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Un pape meurt, l’Église demeure…

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Vatican Media

Michel Cool - publié le 07/01/23

L’affection pour un pape ne doit pas faire oublier que celui-ci est le vicaire du Christ dans une Église qui se maintient à travers la continuité de tous les papes. Être catholique, précise notre chroniqueur Michel Cool citant Joseph Ratzinger, c’est entrer dans une grande histoire vivante où le chrétien se sait en communion avec les vivants et les morts.

Un catholique peut connaître de son vivant plusieurs papes. Chaque saison de sa vie capte ce que sa foi, son intelligence du monde et son affectivité sont prêtes à recevoir d’eux. Fort de sa maturité et aiguillé par son expérience personnelle et la conscience qu’il en retire, il peut aussi revenir sur ses pas et retrouver l’empreinte lumineuse d’un pape du passé qu’il ignorait ou avait oublié. Redécouvrir, par exemple, en cette année du bicentenaire de sa mort, la persévérance et la magnanimité de Pie VII, « le pape prisonnier de l’empereur » Napoléon (titre du livre de l’historien Serge Ceruti, paru chez Salvator)…  

Nul pape n’est une île

Ce retour à l’histoire a l’immense avantage de mettre en évidence une réalité à la fois spirituelle et temporelle trop minorée à l’ère du diktat de l’émotion et de l’immédiateté : nul pape n’est une île. En effet, ils se suivent les uns les autres, certes avec leurs génies, leurs limites et leurs fortunes diverses. Mais ils sont interdépendants, reliés les uns aux autres par des décisions qui les précèdent ; un peu comme des coureurs de relais dont la course dépend de celui qui leur passe le témoin. Chaque pape participe ainsi à la confection d’un immense patchwork inachevé, en lui apportant sa touche de couleur personnelle. Cette tapisserie, métaphore chère à Charles Péguy né il y a 150 ans, forme la trame bigarrée de la papauté.

Un phénomène s’est emparé de la politique, de la culture et de la religion : l’effet générationnel. Inventé par le publicitaire Jacques Séguéla, le slogan « génération Mitterrand » a fait florès chez les catholiques français répartis maintenant en « génération Jean Paul II« , « génération Benoît XVI« , etc. Des classes d’âges se réfèrent ainsi à un personnage un peu comme si elles se regardaient à travers lui dans un miroir. Les papes ont désormais leurs « fan-clubs » comme les politiciens, les sportifs, les chanteurs… Et même les journalistes, maintenant qu’ils jouent les vedettes ! C’est une grille de lecture dont raffolent les médias, même confessionnels : elle leur permet en effet de simplifier, mais en courant parfois le risque de la simplification.

Vicaire du Christ

Il n’y a pas de mal à se référer à un pape surtout quand son pontificat caresse de ses rayons une période cruciale de formation humaine et spirituelle : on aime le pontife de son âge tendre ! Le pape François lui-même compare Paul VI à « une lumière dans sa vie ». Une dérive se fait jour quand cette identification devient exclusive, absolue, idolâtre. Selon sa définition scientifique, une génération spontanée nie toute ascendance, toute parenté à ce qui vit. Dans le cas précis qui nous intéresse, cela reviendrait à considérer que tel pape résumerait à lui tout seul l’histoire, la doctrine, la liturgie, la théologie, la littérature, la morale de l’Église catholique romaine… Des dithyrambes parus ces jours-ci sur Benoît XVI ont pu verser dans ce travers. Mais le pape défunt a aussi inspiré des réquisitoires qui n’ont pas vraiment brillé par leur souci de la nuance et la maturité de leur sens critique.

Un pape meurt, mais l’Église du Christ demeure ; Son Église continue à voguer au grand large.

La vision générationnelle à la mode est forcément restreinte et réductrice. Elle est principalement un contresens de ce que signifie le catholicisme ; de ce qui fait son « génie » aurait dit Chateaubriand : un universalisme qui ne peut être personnifié que par le Christ, car Il est à la fois Le message et Le messager de la foi. Le Pape n’est que son vicaire, un suppléant en second placé à la barre de la nef lancée sur les flots, depuis le fameux jour où Pierre reçut les clés du royaume. Le chef des apôtres est traditionnellement présenté en précurseur de la papauté. Mais le prophète Jean-Baptiste, qui est à la fois « à cheval » sur l’Ancien et le Nouveau Testament et le guide montrant aux foules le Messie s’approchant d’elles, peut aussi être une source d’inspiration formidable pour les papes des temps modernes : montrer sans cesse, en s’accrochant à la croix comme au mât d’un navire, la lumière du Christ, malgré l’épaisseur du brouillage provoqué par le changement considérable d’époque que nous vivons.

Une histoire vivante et continue

Un pape meurt, mais l’Église du Christ demeure ; Son Église continue à voguer au grand large. Pour ne pas perdre de vue cette perspective, un œil simplement générationnel, captif de l’instant émotionnel et d’une image passagère, est insuffisant : il faut avoir un œil catholique, c’est-à-dire universel, dilaté aux dimensions du monde et pouvant embrasser le présent et le passé. Le plus fascinant dans le fait d’être catholique ? « C’est cette grande Histoire vivante dans laquelle nous entrons, ce qui d’un point de vue purement humain est déjà quelque chose d’extraordinaire, répondait Joseph Ratzinger (Le Sel de la terre, Flammarion/Cerf, 1997). Qu’une institution avec tant de faiblesses et de défaillances humaines se maintienne pourtant dans sa continuité et que moi, en partageant la vie de cette grande communauté, je puisse me savoir en communion avec tous les vivants et les morts ; et que je trouve en elle une certitude sur l’essentiel de ma vie — ce Dieu tourné vers moi —, certitude sur laquelle je peux fonder ma vie, avec laquelle je peux vivre et mourir. »

Dans cette perspective de communion, le « à chacun son pape » ou le « c’est mon pape » n’a donc guère de sens et n’est pas pertinent. Pour traverser le grain qui s’abat sur eux, en Occident, les catholiques doivent accomplir leur révolution culturelle : devenir historiens de leur avenir ; et progresser dans la communion des saints. Pour cela il leur faut se réapproprier le temps long de l’Église et méditer sur l’incomparable patchwork multicolore de la papauté, tout en approfondissant leur signification spirituelle. Ainsi équipés, ils pourront mieux servir le présent et préparer l’avenir. Les chrétiens sont les témoins d’une mémoire d’avenir : ce n’est pas là le moindre legs d’un pape qui passe.

Revivez en images les funérailles de Benoît XVI :

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