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Sandrine et les garçons 

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CC BY-SA 4.0 I Greenbox — Travail personnel

Sandrine Rousseau.

Xavier Patier - publié le 05/09/22

Ne cédons pas à la simplification du rire. Demandons-nous plutôt d’où vient la fortune médiatique trouvée par chaque accusation de l’élue écologiste lancée contre le sexe opposé. Pour l’écrivain Xavier Patier, qui se méfie du fantasme de l’explication unique, la différenciation des sexes est une merveille inventée pour enchanter le monde.

Que la députée Sandrine Rousseau ait un problème avec les garçons est une évidence sans doute trop manifeste pour qu’on cède à la facilité de s’y attarder. Les outrances de la députée sur la nocivité des hommes donnent lieu plus souvent qu’à leur tour, en réplique, à des sarcasmes de corps de garde qui n’honorent pas le débat public. Ne cédons pas à la simplification du rire. Demandons-nous plutôt d’où vient la fortune médiatique trouvée par chaque accusation de l’élue écologiste lancée contre le sexe opposé. Selon Sandrine Rousseau, le mâle blanc est responsable du racisme, du dérèglement climatique, des déchets nucléaires, des inégalités, des épidémies, des pénuries, bref de tous les péchés capitaux du nouveau catéchisme, et même, dernière trouvaille, coupable du délit de barbecue, résidu d’une virilité qui bouge encore au bord des piscines et qu’il faut d’urgence euthanasier. 

Une intelligence blessée

Pourquoi tout le monde se croit-il tenu de réagir aux provocations de Sandrine Rousseau, comme si ce qui est excessif avait cessé d’être insignifiant ? L’écho donné aux saillies de Sandrine Rousseau est un signe des temps plus intéressant que les volées d’insultes salaces frappant l’intelligence blessée d’une députée volubile jusqu’à lui donner raison pourraient le laisser croire. Une intelligence blessée, dis-je. Car Sandrine Rousseau est intelligente et blessée. Qui d’entre nous ne se sent ni intelligent, ni blessé ? 

Essayons de comprendre. Le début des années 1990 avait été marqué par le triomphe d’une série télévisée intitulée Hélène et les Garçons, feuilleton qui racontait les amourettes insouciantes d’étudiants heureux de vivre. Dans cette série, les filles tombaient amoureuses des garçons, les garçons couraient derrière les filles, et la guerre de sexes finissait en d’inévitables scènes de fraternisation corporelle. Nulle théorie du genre dans Hélène et les Garçons, nulle référence aux inégalités intersectionnelles, nul wokisme, nulle révolte contre l’état du monde. Nulle culpabilité. Pas de Sida, pas de chômage non plus, pas de dérèglement climatique. C’était trop beau, à en être désespérant. 

Inachevé, imparfait, sexué

Trente ans plus tard, le feuilleton de l’été pourrait s’appeler Sandrine et les Garçons. Chaque semaine, une idée, une proposition, un livre ou une formule de Sandrine Rousseau s’en prenant aux hommes enflamme le débat. Sandrine est le contraire d’Hélène. Il n’est plus question de tomber amoureux : il s’agit de haïr la réalité du monde. Il s’agit de punir. Que s’est-il donc passé depuis trente ans ? Pas grand-chose en réalité, sinon une manière nouvelle pour l’Occident repu et moribond de regarder en face la vérité d’un monde qui n’a jamais cessé d’être ce qu’il est, inachevé, imparfait et sexué. Inachevé, imparfait, sexué : nous pouvons nous agiter comme des bourdons dans un bocal, nous ne sortons pas de cette réalité. Pas plus Sandrine Rousseau que chacun d’entre nous.

La merveille des sexes

Mais deux choses me séparent de Madame Rousseau. La première est que je me méfie des explications systématiques, car elles finissent mal. Le marxisme voulait expliquer le monde par la seule analyse des rapports de production : c’était simple, cela répondait à tout, et cela finissait en goulag. Le nazisme voulait expliquer le monde par l’inégalité des races censées dispenser de tout autre réflexion. Madame Rousseau cède au fantasme de l’explication unique. Elle croit expliquer le malheur du monde par la différenciation des genres et les maléfices du sexe masculin. Idéologie simple qui a réponse à tout et se décline à l’infini. Danger ! Nous autres, qui avons été étudiants du temps qu’il fallait idolâtrer Marx et Engels sous peine d’être méprisés, savons d’expérience que les choses ne sont jamais simples. 

La seconde chose qui me sépare de Sandrine Rousseau est que je suis chrétien. J’ai lu saint Paul. L’apôtre, malgré ses blessures secrètes, nous a laissé ces mots éternels : femmes soyez soumises à vos maris, et vous, maris, aimez vos femmes. Notre Seigneur n’a jamais voulu effacer la dualité des sexes. Il n’a pas repoussé l’affection amoureuse de Marie-Madeleine, qui essuya ses pieds avec sa chevelure d’un geste tellement féminin. Et il nous a invités à la purification du regard : tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère, dit-il. Alors que dire d’une femme qui regarde tous les hommes comme des coupables ? A-t-elle déjà commis l’homicide dans son cœur ? La différenciation des sexes est une merveille inventée par Dieu pour enchanter le monde. Un monde sans sexe est un monde infernal. Les disciples de Sandrine Rousseau sont les désenchanteurs du monde, et c’est pourquoi ils n’auront pas le dernier mot.

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