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Non, la fleur préférée de sainte Thérèse de Lisieux n’était pas la rose

Lisieux

Corinne SIMON/CIRIC

La statue du jardin des Buissonnets. Elle évoque le jour de Pentecôte 1887 où Thérèse demanda à son père la permission d’entrer au Carmel.

Mathilde de Robien - publié le 08/04/22

Le 9 avril 1888, Thérèse entre au Carmel à l’âge de 15 ans. Un an auparavant, le 29 mai 1887, elle obtenait le consentement de son père. Ce jour-là, il lui cueillit une petite fleur de saxifrage qu’elle conserva précieusement toute sa vie.

« Je reçus cette fleurette comme une relique », écrit Thérèse dans ses mémoires lorsqu’elle évoque la fleur de saxifrage offerte par son père le jour où elle reçut sa bénédiction pour entrer au Carmel. Une petite fleur blanche à laquelle elle s’identifie totalement : elle aussi, elle est aimée de Dieu, et appelée à s’enraciner dans une autre terre que le cocon familial pour porter du fruit.

Bien sûr, les roses sont intimement liées à la spiritualité, et par conséquent, à l’iconographie de sainte Thérèse. Elle est généralement représentée tenant d’une main un crucifix contre sa poitrine, recouvert d’un bouquet de roses qu’elle effeuille de son autre main. Un dessin réalisé par sœur Geneviève en 1912 à la demande de Mgr de Teil, largement diffusé à partir d’avril 1923, date de la béatification de Thérèse, sous formes d’images et de cartes postales.

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En effet, ses poèmes, et, de manière encore plus explicite, ses manuscrits autobiographiques, explore la symbolique de la rose effeuillée : « Je n’ai d’autre moyen de te prouver mon amour, que de jeter des fleurs, c’est-à-dire de ne laisser échapper aucun petit sacrifice, aucun regard, aucune parole, de profiter de toutes les plus petites choses et de les faire par amour… » (Manuscrit B, septembre 1896).

Ou encore :

« Jésus, mon seul Amour, au pied de ton Calvaire
Que j’aime chaque soir à te jeter des Fleurs !…
En effeuillant pour toi la rose printanière »
(Jeter des Fleurs, juin 1896).        

Pour Sainte Thérèse, la rose effeuillée est le symbole de l’âme qui se sacrifie, qui fait tout par amour, et qui se consume d’amour pour Jésus. Elle veut s’effeuiller totalement pour le Christ, c’est-à-dire aller jusqu’au bout du don de soi, du sacrifice.

Ce sont encore les roses qui l’inspirent, quelques mois avant sa mort : ces fleurs symbolisent toutes les grâces qu’elle désire faire pleuvoir sur la terre. Thérèse prévoit de « faire tomber une pluie de roses ». Une formule désormais célèbre, prononcée le 9 juin 1897, trois mois avant sa mort, en réponse à Sœur Marie du Sacré-Cœur qui lui disait : « Nous aurons bien de la peine quand vous mourrez ». « Oh ! non », répond Thérèse, « vous verrez, ce sera comme une pluie de roses ». Une référence à une Vie de saint Louis de Gonzague lue au réfectoire du Carmel, où il était question d’un malade qui vit une pluie de roses tomber sur son lit, symbole de la grâce qui allait lui être accordée.

La fleur de saxifrage

Cependant, une autre fleur a toute l’attention et l’affection de Thérèse. Le 29 mai 1887, jour de la Pentecôte, Thérèse, 14 ans, confie à son père son désir d’entrer au Carmel. Son père lui parle alors « comme un saint », soulignera Thérèse, et lui donne son consentement. Puis il se déplace vers un mur et cueille une petite fleur blanche – une fleur de saxifrage – à laquelle Thérèse s’identifie, petite fleur aimée de Dieu et appelée à s’épanouir dans une autre terre que le terreau familial de ses premières années :

« S’approchant d’un mur peu élevé, il me montra de petites fleurs blanches semblables à des lys en miniature et prenant une de ces fleurs, il me la donna, m’expliquant avec quel soin le Bon Dieu l’avait fait naître et l’avait conservée jusqu’à ce jour ; en l’entendant parler, je croyais écouter mon histoire tant il y avait de ressemblance entre ce que Jésus avait fait pour la petite fleur et la petite Thérèse… Je reçus cette fleurette comme une relique et je vis qu’en voulant la cueillir, Papa avait enlevé toutes ses racines sans les briser, elle semblait destinée à vivre encore dans une autre terre plus fertile que la mousse tendre où s’étaient écoulés ses premiers matins… C’était bien cette même action que Papa venait de faire pour moi quelques instants plus tôt, en me permettant de gravir la montagne du Carmel et de quitter la douce vallée témoin de mes premiers pas dans la vie. »

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Fleurs de saxifrage.

Une fleur qui a tant d’importance aux yeux de Thérèse qu’elle la place dans son Imitation de Jésus-Christ, au chapitre intitulé : « Qu’il faut aimer Jésus par-dessus toutes choses », et la conserve à cet endroit pendant plusieurs années. Tout du moins plus de huit ans puisqu’au moment où elle rédige ses mémoires, donc à partir de 1895, elle confie : « C’est là qu’elle est encore, seulement la tige s’est brisée tout près de la racine et le Bon Dieu semble me dire par là qu’il brisera bientôt les liens de sa petite fleur et ne la laissera pas se faner sur la terre ! »

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Image de Notre-Dame des Victoires appartenant à sainte Thérèse, sur laquelle elle colla la fleur de saxifrage offerte par son père quelques années auparavant.

Finalement, Thérèse colle sa chère petite fleur blanche sur une image de Notre Dame des Victoires (visible au centre). Au verso de l’image est inscrit le dernier texte de la main de Thérèse, le jour de la fête de la Nativité de la Vierge : « O Marie, si j’étais la Reine du Ciel et que vous soyez Thérèse, je voudrais être Thérèse afin que vous soyez la Reine du Ciel !………….. » (8 septembre 1897). Thérèse décède quelques jours plus tard, le 30 septembre 1897.

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