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Benoît XVI a bouleversé leur vie spirituelle. Ils témoignent

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Artège

Alexia Vidot.

Marzena Devoud - publié le 06/01/23

Après les funérailles de Benoît XVI ce jeudi 5 janvier, n’est-ce pas le moment d’écouter ceux dont la vie a été bouleversée par ce pape discret qui aura converti ou (re)converti tant de personnes ?

En disant, à distance, mon dernier adieu au pape émérite enterré ce jeudi 5 janvier, je repense sans cesse au jour où j’ai vu dans le regard de Benoît XVI un « cœur qui voit ». Ce regard a eu un impact spirituel sur ma vie. Un impact auquel je ne m’attendais pas. Benoît XVI n’était pas le pape de ma jeunesse. Née à Cracovie en 1965, je faisais partie tout naturellement de la génération Jean Paul II. Même plus : j’avais eu le bonheur de le connaître dès ma petite enfance. Des rencontres et des conversations qui restent comme un repère. Puis, pour compléter, des lectures de ses textes ou des échanges avec ses amis et collaborateurs, dont mon père, Stefan Wilkanowicz. Le tout accompagné par ce sentiment d’infinie gratitude pour le fait qu’il a été pour nous, les Polonais, un soutien, un guide et un témoin d’espérance en des temps sombres de l’époque communiste. Bref, tous mes questionnements en lien avec ma foi et aussi avec mes choix de vie allaient automatiquement vers mon pape, Jean Paul II.

Et pourtant, quand je me suis retrouvée le 16 octobre 2005 dans la bibliothèque du Vatican en face de Benoît XVI j’ai été éblouie par sa personne : Joseph Ratzinger semblait si différent de toutes les étiquettes qu’on lui collait ! Découvrir son vrai visage a été une expérience exceptionnelle à laquelle je ne m’attendais pas. Fraîchement élu, le pape allemand avait accepté de remettre à mon père, au nom de son prédécesseur, le prix Jean Paul II décerné par l’Institut des droits de l’homme du Musée d’Auschwitz-Birkenau. Un geste doublement symbolique : non seulement la cérémonie devait avoir lieu le 16 octobre, date anniversaire du début du pontificat de Jean Paul II, mais le sens même du prix remis finalement par un pape allemand prenait une toute autre dimension.

C’est à l’issue de l’Angélus place Saint-Pierre baignée de soleil, que la cérémonie a lieu au Palais apostolique du Vatican. Après la partie officielle, entourés entre autres par le cardinal Franciszek Macharski, archevêque de Cracovie et Hanna Suchocka, ambassadrice de Pologne près le Saint Siège, nous nous retrouvons en tout petit comité (une quinzaine à peine) dans la bibliothèque du palais. Benoît XVI recevait en audience privée mon père, son épouse, ses deux filles avec leurs maris et leurs enfants. Une chose m’a saisie tout de suite : j’avais l’impression de rencontrer quelqu’un de très proche. Comme si nous nous connaissions depuis toujours. Mais ce lien tissé à l’instant même ne venait pas tellement de ses paroles. Non, il venait de son regard : il y avait une douceur, une profondeur et une bonté qui l’illuminait. C’était saisissant. A l’écoute, humble, attentif (y compris à notre fils Charles, 6 ans, qui, curieux de tout, courait dans tous les sens…) sa délicatesse rare contrastait avec le decorum imposant qui semblait l’écraser un peu. Pendant ces trente ou quarante minutes, de sa présence, il émanait, j’en suis sûre, une espèce de douceur immense et un tact spirituel envers tous ceux qui doutent, qui renoncent ou qui cherchent Dieu.

A la remarque de quelqu’un déplorant que la majorité des catholiques se rendent à l’église uniquement lors des occasions festives, il a répondu dans un français parfait plus ou moins comme suit : « Ce n’est pas grave, il faut se réjouir que ces gens viennent à l’église quand même ». En l’écoutant, je cherchais plusieurs fois à recroiser son regard qui m’avait tellement touchée. Pourquoi ? Je l’ai compris seulement trois mois plus tard, en lisant sa première encyclique Deus caritas est (Dieu est amour) : « Le programme du chrétien – le programme du bon Samaritain, le programme de Jésus – est un « cœur qui voit ». Ce cœur voit où l’amour est nécessaire et il agit en conséquence », écrira-t-il. Dans le regard de Benoît XVI ce 16 octobre 2005, j’ai vu un « cœur qui voit ».

Alexia Vidot

Nous avons cru à l’amour de Dieu : cette phrase de Benoît XVI m’habite au quotidien.

Si Alexia Vidot, journaliste de l’hebdomadaire La Vie devait choisir une seule pensée de Benoît XVI, c’est aussi celle extraite de sa première encyclique : Deus caritas est (Dieu est amour) : « Nous avons cru à l’amour de Dieu ». Elle l’habite au quotidien. Alexia a vécu sa conversion à l’âge de 20 ans, au tout début du pontificat du pape allemand. Dans son livre Cher Benoît XVI qui vient de paraître aux Editions Emmanuel, l’auteure rend hommage à « son pape ». Sous la forme de lettres, elle s’adresse une dernière fois à lui, dessinant son portrait à la fois riche, subtil et attachant.

« Quand j’ai voulu expliquer ma conversion à ma famille, je me suis appuyée sur cette parole de Benoît XVI qui décrit le phénomène à merveille : « À l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive. » La conversion d’Alexia a, en effet, tout changé. C’était en 2008. Pendant les trois jours passés dans un monastère, elle vit l’expérience de la rencontre avec Dieu… Et Benoît XVI est déjà là. « En arrivant au monastère un peu par hasard, les sœurs qui m’accueillaient m’ont donné à lire son encyclique Dieu est amour. J’avais beaucoup de réticences à l’ouvrir. Je n’appréciais pas vraiment le Pape, mes a priori étaient très négatifs. Mais finalement je l’ai fait et tout de suite, j’ai été totalement séduite : Il décrivait ce que j’étais en train de vivre ! Benoît XVI m’a révélé comme chrétienne », confie-t-elle à Aleteia. A partir de là, cette journaliste de l’hebdomadaire La Vie commence à lire les textes du Pape pour mieux le connaître. « Je lui dois tout car il m’aide depuis ma conversion à cheminer dans ma nouvelle vie de foi. J’ai l’impression d’avoir un compagnonnage spirituel. C’est une amitié et même une paternité spirituelle », poursuit-elle en expliquant que le pape, en grand théologien, sait rendre accessible le mystère de la foi avec les mots de la raison. 

« Les personnes converties comme moi, ont souvent ce travers d’être un peu trop dans le sentimental, alors que Benoît XVI, il fait travailler mon esprit », précise-t-elle. Une autre difficulté, c’est de se dire : ça y est, je suis du bon côté de la barrière. Mais en fait, non. Et Benoît XVI insiste sur cette quête perpetuelle de conversion toujours recommencée, en disant qu’il faut toujours renouveler le choix d’être chrétien, retrouver la joie d’être chrétien. Pour moi, Benoît XVI a recentré le cœur du christianisme qui est une Personne. Et ce Dieu est fondamentalement amour. Grâce à lui, j’ai compris que le christianisme n’est pas une morale ou une idéologie ni affaire de sociologie. C’est une relation d’amour », conclut-t-elle.

Grzegorz Polakiewicz

Benoît XVI m’a dit : « On se verra au Ciel. Je vous y attendrai ! »

Grzegorz Polakiewicz, un jeune Varsovien de 30 ans, influencer et auteur de nombreux ouvrages est handicapé depuis quelques années, après avoir été amputé d’une jambe. Mais cela ne l’a pas empêché de faire en 2017 un pèlerinage à pied à Saint-Jacques de Compostelle, en signe de gratitude d’avoir eu comme pape Benoît XVI. C’était l’année de son 90ème anniversaire. Deux ans plus tard, le 11 novembre 2019, Grzegorz a eu le privilège de rencontrer Benoît XVI.

En fin d’après-midi, au bureau des laissez-passer de la gendarmerie du Vatican, Grzegorz présente une invitation signée par le secrétaire personnel émérite du pape, Mgr Georg Gänswein. On l’invite alors à monter dans une voiture avec l’un des officiers, pour rejoindre les jardins du Vatican. Il est déposé à l’entrée du monastère Mater Ecclesiae. À sa porte une religieuse demande à Grzegorz d’entrer et de le suivre, jusque dans une pièce au rez-de-chaussée où elle lui demande d’attendre. Soudain, la porte s’ouvre et la silhouette de Benoît XVI apparaît dans son fauteuil roulant. « Quand j’ai vu le Pape, bien que je n’ai qu’une jambe et que je dois m’appuyer sur deux béquilles, je me suis agenouillé devant lui et j’ai posé ma tête dans ses mains. Incapable de prononcer un seul mot, je pleurais. Et lui, il me caressait la tête », confie-t-il à Aleteia.

Grzegorz Polakiewicz z papieżem seniorem Benedyktem XVI

Grzegorz lui offre un carnet de route de son Camino à Saint-Jacques de Compostelle. « Il a pris le document dans ses mains et il m’a regardé en disant : « Et vous avez parcouru un chemin si long et si difficile en mon intention ? Qu’ai-je fait pour mériter cela ? » J’étais bouleversé par son humilité et sa modestie. Il a perçu quelque chose qui ne peut être vu qu’avec le cœur. A ce moment-là, je me suis senti tout simplement aimé tel que je suis », poursuit-il. Difficile pour Grzegorz d’imaginer que l’un des plus grands théologiens est juste assis à côté de lui. « Je savais que j’avais en face de moi un futur docteur de l’Église. Mais je voyais surtout quelqu’un qui me regardait comme si j’étais bien plus qu’un simple visiteur. Il avait le regard d’un saint », raconte Grzegorz. « Et lorsque le Pape m’a béni avant de me dire au revoir, il a levé légèrement sa main en me disant : « On se voit au paradis. Je vous attendrai là-bas. »

Grzegorz a cette conviction intérieure : « Je crois que par le processus de béatification, l’Église confirmera que le pape Benoît XVI est déjà au ciel et qu’il y intercède pour nous devant le Seigneur », conclut-il, en lui répétant à voix basse : « À bientôt donc au Ciel ! »

[EN IMAGES] Les funérailles de Benoît XVI

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