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Biodiversité : la découverte de récifs refuges

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Capture d'écran @UNESCO_fr

Tugdual Derville - publié le 05/02/22

Chaque semaine, Tugdual Derville, cofondateur du Courant pour une écologie humaine, décrypte les grands enjeux de société à la lumière de Laudato Si’. Alors que pleuvent les nouvelles attristantes pour la biodiversité, il se réjouit de la « découverte » d’écosystèmes intacts, d’espaces « non profanés ».

Il y a découverte et découverte. Le 20 janvier 2022, la presse était unanime : des centaines d’articles relayaient une « nouvelle encourageante » pour le corail. Au large de Tahiti, par trente mètres de fond, on avait « découvert » — en novembre 2021 — un immense récif absolument intact, constitué de vieux coraux bien vivants, en forme de rose, d’un diamètre allant jusqu’à un mètre vingt, agglomérés sur un espace de soixante mètres de large et de trois kilomètres de long. Les images ont fait le tour du monde : on voit des scientifiques prélever avec précaution des échantillons de ces merveilles. Porites rus (nom de l’espèce de corail) est réputé résister aux chocs thermiques ; quand il vit en eau profonde, il croît en plateaux formant des roses pour capter la lumière.

Une découverte inédite

Alors que les récifs coralliens constituent pour les océans une extraordinaire réserve de biodiversité, en hébergeant, estime-t-on, 34% de la vie sous-marine, on déplore depuis des dizaines d’années leur « blanchiment », signe de mort des animalcules qui le constituent. Une proportion inquiétante des récifs coralliens sont touchés dans le monde. Selon le WWF, 20% sont déjà morts et 25% gravement menacés, et le réchauffement climatique est en cause. Or, voilà qu’on se met à découvrir, grâce aux progrès des moyens d’exploration sous-marine, des récifs de coraux plus profonds, absolument intacts. Qu’ils échappent à cette catastrophe est encourageant quant à l’avenir de la biodiversité. Bien que corail soit de croissance lente, peut-on espérer que la perte des coraux « de surface » soit à long terme compensée par le développement de certains récifs dans les profondeurs ?

Les « découvreurs » du récif tahitien parlent d’un évènement rarissime. Pourtant, un an plus tôt, à l’automne 2020, au large des côtes australiennes, grâce au robot sous-marin SuBastian, des scientifiques ont déjà fait une découverte absolument inédite : une gigantesque concrétion de coraux exceptionnellement détachée de la Grande barrière, six kilomètres plus au large, par 40 mètres de profondeur. Là aussi absolument intacte, elle est haute de plus de 500 mètres — la Tour Eiffel n’en fait que 324 ! — et large de 1500 mètres. Elle daterait de 20 millions d’années ! Des milliers d’espèces animales et végétales y prospèrent. La découverte du récif s’est d’ailleurs accompagnée de l’identification d’une multitude d’espèces inconnues. 

Petit bémol

Alors que pleuvent les nouvelles attristantes pour la biodiversité, la « découverte » d’écosystèmes intacts, d’espaces « non profanés » réjouit. La résilience de la biodiversité ne doit pas endormir notre vigilance, mais l’homme a besoin de victoires — même symboliques — de bonnes nouvelles pour continuer à se battre. A contrario, l’avalanche des informations pessimistes pousse au défaitisme. 

Imaginer préserver un patrimoine commun sans s’allier la population locale, première à être concernée, serait illusoire. 

Petit bémol cependant à propos de la « découverte » tahitienne qui vient d’être rendue publique : elle « n’en est pas une » d’après le communiqué, peu relayé, de la présidence de ce « pays d’outre-mer » (ou POM). Il précise, sur ton de l’agacement, que « les populations polynésiennes locales connaissaient déjà ce superbe endroit » et qu’il était fréquenté de longue date par les pêcheurs et les clubs de plongée locaux. Tous craignent même que ce coup de projecteur ne se retourne contre leur activité, voire la préservation de « leur » merveille. Le communiqué le précise : « Le gouvernement polynésien se réjouit de l’engouement suscité par les images de ce trésor biologique. Il restera toutefois très attentif à ce que ce lieu extraordinaire ne devienne pas une nouvelle attraction touristique incontrôlée, que sa tranquillité ne soit pas troublée de manière excessive et surtout qu’il demeure à la disposition des populations polynésiennes locales. » Doit-on suspecter un « coup de com’ » des scientifiques ? Imaginer préserver un patrimoine commun sans s’allier la population locale, première à être concernée, serait illusoire. 

95% des fonds marins restent inexplorés

Plus inquiétant pour les amoureux du corail et ceux — nombreux — qui en vivent au travers du tourisme, le 1er février 2022 a été rendue publique une étude très alarmiste publiée dans la revue PLOS Climate : selon ses auteurs, « avec une hausse de la température moyenne de 1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle, objectif le plus ambitieux de l’accord de Paris, plus de 99% des coraux seraient incapables de se remettre des vagues de chaleur marines de plus en plus fréquentes » ! Autant dire que l’éradication du corail est envisagée.

La présence de coraux profonds, davantage protégés des vagues de chaleur n’en est que plus précieuse. Si les prédictions catastrophistes se réalisent, ils pourraient devenir de rares refuges incomparables pour la biodiversité sous-marine. Puisque 95% des fonds marins restent inexplorés, on veut croire que les océans nous réservent d’autres bonnes surprises.

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