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Pourquoi le pape François part-il quatre jours à Bahreïn ?

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Photo by ARIS MESSINIS / AFP

Hugues Lefèvre - publié le 02/11/22

Le pape François part ce jeudi 3 novembre pour le Bahreïn où il restera jusqu’au 6 novembre. Un voyage au cours duquel il assistera à un forum interreligieux avec des leaders du monde musulman et rencontrera la petite communauté chrétienne de quelque 80.000 fidèles présente dans ce royaume musulman. Décryptage.

Le pape François rejoint ce jeudi 3 novembre le Royaume de Bahreïn, petit État de la Péninsule, pour son 39e voyage apostolique à l’étranger depuis son arrivée sur le trône de Pierre en 2013. À 85 ans, le pontife argentin doit participer à un forum interreligieux avec des leaders du monde musulman et rencontrer la petite communauté chrétienne présente dans ce royaume musulman qui accueille plus de 80.000 catholiques, essentiellement venus d’Asie.

Trois ans après son déplacement historique aux Émirats arabes unis – aucun Pape n’avait jusqu’alors posé le pied dans la Péninsule arabique –, le pape François retourne dans le Golfe pour honorer l’invitation du roi Hamed ben Issa Al Khalifa et conclure le Forum de Bahreïn pour le dialogue ayant pour thème : « Orient et Occident pour la coexistence humaine ».

Forum interreligieux

Il retrouvera à cette occasion le Grand Imam d’al-Azhar, Ahmed el-Tayeb, avec qui il a signé à Abou Dabi en 2019 le fameux Document sur la fraternité humaine pour la paix dans le monde et la coexistence commune. Les deux hommes se connaissent bien et se croisent régulièrement lors de sommets interreligieux – leur dernière rencontre remonte au mois de septembre à l’occasion du Congrès des dirigeants religieux organisé au Kazakhstan.

« Le Pape et le Grand Imam se sont rencontrés à de nombreuses reprises. Cela est cohérent avec le message que le Pape véhicule : la culture de la rencontre et de l’amitié se construit par la fidélité et l’enracinement. L’un et l’autre ne sont pas dans la logique du “coup d’éclat médiatique” », confie le frère Emmanuel Pisani, directeur de l’Institut dominicain d’études orientales, qui sera présent à Bahreïn.

Le dialogue ne peut que s’approfondir. Rien n’est définitivement acquis.

Au Forum de Bahreïn, le Pape saluera les membres du Conseil des sages musulmans, à la tête duquel est Ahmed el-Tayeb. Fondée en 2014, cette institution veut promouvoir la paix au sein de l’islam et favoriser le dialogue entre des leaders musulmans de divers courants. Se voulant représentatif, ses 17 membres – dont deux chiites – viennent de 15 pays différents du Moyen-Orient, d’Asie du Sud-Est, du Caucase et d’Afrique. Mais tous les courants et écoles de l’islam n’y figurent pas – aucun leader iranien, turc ou bien pakistanais n’y prend part.

Pour le frère Pisani, cette rencontre de Bahreïn s’inscrit dans le sillage de celle d’Abou Dabi, qui marqua une étape « décisive » dans le dialogue islamo-chrétien mais qui doit se poursuivre. « Le dialogue ne peut que s’approfondir. Rien n’est définitivement acquis », insiste-t-il. Hébergé dans le complexe du Palais d’Al-Sakhir, le pape François se rendra vendredi après-midi dans la mosquée du palais royal où seront notamment lus un passage du Coran et du Livre de la Genèse.

Au chevet de la minorité chrétienne

À l’issue de cette séquence islamo-chrétienne intense, le chef de l’Église catholique inaugurera la deuxième phase de son voyage en rejoignant la Cathédrale Notre-Dame d’Arabie où il participera à une rencontre œcuménique et de prière pour la paix.

Car c’est aussi pour rejoindre une périphérie du catholicisme que le pape a choisi de se rendre à Bahreïn. « On estime à 80.000 le nombre de catholiques ici, dont beaucoup sont des migrants venus d’Asie, notamment des Philippines et de l’Inde », rapporte Mgr Hinder, administrateur apostolique du vicariat apostolique d’Arabie du Nord. Le royaume compte deux églises catholiques. La première, bâtie en 1939, fût la première église construite dans la Péninsule arabique, une région qui avait connu avant l’arrivée de l’islam au VIIe siècle une présence chrétienne.

La seconde, Notre-Dame d’Arabie, fut inaugurée l’an passé. Construite sur un terrain cédé par le roi, elle permet d’accueillir jusqu’à 2.300 fidèles, ce qui en fait la deuxième plus grande église catholique romaine du Golfe persique.

Dans cette cathédrale viennent prier des catholiques de Bahreïn mais aussi d’autres pays de la région, de l’Arabie saoudite par exemple, où il n’y a aucune église. « Dans le Golfe, on peut se réjouir de voir des dizaines d’églises, comme aux Émirats, mais cela est bien peu quand on sait que la Péninsule compte plusieurs millions de croyants… », analyse Antoine Fleyfel, directeur de l’Institut chrétiens d’Orient. « Dans l’église du Sacré Cœur de Manama, à Bahreïn, il y a des vendredis avec 10 messes et des dimanches avec 8 messes », rapporte-t-il.

La question des Droits de l’homme à Bahreïn

Quelques jours après l’annonce officielle du voyage du pape François à Bahreïn, plusieurs organisations de défense des droits de l’homme ont dénoncé les discriminations religieuses « quotidiennes » subies par la communauté chiite dans ce pays où elle est pourtant majoritaire. Pour ces ONG, le royaume n’est pas un hôte crédible pour l’organisation d’un forum sur la coexistence humaine, et demandent au Pape de réagir.

Dans une récente tribune au Monde, Husain Abdulla, directeur exécutif de l’ONG « Americans for Democracy & Human Rights in Bahrain », a ainsi pointé du doigt « un modèle de discrimination d’État » pratiqué par la dynastie sunnite des Khalifa, à la tête du pays depuis 1783. Si 65% des Bahreïnis sont chiites – sur 1,5 million d’habitants –, ces derniers seraient cependant « une minorité aliénée à tout point de vue ».

Interpellé par les journalistes lors d’une présentation du voyage le 28 octobre, le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, Matteo Bruni, a déclaré ne pas savoir si le pape François aborderait ou non ces questions durant son déplacement et a rappelé que la pensée du Pape sur les questions de liberté religieuse et des droits de l’homme était connue.

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