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Vers un poisson renouvelable ?

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Francois Laurens / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Un pêcheur à Gruissan, près de Narbonne (France).

Tugdual Derville - publié le 03/04/22

L’autolimitation de la pêche est une pratique très ancienne, rappelle Tugdual Derville, cofondateur du Courant pour une écologie humaine. Aujourd’hui, grâce au label "pêche durable", les espèces de poissons menacées sont épargnées et les écosystèmes respectés.

Le progrès est considérable : plus de la moitié des poissons français qui se retrouvent sur l’étal des poissonneries ou dans les restaurants de l’Hexagone relèvent désormais de la pêche durable. C’est ce qu’a révélé le bilan 2021 de l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer). Le temps n’est plus où l’on considérait la mer comme un puits sans fond, où l’on pouvait puiser sans limite. Cette prise de conscience de la fragilité des ressources halieutiques ne date pas d’hier ; elle n’est pas venue non plus de la prise de conscience écologique — au sens moderne de ce mot, mais des pêcheurs eux-mêmes, au Moyen Âge. 

L’autolimitation date du Moyen Âge

Dès le Xe siècle en effet, sont nées à Marseille les célèbres prudhommies de pêcheurs, qui ont ensuite essaimé en Provence et sur tous nos rivages méditerranéens. Elles constituent pour les historiens la référence d’une gestion ancestrale de « communs ». Pour pouvoir transmettre le métier de génération en génération, sans épuiser les ressources, la corporation des patrons pêcheurs édictait des règles qu’elle faisait respecter : dates de sortie, maille des filets, nombre de bateaux par famille, transmission à un seul enfant du droit de pêche, etc. Les pêcheurs côtiers avaient réalisé que l’autolimitation des prises étaient dans leur intérêt, s’ils voulaient poursuivre leur activité. Il existe encore une trentaine de ces prudhommies sur nos côtes méditerranéennes. Elles contribuent toujours à la connaissance des écosystèmes, dont elles vivent, et à leur protection. 

Aujourd’hui encore, le label pêche durable allie le souci écologique au mobile économique. C’est sa grande force. Le principe de l’autolimitation est certes plus compliqué à mettre en œuvre quand les flottilles de multiples nationalités se concurrencent sur les zones de pêches. Mais force est de constater que c’est désormais possible. Il a fallu de l’audace, des menaces (de boycott) et des trésors de diplomatie pour y faire adhérer de nombreuses pêcheries dans le monde.

Le label « pêche durable »

En 2021 donc, 56 % des poissons français consommés étaient issus de la pêche durable. Il n’était que de 15% il y a vingt ans ! Cette évolution a de quoi réjouir, en ce temps de crise écologique multiforme, tant elle dénote les progrès accomplis. À l’inverse de la funeste « surpêche », la notion de pêche durable (on utilisait autrefois l’anglicisme soutenable) qualifie des prélèvements halieutiques qui respectent les écosystèmes. Les espèces menacées sont épargnées, de même que les fonds fragiles que détériorent les chaluts. Labéliser une pêche durable suppose de tracer le poisson de son lieu de prélèvement à l’étal du poissonnier. Il s’agit de garantir que l’espèce proposée n’est pas en voie de raréfaction voire d’effondrement sur sa zone de pêche. Une espèce peut prospérer sur certaines zones et se raréfier à un autre endroit.

Rendre « renouvelables » les ressources prélevées dans la mer est un attribut millénaire de la sagesse humaine à généraliser.

Il faut aussi vérifier que la technique de pêche ne conduit pas au gaspillage de tonnes de petits poissons invendables, à la destruction d’autres espèces à protéger, mais aussi à celle, indirecte, d’oiseaux noyés par les lignes, etc. Pour établir leur diagnostic sur la population d’une espèce pêchée, les équipes de l’Ifremer multiplient les campagnes d’étude et de prélèvement. Elles intègrent à leurs « outils de calcul statistique la part de mortalité liée à la pêche par rapport à la mortalité naturelle » et suivent de près « la composition de la population par classe d’âge ». S’il n’entre pas dans la mission de l’Ifremer d’établir les quotas de tonnage à prélever par espèce qui en seront déduits, l’attribution du label « pêche durable » intègre néanmoins le respect des quotas prédéfinis par espèce. 

Vaincre la surpêche

Concrètement, les poissons labélisés par le « Conseil pour la bonne gestion des mers », principal organisme de certification de pêcheries durables dans le monde, sont ornés d’une étiquette bleue siglée MSC, à repérer par le consommateur. Ce sigle correspond à l’anglais Marine Stewardship Council, nom de l’organisation indépendante qui entend vaincre la surpêche. Malgré des polémiques sur l’attribution du label « pêche durable », que certaines ONG jugeaient laxiste, ce dernier a fini par s’imposer. Parmi les espèces qui se porteraient bien : le Merlu et le Merlan de la mer du Nord, l’Eglefin en mer Celtique, la coquille Saint-Jacques de la Manche et même le Thon rouge de Méditerranée.

Pour cette espèce emblématique, c’est une grande victoire à saluer. En revanche l’étude déplore que trop de poissons français soient encore « surpêchés » : Chinchard d’Atlantique, et Sole du golfe de Gascogne notamment. Deux autres espèces s’effondrent : Cabillaud de la mer Celtique ou de la mer du Nord et Merlu de Méditerranée : « La surpêche touche encore 11% des populations, et 10% sont considérées comme “effondrées”. » La bataille de la pêche durable n’est pas encore gagnée.

Il reste qu’avec les techniques de pêche modernes et la croissance démographique mondiale, le regard porté par l’humanité sur les ressources de la mer a enfin évolué. Rendre « renouvelables » les ressources prélevées dans la mer est un attribut millénaire de la sagesse humaine à généraliser. Que cela soit possible vient contrecarrer le fatalisme qui anesthésie trop souvent quand on prend conscience de l’ampleur et de la complexité de la crise écologique.

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Écologieenvironnementmer
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