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À Cotignac, Joseph sur les pas de Marie

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Guillaume de Germain

Sanctuaire de Cotignac

Anne Bernet - publié le 18/03/22

Durant ce mois de mars consacré à saint Joseph, Anne Bernet nous fait découvrir des sanctuaires qui lui sont dédiés. A l'occasion de sa fête ce 19 mars, l’historienne raconte l'histoire du sanctuaire de Cotignac.

C’est un cas unique dans les annales des apparitions : 141 ans après que la Sainte Vierge soit apparue par deux fois en août 1519, près du village de Cotignac en Provence, saint Joseph se manifeste à son tour, à quelques centaines de mètres du sanctuaire de Notre-Dame de Grâces dédié à son épouse. Et ce avec cette simplicité déconcertante qui lui est propre. Il fait déjà très chaud, ce 7 juin 1660, dans le Var. Parti garder ses bêtes dans la garrigue, sur les pentes du Bessillon, le berger Gaspard Richard d’Estienne, alors que le soleil touche presque au zénith, sue à grosses gouttes et soupire parce que sa gourde, pourtant bien remplie le matin, est vide et qu’il crève de soif. Par malchance, il n’existe aucune source à proximité où la remplir ; quant à s’éloigner en abandonnant son troupeau, il n’y faut pas songer. Et personne, bien entendu, pour lui venir en aide. Ne lui reste qu’à redescendre chez lui bien avant l’heure, ou à renoncer à boire un long moment encore. Que faire d’autre ?

« Lève cette roche »

Peut-être, pour n’y plus penser, Gaspard se met-il à prier, occupation ordinaire d’une paysannerie fervente et illettrée qui occupe le temps passé à garder les troupeaux en disant le rosaire, ce qui est aussi un moyen approximatif de compter les heures. Tout d’un coup, sans qu’il l’ait entendu arriver, un homme surgit près du berger assoiffé et, lui désignant un gros rocher, lui dit : « Je suis Joseph. Lève cette roche et tu boiras. » Gaspard songe si peu à une intervention surnaturelle qu’il riposte, revêche, à ce dénommé Joseph qu’il ne connaît point : « Je ne puis ! Elle est bien trop lourde ! » Quant à espérer trouver une source sous cette pierre, cela se saurait depuis longtemps dans ce pays de sécheresse où l’eau est une constante préoccupation.

Comme s’il n’avait pas entendu, l’inconnu répète : « Lève cette roche et tu boiras. » Cette fois, ces mots sont dits avec tant d’autorité que Gaspard obéit, s’approche de la grosse pierre, persuadé de ne pas même réussir à la bouger, et, sidéré, la soulève comme si elle ne pesait rien. Il s’agit pourtant d’un bloc impressionnant que, tantôt, quand il aura prévenu de l’aventure, huit costauds auront toutes les peines du monde à soulever… En attendant, à lui tout seul, il l’a suffisamment ébranlée pour constater qu’en effet, il y a de l’eau dessous, fraîche et abondante, qui, déjà, se met à couler et lui permet d’étancher sa terrible soif. L’homme appelé Joseph n’a pas attendu que Gaspard le remercie ; il est parti comme il était venu, à croire qu’il s’est évaporé.

L’eau coule, et ne tarira plus

Ne serait cette fontaine jaillie de sous terre, le berger croirait avoir rêvé. Mais non, l’eau continue de couler. Alors, reprenant ses esprits et comprenant soudain que ce Joseph-là doit être le saint et chaste époux de Celle que l’on vénère à deux pas d’ici, Gaspard, éperdu, se précipite vers Cotignac et crie à qui veut l’entendre que saint Joseph lui est apparu, lui a donné une force colossale pour soulever une pierre grosse comme une montagne, ou peu s’en faut, et que l’eau ruisselle sur les pentes du Bessillon. L’on a beau s’être habitué aux miracles, à Cotignac, depuis les visites de Notre-Dame, l’histoire paraît un peu trop belle pour être vraie. Gaspard sera resté trop longtemps au soleil qui lui a tapé sur le crâne à lui donner des hallucinations. L’explication, rationnelle, est toute trouvée, mais le berger n’en démord pas et soutient mordicus avoir vu saint Joseph qui lui a révélé une source inconnue.

Saint Joseph est bien venu, après son épouse, fouler cette terre doublement bénie.

Après tout, pourquoi pas ? En ces temps de foi, les bons chrétiens demeurent assez proches des mystères du monde invisible pour admettre que Ceux du Ciel peuvent à leur guise s’occuper des affaires d’ici-bas, même les plus minimes, pourvu que l’on sollicite leur aide avec confiance et que l’on ne mette pas en doute leur secours et leur bienveillance. Ces interventions célestes que les esprits forts, plus tard, trouveront disproportionnées et ridicules, ne sont-elles pas à l’origine d’innombrables sanctuaires en France et ailleurs, là où la Vierge, les saints et les anges sont venus sauver d’un péril, mettre fin à une épidémie, une famine, donner du lait à une mère qui ne pouvait plus nourrir son enfant ? Alors, si c’était vrai ? Qu’est-ce que cela coûte de monter voir si Gaspard n’a pas eu la berlue ? La population se hâte vers le Bessillon, et trouve tout comme le berger l’a dit. Sous la roche, énorme, et qu’aucun homme ne peut ébranler seul, moins encore soulever, l’eau coule, et ne tarira plus. Saint Joseph est bien venu, après son épouse, fouler cette terre doublement bénie.

La nouvelle frappe Louis XIV

D’ailleurs, s’il fallait une preuve supplémentaire que cette source est un don du Ciel, des malades, des infirmes, après y avoir bu, sont guéris. Sans être grand savant ni théologien, chacun peut comprendre que cette eau, jaillie pour étancher la soif toute matérielle du berger, est aussi et d’abord, selon les paroles de Jean l’évangéliste, une source jaillissante en vie éternelle. Sans plus attendre, le 9 août, les autorités municipales de Cotignac font élever une chapelle en l’honneur de Joseph. La nouvelle du prodige ne tarde pas à se répandre, dans les environs, puis dans toute la Provence, et bien au-delà puisque, très vite, la Cour en est avertie. Et l’événement frappe beaucoup Louis XIV. Pour deux raisons.

La première est que, à l’instar de sa mère, Anne d’Autriche, le jeune roi tient sa naissance, survenue en 1638, alors que chacun pensait le couple royal définitivement stérile, pour miraculeuse. La conception, que personne n’espérait plus, d’un héritier du trône de France, a d’ailleurs été annoncée, en novembre 1637, à un religieux augustin, le Frère Fiacre, par une double apparition de Notre-Dame. Or, la Vierge lui a bien dit que, pour obtenir le fils attendu, la reine devrait dire trois neuvaines en son honneur, sous les trois vocables de Notre-Dame des Victoires, Notre-Dame de Paris et Notre-Dame de Cotignac. Anne d’Autriche, après la naissance de son fils, a comblé de dons somptueux le sanctuaire provençal. Et la seconde est que, quelques semaines avant l’apparition de saint Joseph, Louis XIV, en route pour la frontière espagnole où il doit accueillir sa fiancée, l’infante Marie-Thérèse, a tenu à faire le détour par Cotignac afin d’y rendre grâce à Notre-Dame d’avoir épargné à la France les maux qui l’auraient menacée si Louis XIII était mort sans héritier. Et c’est le jour de l’apparition que la jeune mariée a traversé la Bidassoa et touché le sol français.

La France consacrée à saint Joseph

Encouragé par sa mère et son épouse, qui, en pieuses Espagnoles nourries de la spiritualité carmélitaine dans laquelle Thérèse d’Avila a fait une place à part au père nourricier de Jésus, répétant, dans toutes les difficultés : « Allez à Joseph », Louis XIV entend bien, conforté par cette coïncidence de dates, remercier à son tour l’époux de Marie. Ce désir du Roi, et les désirs du roi sont des ordres, est sans doute connu de l’évêque de Fréjus, Mgr Zongo Ondedei, qui, le 31 janvier 1661, reconnaît l’apparition de saint Joseph sur le Bessillon. Ce n’est pas encore assez. Le 12 mars 1661, alors qu’il a entamé son règne personnel l’avant-veille, en annonçant — le cardinal de Mazarin venant de mourir — qu’il gouvernera sans « principal ministre », Louis XIV fait du 19 mars une fête solennelle et un jour férié. Bossuet déclare : « Joseph a mérité les plus grands honneurs parce qu’il n’a jamais été touché (il ne s’est jamais soucié des honneurs terrestres) de l’honneur. L’Église n’a rien de plus illustre parce qu’elle n’a rien de plus caché. »

Dès lors, la dévotion joséphienne se développera largement dans le royaume où les églises placées sous sa titulature vont se multiplier. La chapelle Saint-Joseph est devenue basilique mineure en 2005. En notre temps d’attaques répétées contre la famille, elle représente, au cœur de notre monde déboussolé, un refuge pour tous ceux qui, croyant encore à la grandeur et aux bienfaits de la paternité, cherchent auprès de Joseph un modèle et un appui.

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