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Rencontre avec Wanda Poltawska, « petite sœur » et amie spirituelle de Jean Paul II

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WANDA PÓŁTAWSKA

EAST NEWS

Marzena Devoud - publié le 01/04/22

Le 2 avril 2005 Jean Paul II agonisait. Parmi ses plus proches qui l’ont accompagné jusqu’à son dernier souffle à 21h37, se trouvait Wanda Poltawska, sa "petite sœur", comme le pape polonais avait l’habitude de l’appeler. Aleteia l’a rencontrée chez elle, à Cracovie. Entretien.

Le 2 avril 2005, à Rome, la place Saint-Pierre est remplie de fidèles en prière. Jean Paul II vit ses derniers instants dans sa chambre du Vatican. Autour du pape polonais, outre les médecins et les infirmières, se trouvent ses deux secrétaires, dont le cardinal Dziwisz, son grand amis Mgr Marian Jaworski, le cérémonialiste papal, Mgr Konrad Krajewski. Et Wanda Poltawska. Cette amie du temps où il vivait à Cracovie, fait partie de la « famille » du Pape. Elle est sa « petite sœur », son amie spirituelle, sa conseillère. Cette psychiatre, mère de quatre enfants et aussi ancienne rescapée du camp nazi de Ravensbrück, résume son amitié spirituelle de cinquante ans avec Jean Paul II, par ces mots notés dans son journal : « J’ai parlé avec cet homme pendant cinquante ans de Dieu. De la situation du monde. Il était préoccupé par les gens. Il aimait les gens. » Dans son salon rempli de livres, des photos de familles dont quelques unes en compagnie de Karol Wojtyla à Cracovie, mais aussi plus tard à Castel Gandolfo. C’est le printemps, Wanda Poltawska qui a célébré ses 100 ans en novembre dernier, regarde à travers la fenêtre grand ouverte sur les toits et les cloches des églises qui entourent le Rynek, la célèbre place de la vieille ville. Le ciel, si bleu cet après-midi, semble veiller sur elle. Rencontre.

Aleteia : Vous avez accompagné Jean Paul II dans ses derniers instants de vie jusqu’ à sa mort, le 2 avril 2005 à 21h 37. Comment lui avez-vous dit adieu ? 
Wanda Poltawska : Je ne répondrai jamais dans les détails à cette question. Ces moments-là doivent rester juste dans mon cœur. J’étais tout simplement auprès de lui, nous parlions de temps en temps. Il me disait « Ils me fatiguent » en pensant aux soins douloureux appliqués par les médecins. Je lui répondais : « C’est le temps des médecins, mais bientôt, ça sera le temps du Ciel. »

Comment est née votre amitié spirituelle ?
Le Saint-Père l’appelait la communion personnelle. Je crois que cela signifiait pour lui une communion des âmes. Nous nous sommes rencontrés au confessionnal, en 1953. Il ne s’est rien passé d’extraordinaire, mais l’attention, le ton et ses propos ont tellement bien répondu à ce que je voulais ! Et j’ai eu une certitude immédiate : je reviendrai chez ce prêtre, parce qu’il me comprenait. Je terminais mes études de médecine quand le père Wojtyla, jeune prêtre, après ses études à Rome, s’est vu confier deux pastorales : celle des étudiants et des médecins. Je faisais partie de cette dernière. C’est ainsi que notre lien a commencé à grandir. D’ailleurs, beaucoup d’étudiants avaient des liens très proches avec lui. Il allait vers eux. Il aimait vraiment les gens.

POLTAWKA JOHN PAUL II FRIEND
Wanda Poltawska en famille lors de la première communion de sa fille Katarzyna.

Mais vous, le père Wojtyla vous a appelé sa « sœur »… Quand il a été ordonné évêque, en 1958, à la sortie de la cérémonie, quelqu’un lui avait demandé en parlant de vous : « C’est votre sœur ? », il a répondu : « Oui, c’est ma sœur ».
C’est vrai qu’au fil du temps, nous sommes devenus frère et sœur. Il signait ses lettres adressées à moi par un simple « Frère ». Il faut comprendre que nous faisions tout ensemble : nous travaillions ensemble, nous prions ensemble, nous lisions ensemble, nous faisions des randonnées dans les montagnes ensemble. Nous avions les mêmes préoccupations, notamment concernant les problèmes des couples et de familles.  

D’où venait chez lui un tel attachement aux couples et aux familles ?
Il a été notre aumônier à l’époque où l’avortement est devenu légal et gratuit en Pologne (en 1956). Il voyait, comme moi, des jeunes femmes faire la queue… pour avorter. C’était pour lui un choc terrible : il n’arrivait pas à concevoir ce péché de tuer son propre enfant. Alors une fois archevêque, la première chose qu’il a faite, ça a été d’apporter un soutien moral, matériel et financier à toutes les femmes enceintes dans le besoin. Il voulait les aider avant qu’il ne soit trop tard. C’est à ce moment-là que le couple et la famille sont devenus la priorité dans sa pastorale avec la préparation au mariage et toute sa réflexion philosophique et anthropologique sur l’amour entre l’homme et la femme. Pour lui, l’accomplissement parfait de l’amour passe par le don de soi réciproque.

Un jour, je lui ai demandé de faire une retraite spirituelle pour les couples fragiles dont je m’occupais. Je me souviens de sa première phrase : « Il y a une seule solution : passer par la porte de l’humilité. »

Comment s’occupait-il des couples en crise au bord du divorce ? 
Karol Wojtyla essayait toujours d’être à l’écoute de leurs problèmes et de les aider. Il a compris très vite que l’Église devait prendre soin de ces familles. C’est à ce moment-là qu’il m’a demandé de travailler avec lui en tant que psychiatre pour des enfants et adolescents. Un jour, je lui ai demandé de faire une retraite spirituelle pour les couples fragiles dont je m’occupais. Je me souviens de sa première phrase : « Il y a une seule solution : passer par la porte de l’humilité. » Ces couples ont demandé ensuite de continuer les mêmes retraites avec le père Wojtyla. Et c’est ainsi que la formation en Théologie de la famille est née. Nous y travaillions ensemble. Son but était de sauver tous ces couples et les familles menacées. Le futur pape Jean Paul II voulait à tout prix qu’ils retrouvent le caractère sacré de leur union, qu’ils comprennent le sens profond du sacrement de mariage. Wojtyla tenait à accompagner d’innombrables couples dans cette démarche. 

Comment ?
Il voyait plus profondément que les autres. Il percevait la lutte entre le bien et le mal. Pour lui, c’était clair : tous les problèmes conjugaux trouvaient leur résolution dans la genealogia divina, c’est-à-dire dans le fait que l’homme est créé à l’image de Dieu. Il n’arrêtait pas de montrer à ces couples qu’ils pouvaient toucher la sainteté, qu’ils étaient appelés à la sainteté. Et ce n’était pas réservé aux meilleurs. C’est ce qu’il a dit d’ailleurs aux jeunes à Paris en 1997 : Que leur vie sur terre est le chemin vers le Ciel et que l’homme est fait pour le Ciel. 

Pour lui, la sainteté était donc pour tous ?
Oui, absolument. Toutes ses encycliques ne parlent que de la vocation de l’homme à la sainteté. Pour cela, il faut rester connecté à Dieu, vouloir être fidèle au Christ. Si la vocation des couples à la sainteté est selon Jean Paul II peut-être la plus exigeante, Dieu est leur allié. Et il leur fait la promesse de les aider. Pour le Saint-Père, la sainteté est vraiment accessible à tous. 

En lisant votre livre « Journal d’une amitié », on se rend compte combien la nature était importante pour le futur Pape. Vous faisiez régulièrement des randonnées ensemble…
Dès qu’il y avait un jour de libre, nous partions, mon mari, Andrzej, le père Wojtyla et moi en excursion. Le plus souvent dans les montagnes de Beskidy, pas loin de Cracovie.  Il aimait marcher. Mais ce n’était pas que de la marche. Il portait dans son sac-à-dos des tonnes de livres. Nous avions ce rituel : je lisais les livres choisis par lui à haute voix. Comme il avait le don d’attention partagée, il pouvait lire avec ses propres yeux un autre livre au même moment, grâce à ma lecture. C’était un don exceptionnel. Tous ceux qui le connaissaient bien savaient qu’il pouvait faire plusieurs choses à la fois : réfléchir à son homélie, participer à une réunion, le tout en priant. Nos randonnées étaient toujours rythmées par ces pauses lecture. Le père Wojtyla lisait de tout et en plusieurs langues sans difficulté. 

Le père Wojtyla connaissait un nombre incroyable de poèmes par cœur. Comme vous savez, il écrivait lui-même des poèmes. Pour moi, il avait l’âme d’un poète.

Mais il y avait quand même des ouvrages qu’il aimait lire plus particulièrement ?
Il dévorait tout, mais c’était pour moi avant tout un grand amateur de poésie. Il connaissait un nombre incroyable de poèmes par cœur. Comme vous savez, il écrivait lui-même des poèmes. Pour moi, il avait l’âme d’un poète. Avec une mémoire hors du commun, il était capable de réciter des longs poèmes.

Quand il marchait dans les montagnes, la performance sportive était-elle son but ?
Non, pas vraiment. Il aimait être dans la nature et méditer. Nous marchions en silence, car mon mari et moi, nous savions qu’il avait besoin de réfléchir parfois plusieurs heures en silence… Je veillais à ce que personne ne perturbe sa réflexion. Plus tard, élu Pape, nous venions en vacances à Castel Gandolfo. Les promenades en montagne se sont transformées en promenades dans ses jardins. Et toujours en silence… Jean Paul II admirait la beauté du monde. Il aimait dire « Regardez, Dieu a créé un monde si beau !  » Je me souviens, un jour, nous étions dans les montagnes polonaises. À un sommet, nous avons décidé de nous y installer pour la nuit. Au lever du soleil, nous avons préparé l’autel pour la messe. Puis, quand le père Wojtyla a lu l’Évangile, une biche et son bébé sont sortis de la forêt. Elle est venue vers nous, elle s’est arrêtée en se tenant debout tout le temps de la lecture de l’Évangile. Puis elle est repartie. J’ai senti chez le père Wojtyla une véritable communion avec la Création. Pour moi, ce souvenir en est le symbole.

C’est pendant vos randonnées d’été en 1978 que vous avez pressenti qu’il serait élu Pape…
Je m’en souviens très bien. Comme il partait pour la deuxième fois pour le conclave à Rome en si peu de mois, j’ai eu un pressentiment. Et je lui ai posé cette question apparemment toute simple : « En tant que Pape, quel nom prendras-tu ? » Mon mari qui a répondu pour lui : « Comment ça, quel nom ? Jean Paul II, c’est logique ! » Lui, il n’a rien dit. 

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