un climat peu propice voire carrément hostile au débat, la question semble réglée : à quoi bon débattre quand on est sûr d’avoir raison ? C’est une situation courante. Lorsqu’on on s’est forgé une conviction sur un sujet, on ne voit plus trop l’intérêt de continuer à écouter ce que les autres ont à nous dire : s’ils défendent de surcroît une opinion opposée à la nôtre, et tenue pour fallacieuse, à quoi bon entendre leurs arguments ? N’est-ce pas une perte de temps ? Autant consacrer son énergie à convaincre les indécis, si on en trouve.

Le slogan ou l’argument

Mais il y a alors de fortes chances pour que le camp d’en face raisonne de même. À quoi bon expliquer, argumenter, développer ses idées face quelqu’un qui tient à ses certitudes ? Tel est bien le problème qui finit par scléroser ceux qui sont persuadés de détenir la vérité : celui qui pense avoir raison n’écoute plus, mais perd aussi petit à petit le goût de l’explication et du dialogue, il palabre, il radote. Et pourtant, n’a-t-on pas le droit d’avoir des certitudes ?

On peut avoir de fortes convictions, une foi chevillée au corps et cependant être accessible au doute, c’est le secret du dialogue, et le moteur de l’intelligence. Lorsque vous vous trouvez vous-même devant quelqu’un tout disposé à écouter, attentif en dépit de ses propres opinions, désireux d’apprendre et prêt à évoluer, vous êtes alors portés à chercher en vous-même les ressources du dialogue constructif : le mot plus juste, la distinction plus fine, l’exemple plus frappant, le fait précis et irréfutable qui saura faire pencher celui que rien n’empêche par ailleurs d’aller vérifier vos dires.

Voilà comment la pensée personnelle s’appauvrit : quand elle substitue le slogan à l’argument.

Votre intelligence objective des personnes et des situations, se renforce. En revanche, face à quelqu’un qui de toute façon n’ira rien vérifier, et attend juste que vous ayez fini de parler puisque son opinion est déjà faite et qu’il campe sur ses positions, point n’est besoin de se donner trop de mal. Quelques slogans bien rimés, quelques éléments de langages soigneusement répétés feront aussi bien l’affaire. Et voilà comment la pensée personnelle s’appauvrit : quand elle substitue le slogan à l’argument. Jusqu’au moment où on ne sait plus penser autrement que par slogans, par jargon “sociétal”, ou par “langue de buis”. Le moyen de ne pas être mis en difficulté par la pensée d’un autre ? Confisquer la parole, crier, brailler, gesticuler, ou lancer des anathèmes.

Être accessible au doute

En revanche être accessible au doute, et par conséquent au dialogue nous ouvre à un monde plus complexe, plus riche, plus vivant, un monde qui ne se limite pas à la vision que nous en avons, très souvent coextensive à la défense de nos intérêts. C’est un monde où « avoir raison » n’est pas l’objectif premier, mais où la connaissance de la vérité importe le plus. 

C’est ce que nous apprend l’aveugle guéri par Jésus, dans le récit qu’en fait saint Jean (Jn 9, 1-41). Confronté aux questions de son entourage, aux accusations des pharisiens, à l’incrédulité de sa famille, et toujours soucieux d’y répondre, on voit alors son regard sur Jésus changer progressivement : il le nomme d’emblée comme celui « qui m’a mis de la boue sur les yeux » puis, face aux questionnement des autres, il avoue reconnaître en lui un maître, pour finalement s’exclamer : “Je crois, Seigneur !” C’est ainsi : celui qui ne se dérobe pas aux doutes des autres, et les prend au sérieux, accède lui-même à une plus grande vérité et se fortifie dans ses raisons.

Aimer la vérité

Voilà pourquoi les paroles du cardinal Ratzinger, futur Benoît XVI, lors d’un débat public qui l’opposa au philosophe Paolo Flores D’Arcais le 21 septembre 2000 à Rome n’ont rien perdu de leur puissance : “La vérité n’est pas la propriété privée de tel ou tel, elle doit être partagée, elle doit être connue. […] C’est pourquoi, il est important que nous ne vivions pas seulement à l’intérieur de nos certitudes et de nos identités, mais que nous nous exposions réellement aux questions des autres.” (Est-ce que Dieu existe ? Dialogue sur la vérité, la foi et l’athéisme, Payot). Aimer la vérité et se rendre accessible au doute, tel est le chemin emprunté par ceux qui ont la foi et ne craignent pas de débattre.

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