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« Mikhaïl Gorbatchev et Jean Paul II voulaient la même Europe »

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GORBACHEV OBIT

DERRICK CEYRAC | AFP

Bernard Lecomte - publié le 31/08/22

Ancien correspondant de “L’Express” à Moscou, auteur de la première biographie de Gorbatchev (Perrin, 2014), Bernard Lecomte raconte la rencontre improbable qui eut lieu en décembre 1989 entre le chef de l’Union soviétique qui vient de s’éteindre, et le chef de l’Église catholique. Comment le courant a-t-il pu passer entre les deux hommes ?

Aleteia : En quoi la visite de Mikhaïl Gorbatchev à Jean Paul II, le 1er décembre 1989 a-t-elle constitué un événement exceptionnel ? Est-il permis de dire que cette rencontre a changé la face du monde ?
Bernard Lecomte :
Lorsqu’il arrive au pouvoir le 11 mars 1985, Mikhaïl Gorbatchev ne connaît strictement rien aux sujets religieux. Il découvre cet univers à l’occasion du baptême de la Rus’, en 1988, et avec lui le catholicisme. Quand l’opportunité de rencontrer Jean Paul II se présente, il en est d’accord, mais c’est la date de la rencontre, trois semaines après la chute du Mur de Berlin, qui est inimaginable. Voilà qu’un peu par hasard, mais peut-être pas complètement, le secrétaire général du Parti communiste de l’Union soviétique et le chef de l’Église catholique romaine se retrouvent au Palais du Vatican. Le plus étonnant est que ces deux personnalités considérables vont se découvrir. Bien entendu, ils ne se connaissent pas. Les photos parlent : on voit Gorbatchev heureux d’être là. Jean Paul II ne cache pas non plus son plaisir : il l’a manifesté en accueillant son hôte en russe. Cette joie partagée est déjà un événement. 

Le plus important reste ce qu’ils se sont dit : les deux hommes se sont rendus compte à leur propre surprise qu’ils étaient très proches sur leur vision de l’Europe.

Mais le plus important reste ce qu’ils se sont dit : les deux hommes se sont rendus compte à leur propre surprise qu’ils étaient très proches sur leur vision de l’Europe. On sait que Jean Paul II a longuement développé l’image de son « Europe aux deux poumons », le poumon oriental et le poumon occidental ; on sait aussi que Gorbatchev soutient l’idée d’une « maison commune européenne ». Ils s’aperçoivent ce jour-là que leurs visions s’accordent. Pour eux, cette Europe doit s’ouvrir, il lui faut sa culture et que cette culture ne doit rien aux États-Unis. Ils redoutent aussi qu’à l’issue de l’épreuve géopolitique et diplomatique qui est en train de se jouer, les Américains ne débarquent avec leurs McDonald’s et Walt Disney. Pour Gorbatchev et Jean Paul II, l’Europe réconciliée avec elle-même ne doit de compte à personne.

Cela signifie-t-il que Gorbatchev a rompu avec l’impérialisme soviétique et son matérialisme totalitaire ?
Oui. Pour Gorbatchev, le temps a couru vite depuis son arrivée au pouvoir en 1985 à 54 ans. Il a vite compris qu’il fallait rompre avec le passé. Avec la glasnost et la pererestroïka, il a fait faire des pas de géant à son pays et à la classe dirigeante. Certes, en 1989, sur le strict plan politique, le Russe veut garder le pouvoir au Parti communiste, mais en même temps il veut libérer le pays du carcan soviétique en particulier la culture. L’homme a changé. Cela dit, sa rencontre avec le pape est surtout emblématique par les promesses qu’elle contenait, par « ce que cela aurait pu donner ». Si les deux hommes ont obtenu ce qu’ils attendaient, la reconnaissance de la perestroïka pour l’un, la liberté religieuse pour l’autre, le poids des dures réalités politiques va reprendre le dessus. Il faut se souvenir qu’à l’issue de l’entretien, quand Gorbatchev se réjouit de « cette rencontre entre deux Slaves », il se libère du texte qu’on lui a préparé pour improviser en invitant le Pape à se rendre à Moscou. Une perspective évidemment impossible tant les obstacles demeuraient, jusqu’à se déployer aujourd’hui dans les thèses de Vladimir Poutine.

C’était un homme normal qui vous écoute et qui vous répond. Or dans l’univers soviétique des démocraties populaire, ce profil est improbable.

Populaire en Occident, Gorbatchev est méprisé en Russie. Comme biographe de Gorbatchev, diriez-vous qu’il fut un prophète dépassé par les évènements, un pragmatique à la remorque de l’histoire, un génie incompris ?
Rien de tout cela ! Mikhaïl Gorbatchev est un Ovni dans l’histoire politique de l’Europe. Ce n’est pas un grand politique comme De Gaulle ou Churchill, il n’est pas surhumain. J’ai eu l’occasion de le rencontrer plusieurs fois, de dîner avec lui, de l’interroger longuement, je peux vous l’affirmer : c’était un homme normal qui vous écoute et qui vous répond. Or dans l’univers soviétique des démocraties populaire, ce profil est improbable. Le dirigeant d’une démocratie populaire est plus ou moins brutal, plus ou moins cultivé, il n’est pas sympathique, il n’écoute pas. Gorbatchev était simplement humain. En outre, il voulait la paix. Sans galvauder le mot, on peut dire qu’il était humaniste : il faisait entrer l’homme dans ses calculs, dans ses projets politiques. C’est pour cela qu’il s’est passé quelque chose avec Jean Paul II.

Propos recueillis par Philippe de Saint-Germain

Pratique

Gorbatchev, Bernard Lecomte, Perrin, 2014, 464 pages.

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